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tag:theconversation.com,2011:/id/topics/famille-27915/articlesfamille – The Conversation2020-11-05T20:03:32Ztag:theconversation.com,2011:article/1489372020-11-05T20:03:32Z2020-11-05T20:03:32ZSéparés mais sous le même toit<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/366199/original/file-20201028-19-jba85a.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=16%2C8%2C5560%2C3654&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>Si les facteurs et les conséquences de la rupture des couples sont souvent étudiés, on sait en revanche peu de choses sur le processus de séparation.</span> <span class= »attribution »><span class= »source »>Pexels/Cottonbro</span></span></figcaption></figure><p>Lorsqu’un couple se sépare, il arrive que les deux conjoints continuent à vivre sous le même toit un certain temps. Cette situation est-elle fréquente ? Combien de temps dure-t-elle ? Quelles en sont les raisons ? La présence d’enfants a-t-elle une influence ? La possession de biens en commun également ? Notre analyse de <a href= »https://www.cairn.info/revue-population-et-societes-2020-10-page-1.htm »>l’enquête EPIC</a> nous renseignent sur une situation de cohabitation mal connue jusqu’ici.</p>

<h2>La séparation comme objet d’étude</h2>

<p>Si les facteurs et les conséquences de la rupture des couples sont souvent étudiés, on sait en revanche peu de choses sur le processus de séparation. De la même manière que la <a href= »https://www.ined.fr/fr/publications/editions/hors-ined/la-formation-du-couple/ »>formation des couples</a> se fait par étapes (rencontre, relations sexuelles, vie commune, officialisation de l’union), lesquelles sont de plus en plus déconnectées les unes des autres, la « dé-formation » des couples est souvent progressive et structurée autour de <a href= »http://bibliothequeucm.educassist.mg/opac_css/index.php?lvl=notice_display&amp;id=49885″>différents jalons</a> : décision de se séparer, décohabitation, partage des biens, rupture légale le cas échéant.</p>

<p>On se sépare rarement du jour au lendemain, ce qui conduit à des périodes plus ou moins longues durant lesquelles les ex-conjoints continuent à vivre ensemble, bien que séparés. <a href= »https://www.ined.fr/fichier/rte/General/Publications/Population/2019/1-2/Epic_Rault-Regnier.pdf »>L’enquête</a> <em>Étude des parcours individuels et conjugaux</em> conduite par l’INED et l’Insee en 2014 offre pour la première fois la possibilité d’estimer la fréquence de ces situations et les facteurs qui leur sont associés.</p>

<h2>La cohabitation post-séparation, plus courante qu’il n’y parait</h2>

<p>Un tiers des personnes séparées entre 1984 et 2013 déclarent avoir continué à vivre sous le même toit une fois prise la décision de se séparer. Cela inclut parfois des périodes très brèves, de quelques jours voire quelques semaines. Ces épisodes de courte durée concernent davantage les séparations les plus récentes, moins sujettes à l’oubli. En ne considérant comme cohabitations post-séparation que celles ayant duré au moins deux mois (seuil retenu ici), continuer à vivre ensemble après avoir pris la décision de se séparer concerne une rupture sur quatre (23 %). Les femmes ont une plus forte propension que les hommes à relater une période de vie sous le même toit après la séparation (26 % contre 19 %). Cela tient au fait que les initiateurs de la rupture, le plus souvent les femmes, tendent à la dater plus précocement.</p>

<p>Si ce type d’arrangement est le plus souvent temporaire (de 2 mois à moins de 6 mois), 20 % des couples qui ont continué à vivre ensemble l’ont fait durant au moins un an (tableau).</p>

<figure class= »align-center zoomable »>
<a href= »https://images.theconversation.com/files/365748/original/file-20201027-17-a50ndy.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip »><img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/365748/original/file-20201027-17-a50ndy.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/365748/original/file-20201027-17-a50ndy.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=510&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/365748/original/file-20201027-17-a50ndy.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=510&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/365748/original/file-20201027-17-a50ndy.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=510&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/365748/original/file-20201027-17-a50ndy.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=641&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/365748/original/file-20201027-17-a50ndy.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=641&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/365748/original/file-20201027-17-a50ndy.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=641&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »></a>
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<span class= »caption »></span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Wilfried Rault, Arnaud Régnier-Loilier, 2020, « Continuer à vivre sous le même toit après la séparation », _Population et Sociétés_.</span>, <span class= »license »>Author provided</span></span>
</figcaption>
</figure>

<p>La proportion de séparations suivies d’une période où les ex-partenaires continuent à cohabiter n’a que très peu évoluée au cours des trente dernières années même si, en termes de nombre, cela concerne de plus en plus de couples en raison de la fréquence plus élevée des séparations. Notamment, aucune augmentation significative du phénomène n’est observée pour les cohortes de séparation postérieures à 2008, alors que l’on aurait pu s’attendre à ce que la crise économique de 2008, en affectant les conditions de vie des ménages, allonge le processus de décohabitation des partenaires (difficultés à prendre des logements séparés par exemple).</p>

<h2>Il est plus fréquent de poursuivre la vie commune quand on a des enfants</h2>

<p>Poursuivre la vie commune après la séparation est d’abord étroitement lié à la situation familiale (figure 1), en particulier au fait <a href= »https://halshs.archives-ouvertes.fr/CRAPE-SARRI/halshs-00798749v1″>d’avoir ou non des enfants</a> et, le cas échéant, de leur âge. La probabilité d’avoir continué à vivre ensemble pendant au moins deux mois est plus fréquente lorsque les ex-conjoints ont des enfants dont le plus jeune a moins de quinze ans.</p>

<figure class= »align-right « >
<img alt= »Avoir des enfants augmente la probabilité de cohabiter à la suite de la séparation » src= »https://images.theconversation.com/files/366202/original/file-20201028-19-v03t7o.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=237&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/366202/original/file-20201028-19-v03t7o.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=353&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/366202/original/file-20201028-19-v03t7o.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=353&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/366202/original/file-20201028-19-v03t7o.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=353&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/366202/original/file-20201028-19-v03t7o.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=444&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/366202/original/file-20201028-19-v03t7o.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=444&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/366202/original/file-20201028-19-v03t7o.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=444&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
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<span class= »caption »>Avoir des enfants augmente la probabilité de cohabiter à la suite de la séparation.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Samer Daboul/Pexels</span></span>
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</figure>

<p>Lorsque les enfants sont jeunes, la poursuite de la vie commune permet éventuellement de maintenir le couple parental, de préparer les enfants à la séparation et de redéfinir l’organisation quotidienne de la famille (résidences, changement d’école, etc.). Lorsque les enfants sont plus âgés, donc plus autonomes, ces enjeux sont moins prégnants.</p>

<figure class= »align-center zoomable »>
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<figcaption>
<span class= »caption »></span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Wilfried Rault, Arnaud Régnier-Loilier, 2020, « Continuer à vivre sous le même toit après la séparation », _Population et Sociétés_.</span>, <span class= »license »>Author provided</span></span>
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</figure>

<h2>Union et biens en commun</h2>

<p>Indépendamment de la présence d’enfants, la forme de l’union a également un effet en tant que tel (figure 1). Les personnes mariées (qu’il s’agisse d’un mariage civil ou religieux) sont plus enclines à continuer à vivre ensemble que celles en union libre ou pacsées.</p>

<p>Cette différence peut tenir aux démarches préalables à un divorce, nécessitant la consultation d’un avocat voire l’attente d’un jugement, contrairement à une union consensuelle ou à un pacs dont la dissolution ne nécessite que l’envoi d’un courrier.</p>

<figure class= »align-center « >
<img alt= »Les personnes ayant des biens en commun ont une probabilité ajustée d’avoir continué à vivre ensemble de 26 % contre 12 % pour celles qui n’en ont pas » src= »https://images.theconversation.com/files/366211/original/file-20201028-17-jhmk1d.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/366211/original/file-20201028-17-jhmk1d.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/366211/original/file-20201028-17-jhmk1d.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/366211/original/file-20201028-17-jhmk1d.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/366211/original/file-20201028-17-jhmk1d.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/366211/original/file-20201028-17-jhmk1d.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/366211/original/file-20201028-17-jhmk1d.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
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<span class= »caption »>Les personnes ayant des biens en commun ont une probabilité ajustée d’avoir continué à vivre ensemble de 26 % contre 12 % pour celles qui n’en ont pas.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Karolina Grabowska/Pexels</span></span>
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</figure>

<p>La possession de biens mobiliers ou immobiliers communs, qui concerne les trois quarts des couples séparés, exerce un effet important. Lorsque des biens sont partagés, la probabilité d’avoir continué à vivre ensemble sous le même toit est plus de deux fois supérieure (26 % contre 12 % en l’absence de biens communs). La décision de savoir qui va quitter le logement (l’un des deux, ou les deux), la vente éventuelle de celui-ci ou le partage des biens mobiliers sont autant d’éléments qui contribuent à allonger le processus de séparation et favorisent la poursuite de la cohabitation.</p>

<h2>La cohabitation, plus courante après une longue vie commune</h2>

<p>En écho aux facteurs familiaux et matériels, la vie commune post-séparation est plus fréquente lorsque la relation a duré longtemps. Seuls 11 % des personnes ayant eu une relation de couple de moins de trois ans l’expérimentent, contre 38 % lorsque la relation a duré au moins quinze ans.</p>

<figure class= »align-right « >
<img alt= »Poursuivre la vie commune dépend de l’âge de la personne » src= »https://images.theconversation.com/files/366219/original/file-20201028-15-1xbokep.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=237&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/366219/original/file-20201028-15-1xbokep.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/366219/original/file-20201028-15-1xbokep.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/366219/original/file-20201028-15-1xbokep.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/366219/original/file-20201028-15-1xbokep.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/366219/original/file-20201028-15-1xbokep.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/366219/original/file-20201028-15-1xbokep.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
<figcaption>
<span class= »caption »>Poursuivre la vie commune dépend de l’âge de la personne.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Gustavo Fring/Pexels</span></span>
</figcaption>
</figure>

<p>L’âge auquel survient la séparation joue aussi positivement sur le fait de continuer à vivre ensemble. À caractéristiques comparables, plus la personne est âgée lorsqu’elle se sépare, plus la probabilité d’avoir poursuivi la vie commune augmente : c’est le cas de 19 % des personnes séparées avant trente ans contre 30 % à quarante ans ou plus (figure 1). Une longue vie commune s’accompagne d’habitudes quotidiennes dont il peut être difficile de se détacher. L’emprise de ces routines est susceptible d’être plus importante <a href= »https://books.openedition.org/pur/23850?lang=fr »>avec l’âge</a> et la crainte de l’isolement pourrait favoriser la poursuite de la vie à deux aux âges plus avancés.</p>

<h2>Contraintes financières et parentalité</h2>

<p>Les personnes ayant continué à vivre ensemble après avoir décidé de se séparer étaient interrogées sur les raisons qui les avaient conduites à cette situation (plusieurs raisons pouvaient être avancées). Le motif le plus fréquent est d’ordre « pratique ou logistique, le temps de s’organiser » (70 %). « Pour les enfants » arrive ensuite (24 % de l’ensemble des couples séparés, 33 % de ceux ayant eu au moins un enfant ensemble) devant les raisons d’ordre « financier » (21 %).</p>

<p>Raisons et durée de la période de vie commune sont étroitement liées (figure 2). Les co-résidences de courte durée (de 2 mois à moins de 6 mois) répondent très majoritairement à des raisons « pratiques ou logistiques ». Mais, plus la poursuite de la vie commune a été longue, plus elle est associée à la présence d’enfants et à des considérations financières telles que la difficulté et/ou le coût de logements séparés.</p>

<figure class= »align-center zoomable »>
<a href= »https://images.theconversation.com/files/365751/original/file-20201027-23-enacga.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip »><img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/365751/original/file-20201027-23-enacga.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/365751/original/file-20201027-23-enacga.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=463&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/365751/original/file-20201027-23-enacga.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=463&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/365751/original/file-20201027-23-enacga.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=463&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/365751/original/file-20201027-23-enacga.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=582&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/365751/original/file-20201027-23-enacga.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=582&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/365751/original/file-20201027-23-enacga.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=582&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »></a>
<figcaption>
<span class= »caption »></span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Wilfried Rault, Arnaud Régnier-Loilier, 2020, « Continuer à vivre sous le même toit après la séparation », _Population et Sociétés_.</span>, <span class= »license »>Author provided</span></span>
</figcaption>
</figure>

<p>De nombreux facteurs sociodémographiques sont ainsi corrélés au fait de vivre ensemble sous le même toit après la séparation. D’autres aspects plus relationnels tels la qualité de l’entente conjugale juste avant la rupture semblent également liés à cette expérience. Le fait pour les ex-conjoints d’estimer que leur <a href= »https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/jomf.12613″>relation était bonne</a> avant la séparation favorise à la fois l’expérience de la cohabitation post-séparation et sa durée. Des indicateurs plus subjectifs dans de futures enquêtes permettront de mieux étudier la manière dont les personnes vivent ces situations.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/148937/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.</span></em></p>

Alors que nous rentrons dans un deuxième confinement, la perspective de cohabiter avec une personne non désirée nous semble inenvisageable, jetons à œil sur ces couples séparés qui vivent ensemble.

Arnaud Régnier-Loilier, Chercheur à l’INED , Institut National d’Études Démographiques (INED)Wilfried Rault, Chercheur à l’INED, Institut National d’Études Démographiques (INED)Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1489352020-10-28T22:05:55Z2020-10-28T22:05:55ZCinq leçons à tirer du premier confinement<p>Le projet <a href= »https://www.sciencespo.fr/osc/fr/content/faire-face-au-covid-19.html »>Faire face au Covid-19</a> (CoCo) a étudié la manière dont la population française a vécu l’expérience du confinement en France.</p>

<p>L’enquête a utilisé un échantillon préexistant représentatif de la population : le <a href= »https://www.elipss.fr/fr/ »>panel longitudinal ELIPSS</a> composé de 1 400 répondants. Le projet CoCo a transformé ce dispositif en un baromètre de l’expérience du confinement et du déconfinement entre avril et juin 2020.</p>

<p>Ce dispositif permet de décrire les transformations qui se sont produites dans les pratiques sociales (vie familiale, travail, relations sociales, éducation, etc.) ; il permet aussi de rendre compte de la perception de cette expérience unique en comparant des indicateurs saisis pendant et après le confinement avec les mêmes indicateurs collectés sur les mêmes individus avant le confinement.</p>

<p>Cinq <a href= »https://www.sciencespo.fr/osc/fr/node/2224.html »>résultats saillants</a> émergent de cette étude.</p>

<h2>Un premier confinement « bien vécu »</h2>

<p>On pouvait penser que le fait d’enfermer du jour au lendemain les gens à leur domicile pourrait entraîner un dérèglement de leur psychologie. Une majorité des habitants semble en réalité avoir eu une perception positive du confinement, qui a été vécu comme une sorte « d’intermède philosophique » : pour environ trois quarts de la population, il a été l’occasion de « prendre du recul » ou de « consacrer du temps à soi et à la famille ».</p>

<p>Fait remarquable, l’adhésion à ces perceptions positives du confinement est restée quasiment la même au début et à la fin des 55 jours au cours desquels nous avons effectué cette mesure. Les indicateurs de bien-être montrent une corrélation positive avec la fréquence de sortie pendant la période ; une certaine flexibilité de la contrainte de confinement semble donc avoir préservé l’équilibre individuel.</p>

<p>Cette relative sérénité dans la manière dont les personnes ont vécu le confinement est à mettre en lien avec la tendance de chacun à relativiser sa propre situation au sein d’un contexte de crise généralisée. Des signes de ce mécanisme sont palpables dans nos données. Par exemple, lorsqu’on compare l’état de santé pendant le confinement à celui mesuré <a href= »http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?gcoi=27246100370780″>lors des vagues précédentes</a>, notamment en 2019, nous constatons que 49 % de nos répondants déclarent être dans un meilleur état de santé et seulement 14 % dans un état de santé moins bon qu’un an auparavant.</p>

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<img alt= »Théières » src= »https://images.theconversation.com/files/366184/original/file-20201028-17-1dkbcbf.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/366184/original/file-20201028-17-1dkbcbf.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/366184/original/file-20201028-17-1dkbcbf.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/366184/original/file-20201028-17-1dkbcbf.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/366184/original/file-20201028-17-1dkbcbf.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/366184/original/file-20201028-17-1dkbcbf.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/366184/original/file-20201028-17-1dkbcbf.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
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<span class= »caption »>Le confinement a été vécu par beaucoup de personnes comme un moment de réflexivité et de retour à l’essentiel, ce qui peut expliquer la stabilité des niveaux moyens de bien-être.</span>
<span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://www.flickr.com/photos/filifoto/49836938153/ »>Philippe Samar/Flickr</a>, <a class= »license » href= »http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/ »>CC BY</a></span>
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</figure>

<p>Ce même raisonnement s’applique aux indicateurs de bien-être. Très stables en moyenne de 2017 à 2019, ils ont tous marqué une hausse pendant le confinement : les enquêtés se sont décrits comme plus calmes, moins nerveux, moins découragés, moins tristes, voire même moins seuls. Après une baisse du bonheur reportée en début du confinement, les niveaux ont rapidement rattrapé voire dépassé ceux d’avant le confinement. Ce phénomène contre-intuitif fait écho aux réactions psychologiques collectives observées face à des <a href= »https://core.ac.uk/display/39320597″>situations catastrophiques</a>.</p>

<p>Nous l’avons appelé effet <a href= »https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0276562420300445?via%3Dihub »>« œil du cyclone »</a> : au milieu d’un désastre, si on n’est pas directement affecté, il est difficile de ne pas se dire heureux.</p>

<figure class= »align-center zoomable »>
<a href= »https://images.theconversation.com/files/366216/original/file-20201028-23-1givjw3.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip »><img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/366216/original/file-20201028-23-1givjw3.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/366216/original/file-20201028-23-1givjw3.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/366216/original/file-20201028-23-1givjw3.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/366216/original/file-20201028-23-1givjw3.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/366216/original/file-20201028-23-1givjw3.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=502&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/366216/original/file-20201028-23-1givjw3.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=502&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/366216/original/file-20201028-23-1givjw3.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=502&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »></a>
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<span class= »caption »>L’œil du cyclone : perception du bien-être auprès des participants à l’étude.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Ettore Recchi, Mirna Safi, Enquêtes annuelles ELIPSS 2017, 2018, 2019 et enquêtes CoCo 1-5, 2020. N=834</span>, <a class= »license » href= »http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/ »>CC BY</a></span>
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</figure>

<p>Derrière cette image globalement positive, il y a bien évidemment des hétérogénéités. En particulier, pour les personnes qui ont dû continuer à travailler à l’extérieur de leur domicile pendant le confinement chez qui on n’observe pas cette hausse de bien-être. Les femmes et les personnes nées à l’étranger sont aussi surreprésentées parmi celles et ceux qui ont vécu le confinement de manière relativement plus négative.</p>

<h2>Le lieu de travail révèle un clivage socio-économique émergent</h2>

<p>La forte augmentation du télétravail est un des faits les plus caractéristiques de l’expérience du confinement. S’il y a eu des fluctuations dans la tendance, avec une nette augmentation au début de la période confinée, puis une décélération au milieu, in fine on constate sa persistance, même dans la phase de déconfinement. Parmi celles et ceux qui étaient en emploi en 2019, le <a href= »https://spire.sciencespo.fr/hdl:/2441/6vv2fug6nb8t29ilm995n9hbnh/resources/op-2020-1.pdf »>télétravail systématique est passé de 4 à 20 % début juin</a>.</p>

<p>Les cadres, les professions libérales et les employés ont nettement plus travaillé à domicile. Le lieu de travail pendant le confinement est aussi le reflet des inégalités salariales.</p>

<p>Début mai, seulement 15 % des salariés appartenant à la moitié inférieure de la distribution des salaires (soit moins de 1 400 euros net) ont pu travailler à la maison, contre 48 % de ceux dont les salaires sont supérieurs à la médiane.</p>

<p>Lorsqu’on mesure l’effet de la transformation des conditions de travail pendant le confinement sur les salaires, le résultat est sans appel : 21 % des travailleurs sur leur lieu de travail ont déclaré une baisse de leur salaire contre seulement 2 % des télétravailleurs.</p>

<figure class= »align-center « >
<img alt= »Homme travaillant depuis son domicile » src= »https://images.theconversation.com/files/366185/original/file-20201028-19-1ictnjd.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/366185/original/file-20201028-19-1ictnjd.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/366185/original/file-20201028-19-1ictnjd.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/366185/original/file-20201028-19-1ictnjd.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/366185/original/file-20201028-19-1ictnjd.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/366185/original/file-20201028-19-1ictnjd.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/366185/original/file-20201028-19-1ictnjd.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
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<span class= »caption »>Le télétravail.</span>
<span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://www.pexels.com/fr-fr/photo/bois-homme-personne-individu-3360204/ »>Pexels</a>, <a class= »license » href= »http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/ »>CC BY</a></span>
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</figure>

<p>Ainsi, initialement fortement conditionné par les inégalités professionnelles y compris dans leur dimension salariale, le télétravail a accentué ces inégalités.</p>

<p><a href= »https://zenodo.org/record/3839312#.X5g0_4hKhPY »>Nos analyses</a> ont également montré un effet protecteur du télétravail quant à l’exposition au virus : les télétravailleurs du début du mois d’avril ont eu trois fois moins de chance de déclarer avoir attrapé la Covid à la mi-mai par rapport à celles et ceux qui ont continué à fréquenter leur lieu de travail habituel.</p>

<p>Dans l’ensemble, nos résultats suggèrent ainsi que la possibilité de télétravailler cristallise désormais des enjeux socioéconomiques, sanitaires et même symboliques qu’il convient de prendre en compte dans les efforts redistributifs qui cherchent à atténuer les effets de la crise.</p>

<h2>Le confinement a alourdi la charge de travail des femmes</h2>

<p>Notre enquête a également mesuré le temps consacré à différentes tâches au sein du ménage : en particulier les travaux ménagers, la cuisine, la garde d’enfants et les activités de loisirs.</p>

<p>Sans surprise, les résultats montrent que les femmes se sont consacrées plus au travail <a href= »https://spire.sciencespo.fr/hdl:/2441/6vv2fug6nb8t29ilm995n9hbnh/resources/op-2020-1.pdf »>non rémunéré et moins au travail rémunéré</a>. Ce résultat est aussi à mettre en lien avec le fait que les femmes actives ont plus souvent basculé en chômage partiel ou en congé par rapport aux hommes.</p>

<p>Notre enquête a permis aussi de creuser les effets du confinement sur la répartition du travail domestique au sein du couple. Si, tout comme avant cet évènement, les femmes supportent une majeure partie du travail domestique, le télétravail semble avoir joué un rôle « égalisateur » surtout si les deux conjoints le pratiquent, comme si cela avait permis aux femmes de négocier une répartition plus équitable en levant l’invisibilité du travail domestique.</p>

<p>Néanmoins, cette tendance à l’égalisation est fortement amoindrie dans les ménages qui comprennent de jeunes enfants. Toutes les tâches qui nécessitent de prendre soin ou d’encadrer les enfants en bas âge sont bien plus souvent faites par les femmes quelle que soit la configuration du ménage et quels que soient les statuts d’emploi au sein du couple.</p>

<p>Plus généralement, on relève que la présence d’un jeune enfant a tendance à exacerber le niveau de tension au sein des familles surtout pour les couples dans lesquelles la femme a continué à travailler.</p>

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À lire aussi :
<a href= »https://theconversation.com/emploi-teletravail-et-conditions-de-travail-les-femmes-ont-perdu-a-tous-les-niveaux-pendant-le-covid-19-141230″>Emploi, télétravail et conditions de travail : les femmes ont perdu à tous les niveaux pendant le Covid-19</a>
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<h2>De nouveaux liens sociaux</h2>

<p>Un résultat qui peut paraître surprenant : la période de confinement a engendré de nouveaux liens sociaux pour 16 % des personnes interrogées. Au sein des relations nouvellement établies, ce sont les relations bien réelles de voisinage qui ont pris le dessus sur les relations virtuelles.</p>

<p>Une trame d’entre-aide <a href= »https://theconversation.com/la-solidarite-au-temps-du-covid-19-vers-de-nouveaux-engagements-139361″>avec les voisins</a> s’est aussi mise en place au fil de l’eau. Cela suggère que, même si la sociabilité en ligne est un substitut aux relations sociales physiques, une dimension très locale de la sociabilité est restée palpable pendant le confinement.</p>

<p>Notre matériel qualitatif collecté dans les questions ouvertes sur le déroulement des <a href= »https://zenodo.org/record/3839288#.X5g1v4hKhPY »>journées confinées</a> abonde de discussions avec les voisins, lors d’apéros sur le balcon ou au travers des clôtures mitoyennes.</p>

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<iframe width= »440″ height= »260″ src= »https://www.youtube.com/embed/PQoS3iT-ev8?wmode=transparent&amp;start=0″ frameborder= »0″ allowfullscreen= » »></iframe>
<figcaption><span class= »caption »>Apéros entre voisins sur skype.</span></figcaption>
</figure>

<p>Toutefois, cette expérience dépend considérablement de la sociabilité préexistante. Les personnes très sociables ont été bien plus susceptibles d’échanger avec leurs voisins, tandis que les personnes moins sociables se sont plus tournées vers de nouvelles relations en ligne.</p>

<p>Cette variation de la sociabilité s’observe quels que soient le sexe, l’âge, l’éducation, le niveau de revenu et la région de résidence. Plutôt qu’une simple substitution des relations physiques par des relations en ligne, le confinement semble avoir favorisé une reproduction des canaux relationnels antérieurs en amplifiant la séparation des sphères de sociabilité.</p>

<h2>Quelques signes (timides) de changement de valeurs</h2>

<p>Le confinement a-t-il engendré une nouvelle vision de la société ? Nous aurait-il poussés à réviser nos préférences et à redéfinir nos priorités ?</p>

<p>Nous avons d’abord enregistré une aspiration à un changement de vie à l’échelle individuelle : <a href= »https://zenodo.org/record/3897359#.X5g4j4hKhPZ »>74 % des répondants</a> disent qu’ils tireront de cette expérience des leçons concrètes pour améliorer leur vie. Est-ce que cela se traduit par une volonté de transformation sociale ? Il y a en effet un large consensus pour investir plus massivement dans les hôpitaux publics (67 % y sont favorables).</p>

<p>Les préoccupations environnementales semblent aussi gagner du terrain ; la proportion des répondants qui accepteraient un ralentissement de la croissance économique pour sauvegarder l’environnement est passée de 59 % avant le confinement à 70 % après.</p>

<p>De plus, nos analyses suggèrent que la particularité du profil habituellement associé aux préoccupations environnementales (ménages urbains, diplômés de l’enseignement supérieur) est moins marquée.</p>

<figure class= »align-center zoomable »>
<a href= »https://images.theconversation.com/files/366135/original/file-20201028-13-1j9gyup.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip »><img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/366135/original/file-20201028-13-1j9gyup.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/366135/original/file-20201028-13-1j9gyup.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=364&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/366135/original/file-20201028-13-1j9gyup.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=364&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/366135/original/file-20201028-13-1j9gyup.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=364&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/366135/original/file-20201028-13-1j9gyup.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=458&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/366135/original/file-20201028-13-1j9gyup.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=458&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/366135/original/file-20201028-13-1j9gyup.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=458&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »></a>
<figcaption>
<span class= »caption »>Faire face au Covid.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Ettore Recchi, Mirna Safi</span>, <span class= »license »>Author provided</span></span>
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</figure>

<p>Néanmoins, le soutien à des politiques redistributives évolue plus modestement (de 51 à 57 %), à contrario des réticences vis-à-vis de la globalisation qui ont considérablement augmenté (de 58 à 70 %).</p>

<h2>Quelles leçons tirer en cette veille de reconfinement ?</h2>

<p>Si ces cinq enseignements couvrent différentes dimensions de l’expérience du confinement, ils doivent être considérés avec précaution s’ils devaient être utilisés pour éclairer la situation actuelle. Le confinement de mars-mai 2020 est très spécifique car il a constitué d’une part un choc total ayant transformé notre mode de vie et d’autre part un épisode vécu comme isolé et temporaire. Ce deuxième confinement intervient dans un contexte très différent puisqu’il entérine la durabilité de la crise sanitaire et la deuxième vague tant redoutée. Comment sera-t-il vécu ?</p>

<p>Le maintien de l’ouverture des écoles pourrait réduire l’impact du confinement sur les inégalités hommes/femmes. En revanche, la frontière entre les métiers télé-travaillables et non télé-travaillables est consolidée et risque d’être perçue comme un clivage socioprofessionnel central. Quant au bien-être psychologique, sa stabilité pendant le confinement du printemps risque d’être mise à mal cette fois-ci par la persistance de l’épidémie et l’aggravation de ses effets économiques.</p>

<p>Nous pourrons vérifier ces hypothèses grâce à la poursuite de nos efforts de collecte de données : après les deux vagues d’enquête qui ont succédé directement au confinement du printemps, une sixième a été lancée à la fin du mois d’octobre, désormais sous le signe de nouvelles restrictions sanitaires.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/148935/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.</span></em></p>

Résultats des travaux d’une équipe de chercheurs qui a monté un baromètre permettant de suivre l’expérience du confinement et du déconfinement entre avril et juin 2020.

Ettore Recchi, Professeur des universités (Observatoire Sociologique du Changement), Sciences Po Mirna Safi, Sociologue, Professeure à Sciences Po, Observatoire Sociologique du Changement, Sciences Po Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1414692020-10-27T22:24:06Z2020-10-27T22:24:06ZComment concevoir collectivement le bien-être soutenable ?<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/365798/original/file-20201027-23-d217wf.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=0%2C7%2C5160%2C3236&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>Vue de Grenoble depuis le fort de la Bastille.</span> <span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://unsplash.com/photos/CJ9O_yQotnM »>Sophie Keen/Unsplash</a>, <a class= »license » href= »http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/ »>CC BY-SA</a></span></figcaption></figure><p>Comment prendre en compte le bien-être ? La soutenabilité ? Comment rendre visible ce qui compte ? Comment travailler collectivement à la définition de ce qui fait commun et considérer la <a href= »https://link.springer.com/article/10.1007/s11205-014-0622-x »>valeur de ce qui ne peut être monétarisé</a> ?</p>

<p>C’est à l’ensemble de ces questions que répond <a href= »https://fac15a3d-d0de-45b5-acd2-9d327e7f27bd.filesusr.com/ugd/c935a0_f2ebc72266594a639f48926f7ada06b8.pdf »>l’expérimentation IBEST</a> « indicateurs de bien-être soutenable » sur le territoire de la métropole grenobloise.</p>

<p>Cette démarche collective, impliquant spécialistes des politiques publiques, scientifiques, activistes et habitants sur un temps long (depuis 2002) vise à enrichir et transformer les cadres d’observation et d’évaluation des politiques publiques, mais aussi la <a href= »https://theconversation.com/indicator-frenzy-the-economicist-tendency-of-public-policy-and-alternative-indicators-83366″>manière de construire les indicateurs</a>. Nourrie d’une enquête et de débats, la démarche a abouti à la définition collective de <a href= »https://www.grenoble-em.com/node/8707″>huit dimensions du bien-être soutenable</a>. Le bien-être soutenable correspond ici à la possibilité que les personnes ont de « se réaliser », c’est-à-dire de <a href= »https://www.youtube.com/watch?v=5EURJI9x9Qs »>trouver des réponses à leurs besoins en adéquation avec le bien commun et leurs aspirations</a>.</p>

<figure class= »align-center « >
<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/350729/original/file-20200802-18-r0ks4h.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/350729/original/file-20200802-18-r0ks4h.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=600&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/350729/original/file-20200802-18-r0ks4h.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=600&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/350729/original/file-20200802-18-r0ks4h.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=600&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/350729/original/file-20200802-18-r0ks4h.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=754&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/350729/original/file-20200802-18-r0ks4h.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=754&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/350729/original/file-20200802-18-r0ks4h.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=754&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
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<span class= »caption »>Les huits dimensions du bien-être soutenable.</span>

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<p>Cette démarche est désormais appuyée sur des <a href= »https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01333323/document »>enquêtes récurrentes</a> permettant d’apporter un éclairage précieux sur les différentes facettes des conditions de vie. Les données construites font l’objet de discussion régulière avec les acteurs du territoire. Ouvrir la « boite noire » de la quantification est un enjeu scientifique et politique pour faire émerger de nouvelles <a href= »https://www.cairn.info/l-economie-des-conventions-methodes-et-resultats-1–9782707144874-page-311.htm »>conventions sociopolitiques</a> sur le bien-être soutenable du territoire. Cette analyse nourrit la connaissance et les actions des acteurs et actrices du territoire (citoyen.n·e·s, professionnel·le·s des politiques publiques, associations, etc). Elle sert aussi à mettre en lumière de grands enjeux exacerbés par la crise sanitaire et économique actuelle : place du travail et importance de l’équilibre des temps, accès à la santé et aux services publics, rôle central des sociabilités, cumul des inégalités.</p>

<h2>Travailler moins pour s’épanouir plus</h2>

<p>L’<a href= »https://fac15a3d-d0de-45b5-acd2-9d327e7f27bd.filesusr.com/ugd/c935a0_d95f46755beb4f5bb9d19c494dbe1aed.pdf »>équilibre des temps</a> est particulièrement important pour bien vivre. La tension sur les temps de vie ressort de manière prégnante au sein de la démarche IBEST et dans d’autres expériences locales visant à apprécier différemment la richesse. Au-delà d’une approche en termes de conciliation vie familiale-vie professionnelle, l’étude de l’équilibre des temps nécessite une <a href= »https://link.springer.com/article/10.1007/s11205-016-1489-9″>approche élargie des temporalités</a>.</p>

<p>Dans IBEST, nous avons étudié quatre grands blocs d’activités : le travail, la famille, l’engagement solidaire et les loisirs.</p>

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<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/350728/original/file-20200802-18-ebeiou.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/350728/original/file-20200802-18-ebeiou.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=577&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/350728/original/file-20200802-18-ebeiou.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=577&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/350728/original/file-20200802-18-ebeiou.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=577&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/350728/original/file-20200802-18-ebeiou.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=725&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/350728/original/file-20200802-18-ebeiou.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=725&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/350728/original/file-20200802-18-ebeiou.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=725&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
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<span class= »caption »></span>

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<p>Environ <a href= »https://fac15a3d-d0de-45b5-acd2-9d327e7f27bd.filesusr.com/ugd/c935a0_d95f46755beb4f5bb9d19c494dbe1aed.pdf »>45 % des personnes souhaiteraient consacrer moins de temps à leur travail</a> : plus le groupe rencontre des problèmes de « réalisation », plus la réponse « consacrer moins de temps » est fréquente. Pourtant, plus de 80 % des personnes interrogées sont très ou assez satisfaites de leurs conditions d’emploi et de leur travail. Cet apparent paradoxe peut aisément s’expliquer quand on considère le <a href= »https://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2011-3-page-35.htm »>« phénomène de préférences adaptatives »</a> pouvant s’opérer par rapport au travail. Jouer sur ses désirs peut être plus aisé que de changer sa situation concrète. Celles et ceux qui voudraient y consacrer plus de temps sont les personnes qui manquent des ressources ou du statut associé à l’emploi. En 2012 comme en 2018, chacun·e souhaiterait consacrer plus de temps à ce qui n’est pas le travail (la famille, les loisirs, les engagements solidaires). Loin du « travailler plus pour… », on est bien plutôt sur un « travailler moins pour s’épanouir plus ».</p>

<p>Par ailleurs, si le <a href= »https://fac15a3d-d0de-45b5-acd2-9d327e7f27bd.filesusr.com/ugd/c935a0_3e18333f61954303a1736cb78eeb7e16.pdf »>travail garde toute son importance</a>, c’est avant tout par nécessité économique. Il constitue aussi un lieu de socialisation privilégiée, d’épanouissement et de reconnaissance sociale. Or, la réalisation par le travail est très liée aux inégalités sociales et au sentiment de justice sociale.</p>

<h2>L’argent fait-il le bonheur ?</h2>

<p>Les personnes se sentant mal dans leur travail ont fréquemment un sentiment d’injustice salariale. La crise du Covid-19 a reposé la question de la rémunération d’emplois à forte utilité sociale (santé, éducation, etc.), souvent mal payés. Dans IBEST, on observe que plus de 58 % des personnes considèrent qu’elles gagnent moins que ce qu’elles mériteraient. La rémunération n’apparaît pas seulement comme un coût, mais est aussi un vecteur de reconnaissance sociale.</p>

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<span class= »caption »></span>

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<p>L’argent fait-il le bonheur ? Il y contribue : les deux vagues de l’enquête IBEST montrent (comme les enquêtes internationales existantes) que la satisfaction à l’égard de sa vie croît avec le niveau de revenus, même si elle se stabilise au-delà d’un certain seuil.</p>

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<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/350731/original/file-20200802-19-y6pgax.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/350731/original/file-20200802-19-y6pgax.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=303&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/350731/original/file-20200802-19-y6pgax.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=303&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/350731/original/file-20200802-19-y6pgax.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=303&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/350731/original/file-20200802-19-y6pgax.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=380&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/350731/original/file-20200802-19-y6pgax.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=380&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/350731/original/file-20200802-19-y6pgax.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=380&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
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<span class= »caption »></span>

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<p>Le revenu n’est pas le seul facteur à considérer : les conditions de vie matérielles, l’accès aux biens de subsistance et la <a href= »https://fac15a3d-d0de-45b5-acd2-9d327e7f27bd.filesusr.com/ugd/c935a0_8a616dad1d5b4509bccd80b7afd0ceae.pdf »>préservation des biens communs</a> sont un <a href= »https://fac15a3d-d0de-45b5-acd2-9d327e7f27bd.filesusr.com/ugd/c935a0_7a00c91d1f064b229369c25826b8bf8a.pdf »>socle indispensable pour bien vivre</a>.</p>

<p>Les plus précaires cumulent en effet un moindre niveau de revenu, des restrictions sur les soins et l’alimentation et vivent plus souvent dans un logement sur occupé. <a href= »https://fac15a3d-d0de-45b5-acd2-9d327e7f27bd.filesusr.com/ugd/c935a0_8a616dad1d5b4509bccd80b7afd0ceae.pdf »>Ils ont par ailleurs un accès plus restreint à la nature et plus de difficultés pour adopter des comportements écoresponsables du fait de leur situation monétaire</a>. Ces personnes se caractérisent par une plus grande précarité économique et sociale : moindre niveau de diplôme, davantage au chômage, en arrêt de longue durée ou inactivité.</p>

<h2>Quand la santé va, tout va</h2>

<p>Lorsque la <a href= »https://fac15a3d-d0de-45b5-acd2-9d327e7f27bd.filesusr.com/ugd/c935a0_c2888a7f93f542f5abc981bee4a91985.pdf »>santé</a> est défaillante, elle devient un critère de mal-être. En effet, les personnes ayant une santé dégradée sont plus souvent peu satisfaites de leur vie. La situation socio-économique de ces ménages apparaît plus fragile, avec des fins de mois plus difficiles que la moyenne. Parmi les personnes en bonne santé, une proportion importante de personnes (42 %) subit un stress élevé. Cela concerne prioritairement les femmes actives.</p>

<p>Constat important : IBEST ne révèle pas de lien probant entre le non-recours aux soins et la proximité géographique aux professionnel·le·s médicaux. Or, souvent c’est cet indicateur de la proximité géographique des professionnel·le·s de santé qui est retenu à l’échelle nationale ou locale pour appréhender la possibilité d’accès aux soins. Ainsi, il est une chose d’avoir accès et d’être à proximité d’un service/équipement et une autre de l’utiliser ou d’y avoir recours. Les personnes cumulant de <a href= »https://fac15a3d-d0de-45b5-acd2-9d327e7f27bd.filesusr.com/ugd/c935a0_4f8ae41e921d4927802e7fe6f3b5449e.pdf »>fortes difficultés d’accès aux services publics</a> cumulent à la fois plus de précarité dans leur emploi et leurs revenus, plus de stress et une santé juste correcte. 62 % des personnes dans cette situation ont des enfants et la proportion de familles atypiques et monoparentales est plus forte.</p>

<h2>La sociabilité, un filet de sécurité ?</h2>

<p>La <a href= »https://fac15a3d-d0de-45b5-acd2-9d327e7f27bd.filesusr.com/ugd/c935a0_423320ca191948ccae04853459bc3c95.pdf »>sociabilité, le fait de pouvoir compter sur autrui en cas de coup dur est à la fois un des points aveugles de la statistique et un des éléments déterminants du bien-être</a>. En effet, à la question « qu’est-ce qui compte pour vous ? », on recueille souvent des réponses qui parlent d’ami-es, de proches…</p>

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<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/350732/original/file-20200802-23-h0r3bi.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/350732/original/file-20200802-23-h0r3bi.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=348&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/350732/original/file-20200802-23-h0r3bi.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=348&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/350732/original/file-20200802-23-h0r3bi.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=348&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/350732/original/file-20200802-23-h0r3bi.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=437&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/350732/original/file-20200802-23-h0r3bi.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=437&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/350732/original/file-20200802-23-h0r3bi.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=437&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
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<p>Le fait d’être inséré·e dans un réseau de liens joue un rôle de « filet de sécurité » qui accroît le bien-être.</p>

<p>En revanche, parmi les 12 % de la population isolée, aussi bien socialement que vis-à-vis des institutions (groupe 1), on trouve davantage de personnes en difficulté économique. Même les amis et la famille, supports très majoritaires dans le reste de la population, sont peu présents pour ces personnes. <a href= »https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02464923/ »>Manques matériels et manques immatériels vont malheureusement de pair</a> et pointent une dimension peu visible, mais très douloureuse des inégalités. Malgré une plus forte fréquentation de la famille et des amis liée à la proximité géographique, la précarité des personnes est aussi sociale : ces liens n’assurent pas un fort niveau d’entraide ni une grande satisfaction vis-à-vis des relations sociales.</p>

<p>Autre enseignement : environ la moitié de notre échantillon rassemble des personnes très <a href= »https://fac15a3d-d0de-45b5-acd2-9d327e7f27bd.filesusr.com/ugd/c935a0_dc58f7cb514045ffaeb86ce1e1a58cd7.pdf »>engagées dans des réseaux d’entraide</a>, mais très défiantes vis-à-vis des institutions. Écho au mouvement « gilets jaunes » ? On y retrouve la remise en cause du cadre institutionnel associé à un fort réseau de solidarité dans la proximité.</p>

<h2>Une approche transversale du bien-être</h2>

<p><a href= »https://www.obsy.fr/bien-etresoutenable »>Qui « se réalise » en termes de bien-être soutenable ? Qui cumule des difficultés, voire un mal-être sur plusieurs dimensions ?</a> Une analyse croisée de la réalisation sur chacune des dimensions amène aux constats suivants :</p>

<ul>
<li><p>Aucune personne ne « se réalise » complètement en termes de bien-être soutenable ; mais 13 % des personnes de l’échantillon expriment un bon niveau de réalisation dans 4 ou 5 dimensions.</p></li>
<li><p>13 % des personnes de la Métropole grenobloise ne se « réalisent » sur aucune dimension.</p></li>
</ul>

<p>Ainsi, toutes les personnes enquêtées rencontrent à des degrés plus ou moins élevés des difficultés à « se réaliser ».</p>

<p>Quel est le profil des personnes se réalisant le mieux ? Leur portrait-robot : des hommes, cadres supérieurs, en bonne santé, vivant à Grenoble Nord ou au Nord-ouest de la métropole. Les inégalités socioéconomiques et entre les sexes ont la vie dure. Les mettre au jour est un premier pas pour le bien-être soutenable de tous et toutes.</p>

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<p><em>Ont participé à l’écriture de l’article et plus généralement au travail sur IBEST : Berthaud, A. (Grenoble-Alpes Métropole), Clot, H. (Grenoble-Alpes Métropole), Jouny, L. (Agence d’urbanisme de la région grenobloise), Lavoillotte, Ph. (Grenoble-Alpes Métropole), Moreau J. (Ville et CCAS de Grenoble), Pichavant, F. (Agence d’urbanisme de la région grenobloise).</em></p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/141469/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.</span></em></p>

Le bien-être soutenable correspond à la possibilité que les personnes ont de se réaliser, c’est-à-dire de trouver des réponses à leurs besoins en adéquation avec le bien commun et leurs aspirations.

Fiona Ottaviani, Enseignante-chercheuse en économie – Grenoble Ecole de Management, F-38000 Grenoble, France – Chaire Paix économique, Mindfulness, Bien-être au travail – Chaire Territoires en Transition – Chercheuse associée au CREG – Université Grenoble Alpes, Grenoble École de Management (GEM)Anne Le Roy, Enseignante chercheuse en Economie au CREG à l’UGA, Université Grenoble Alpes (UGA)Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1481402020-10-18T15:56:07Z2020-10-18T15:56:07ZLes enfants savent bien trier les déchets… mais ne le font pas à la maison, pourquoi ?<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/363502/original/file-20201014-21-1kflegm.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>Le tri des déchets fait partie des comportements écoresponsables auxquels les enfants sont sensibilisés à l’école. </span> <span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://www.shutterstock.com/fr/image-photo/recycle-environment-conservation-student-study-622152764″>Shutterstock</a></span></figcaption></figure><p>Depuis 2015, l’Accord de Paris a rendu, dans son article 12, <a href= »https://unfccc.int/sites/default/files/french_paris_agreement.pdf »>l’éducation à l’environnement obligatoire</a>. En France, cette généralisation se décline concrètement depuis août 2019 avec la <a href= »https://www.education.gouv.fr/bo/19/Hebdo31/MENE1924799C.htm »>circulaire n° 2019-121</a>, qui formalise l’éducation au développement durable.</p>

<p>Cette réflexion et cette sensibilisation sont menées de manière transversale dans toutes les disciplines, notamment en technologie, par l’appréhension du cycle de vie et la manière de concevoir un objet, dès le primaire. Les écoles sont également incitées à mettre en place des composteurs et des potagers pour que les enfants soient non seulement sensibilisés, mais participent aussi activement à la gestion de l’environnement.</p>

<p>Ces apprentissages sont importants et obligatoires, mais ne représentent encore que quelques heures dans le programme scolaire. Parmi les comportements écoresponsables auxquels les enfants sont sensibilisés et éduqués à l’école, on retrouve le tri des déchets.</p>

<p>Alors qu’en France, chaque année, un habitant génère en moyenne, selon les dernières données de l’Ademe, quelque <a href= »https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-35407-chiffres-cles-dechets-2019.pdf »>580 kilos de déchets ménagers</a>, il est régulièrement rappelé que le meilleur détritus est « celui qu’on ne produit pas ».</p>

<p>Le tri permet toutefois de donner une seconde vie aux déchets et de limiter ainsi notre empreinte carbone. Si la France sensibilise et éduque les enfants à ce comportement, la question se pose de savoir quelles connaissances et compétences ils en retirent et comment ils peuvent mettre concrètement en application ce bagage éducatif.</p>

<p>C’est ce que nous avons cherché à montrer dans une <a href= »https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0148296320300382?casa_token=PNxjYbODeaUAAAAA:IgT0r30jUqhHfbfc6EYqQYxcWhtNVUPdSGVhq1WTxkEkyu-NKA1SMFe8qjAsNey6xDcnQz8OUQ »>étude publiée en mars 2020</a> dans la revue <em>Journal of Business Research</em> ; nos travaux concluent à des compétences indéniables, mais une difficulté à les appliquer au sein de la famille.</p>

<h2>Des enfants informés, concernés et compétents</h2>

<p>Les enfants acquièrent des connaissances grâce à l’éducation environnementale enseignée à l’école, qui joue un rôle très important en matière de socialisation environnementale des plus jeunes. Cette sensibilisation se répète plusieurs fois au cours de la scolarité de l’enfant, et notamment au cours de la formation à l’école élémentaire.</p>

<p>Les enfants développent des connaissances pour connaître les déchets, leur nature et savoir comment les trier. Julie (9 ans) explique par exemple :</p>

<blockquote>
<p>« Les pelures de fruits et légumes vont au compost, le verre dans un container spécial en extérieur de la maison, et les médicaments qu’on n’utilise plus retournent chez le pharmacien. Le papier et carton, ainsi que les plastiques vont dans le container jaune de tri. Tout le reste part dans la poubelle normale déchets non recyclables. »</p>
</blockquote>

<p>Les enfants développent également une sensibilité relativement importante au cours de cet apprentissage et sont concernés par les problématiques de tri des déchets. Mayeul (9 ans) se dit « concerné et intéressé par les problèmes de l’environnement » et pense que « le tri des déchets est important pour la planète ». Idem pour Roman (8 ans) qui considère que « pour protéger l’environnement, nous devons trier nos déchets. C’est important de trier ».</p>

<p>De ces connaissances et de cette sensibilité environnementale découlent des compétences indéniables en matière de tri. Les enfants savent ainsi concrètement trier leurs déchets. Pourtant, ils n’ont pas toujours la possibilité d’exprimer ces compétences au sein de leur environnement familial et participent finalement assez peu au tri familial des déchets. Comment expliquer cette situation ?</p>

<figure class= »align-center « >
<img alt= »Enfant mettant des pelures de légumes au compost » src= »https://images.theconversation.com/files/364085/original/file-20201018-13-441oh9.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/364085/original/file-20201018-13-441oh9.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/364085/original/file-20201018-13-441oh9.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/364085/original/file-20201018-13-441oh9.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/364085/original/file-20201018-13-441oh9.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/364085/original/file-20201018-13-441oh9.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/364085/original/file-20201018-13-441oh9.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
<figcaption>
<span class= »caption »>Potagers et composts sont présents dans certaines écoles et participent à l’éducation environnementale des élèves.</span>
<span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://www.shutterstock.com/fr/image-photo/childs-hands-throwing-out-kitchen-waste-686242240″>Shutterstock</a></span>
</figcaption>
</figure>

<h2>Des freins au sein de la famille</h2>

<p><a href= »https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0148296320300382?casa_token=PNxjYbODeaUAAAAA:IgT0r30jUqhHfbfc6EYqQYxcWhtNVUPdSGVhq1WTxkEkyu-NKA1SMFe8qjAsNey6xDcnQz8OUQ »>Nos observations</a> montrent que les enfants participent peu au tri familial des déchets. C’est étonnant, car de manière générale, en grandissant, les enfants participent à des comportements et des activités qu’ils valorisent et ont un sens pour eux.</p>

<p>Plusieurs éléments viennent éclairer cette faible participation.</p>

<p>Tout d’abord, la disposition spatiale et les objets facilitant le tri ne sont pas toujours présents dans la maison. Dans certaines familles où l’espace est réduit, on observe par exemple une seule poubelle dans la cuisine, qui accueille l’ensemble des déchets, recyclables ou non.</p>

<p>Mais ce n’est pas une explication suffisante, d’autres familles ayant un espace réduit agencent l’espace de telle sorte à pouvoir réaliser un tri efficace. La communication entre parents et enfants est révélée par ailleurs comme déterminante dans la possibilité laissée aux enfants à appliquer leurs savoirs et savoir-faire.</p>

<p>Dans les familles qui n’encouragent que peu leurs enfants à exprimer leurs choix de consommation, les enfants ont beaucoup de difficultés à montrer tout leur savoir-faire en matière de tri, car les parents n’y accordent que peu d’importance. Il n’est pas rare non plus que les parents considèrent le sujet du tri des déchets comme relevant de l’éducation scolaire et non familiale.</p>

<h2>Comment valoriser les compétences des enfants ?</h2>

<p>Les enfants trouvent des stratégies pour valoriser leurs compétences en dehors de la famille. Certains prennent des initiatives, comme l’organisation d’une journée de tri dans leur village ou leur quartier, la mise en place d’un club pour protéger l’environnement avec des amis, ou encore la collecte de bouchons pour des associations d’handicapés. Mais toutes ces initiatives se font le plus souvent en dehors du foyer.</p>

<p>Des entreprises viennent soutenir la sensibilité et préoccupation des enfants dans leur quête de bien-être environnemental en les aidant à agir concrètement. L’entreprise Hasbro développe ainsi un <a href= »https://csr.hasbro.com/en-us/toy-recycling »>programme de tri des jouets usagés</a> des enfants. L’entreprise Joker <a href= »https://youtu.be/v1BzpicgvD4″>propose de son côté un tutoriel ludique</a> sur Internet et sur ses emballages pour inciter les enfants à un tri efficace de ses emballages et reprend ses explications sur le <em>packaging</em>. Mais ces initiatives restent encore relativement confidentielles.</p>

<p>Si toutes les actions d’éducation et de sensibilisation déjà mises en place sont importantes, il semble cependant nécessaire d’aller encore plus loin pour aider les enfants à agir dans leur quotidien et leur laisser l’espace suffisant pour qu’ils puissent exprimer concrètement leurs initiatives environnementales, de manière autonome.</p>

<p>Les propositions avancées par la récente Convention citoyenne pour le climat – ateliers éducatifs réguliers et intergénérationnels sur les comportements écoresponsables – font un premier pas dans ce sens en permettant d’associer l’enfant. D’autres réflexions pourraient venir soutenir cette initiative pour faire prendre conscience aux parents que leurs enfants savent faire et leur laisser davantage d’autonomie pour prendre part concrètement à l’avenir de la planète.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/148140/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.</span></em></p>

Si la France sensibilise et éduque les enfants au tri des déchets, la question se pose de savoir quelles connaissances et compétences ils en retirent.

Marie Schill, Maître de conférences, HDR, Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA)Delphine Godefroit-Winkel, Professeur associé de marketing, TBS Business School Margaret K. Hogg, Professor of Consumer Behaviour and Marketing, Lancaster UniversityLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1462362020-10-08T17:49:18Z2020-10-08T17:49:18ZEt si on faisait classe autrement ?<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/361961/original/file-20201006-18-8tzgcy.jpeg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=12%2C187%2C4013%2C2812&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>Dans l&#39;exposition &quot;Trop classe&quot;, le tableau d&#39;école devient espace de création et le numérique fait dialoguer parents et enfants.</span> <span class= »attribution »><span class= »source »>Au Maif Social Club/Marion Voillot</span>, <span class= »license »>Author provided</span></span></figcaption></figure><p>Les transformations dues à la révolution numériques et l’épidémie de Covid-19 a nous invitent à repenser les lieux et formes d’éducation. Désormais, il ne s’agit plus d’animer l’éternel débat autour de l’intégration, ou non, des outils numériques aux pratiques pédagogiques. Grâce à la multiplication des interfaces mobiles (ordinateur, smartphone, tablette) équipés d’une connexion Internet, on peut apprendre partout.</p>

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À lire aussi :
<a href= »https://theconversation.com/nature-a-lecole-le-temps-est-il-venu-de-faire-classe-en-plein-air-141309″>Nature à l’école : le temps est-il venu de faire classe en plein air ?</a>
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<p>Où est-ce que l’on apprend ? Quand est-ce que l’on apprend ? Avec qui et comment peut-on apprendre ? L’architecte <a href= »https://www.franceinter.fr/emissions/d-ici-d-ailleurs/d-ici-d-ailleurs-17-juin-2017″>Fiona Meadows</a>, <a href= »https://fr.wikipedia.org/wiki/Fiona_Meadows »>responsable de programmes</a> à la Cité de l’architecture et du patrimoine, éclaire ces questions qui sont aujourd’hui au cœur du débat public à travers une <a href= »https://programmation.maifsocialclub.fr/programmation/transmission/trop-classe »>exposition</a> intitulée <em>Trop classe</em>, présentée à Paris au Maif Social Club du 25 septembre 2020 au 13 février 2021.</p>

<p>Le choix de cette expression interroge volontairement la notion de transmission : « elle peut être vue comme positive, synonyme de “Génial !”, mais elle peut aussi se lire comme la contraction de “trop de classe”, renvoyant à un “trop plein”, une présence excessive de la “forme scolaire” », explique la commissaire.</p>

<p>La scénographie s’organise ainsi autour d’une agora, dans laquelle on retrouve certains lieux clés de l’école – la salle de classe, le préau, le « coin sieste », ou encore la bibliothèque – mais revisités grâce aux œuvres des artistes comme Filipe Vilas-Boas ou Bonnefrite, et ouvrant sur de nouvelles expériences à la fois tangibles et numériques.</p>

<h2>Langage et numérique</h2>

<figure class= »align-left « >
<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/361959/original/file-20201006-24-c42jwk.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=237&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/361959/original/file-20201006-24-c42jwk.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/361959/original/file-20201006-24-c42jwk.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/361959/original/file-20201006-24-c42jwk.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/361959/original/file-20201006-24-c42jwk.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/361959/original/file-20201006-24-c42jwk.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/361959/original/file-20201006-24-c42jwk.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
<figcaption>
<span class= »caption »>Le <em>Sign System</em>, au centre de l’exposition Trop Classe.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Au Maif Social Club/The Conversation</span>, <a class= »license » href= »http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/ »>CC BY-NC-ND</a></span>
</figcaption>
</figure>

<p>Au centre de l’exposition, les enfants peuvent appréhender la notion de communication grâce à la manipulation de formes en volumes éparpillées dans l’espace. Composé de cercles, de bâtons ou de virgules, ce <em>Sign System</em>, conçu par le studio smarin., s’inspire librement de l’alphabet tangible créé au XIX<sup>e</sup> siècle par le pédagogue allemand <a href= »https://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Fr%C3%B6bel »>Friedrich Fröbel</a> et permet de former des mots en français et en arabe.</p>

<p>À l’heure où l’on peut dialoguer en temps réel avec des personnes à l’autre bout de la planète, se pose également la question du passage et de la traduction d’une langue à une autre. L’enjeu est d’inviter les enfants à jouer avec le langage, de s’interroger sur la façon dont on peut faire communauté grâce à l’association de formes, vers la création d’un langage commun.</p>

<p>Bien avant que l’écriture ne se démocratise, la transmission s’appuyait sur la parole. Un échange direct également transformé par les nouvelles technologies comme les <a href= »https://theconversation.com/profiles/marion-voillot-596487/dashboard# »>assistants vocaux</a>. À l’image du code informatique, composé de 0 et de 1 (aussi appelé langage binaire), le dialogue avec ces machines conversationnelles se codifie avec l’usage de formules toutes faites : « Dis Siri… ? », « Hey, Google, est-ce que tu peux… ? »</p>

<p>Mais l’utilisation d’outils numériques permet aussi en conserver toute la spontanéité du dialogue avec un enfant, comme en témoignent les entretiens réalisés par Valérie Mréjen et Mohamed El Khatib. Dans ces vidéos projetées sur un mur de l’exposition, les enfants sont interrogés de manière bienveillante sur des sujets du quotidien comme la dispute, ou leur manière d’expliquer certaines expressions idiomatiques comme « La peau de l’ours ».</p>

<h2>Nouveaux modes de transmission</h2>

<p>A l’ère du numérique, l’intelligence du faire et de la main est également à l’honneur. Les fab labs, ces tiers lieux de fabrication numérique, fleurissent un peu partout en France. Ce sont des espaces accessibles à toutes et tous qui promeuvent l’apprentissage par le « faire » (ou « Learning by doing ») grâce à l’utilisation de machines numériques – découpeuses laser, imprimantes numériques, etc. – et la diffusion de la philosophie « open-source ». Avec l’épidémie de Covid-19, ces tiers lieux se sont démocratisés et sont devenus des lieux de production, de blouses et de masques par exemple, comme le souligne une tribune récente publiée sur <a href= »https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/10/01/makers-osons-organiser-un-renouveau-industriel-participant-a-la-relance-economique-et-a-la-transition-ecologique_6054314_3232.html »><em>Le Monde</em></a>.</p>

<p>On retrouve au cœur de l’exposition « Trop Classe ! » le « Mobilab » du designer Victor Bois, lauréat de la 7<sup>e</sup> édition du concours <em>MiniMaousse</em> sur le thème de l’inclusion numérique. Ce fab lab mobile part à la rencontre des acteurs et actrices des territoires dans lesquels il s’implante autour de projets collaboratifs.</p>

<p>Les outils numériques incitent à un changement de posture de la part de l’enseignant. Puisque l’information est facilement accessible sur Internet, l’enseignant n’est plus le seul maître du savoir. C’est sur cette idée que s’appuie la <a href= »https://theconversation.com/classes-inversees-retour-sur-un-phenomene-precurseur-1-66062″>classe inversée</a>. Dans cette pratique pédagogique, les élèves étudient les leçons à la maison et font les activités en classe, ce qui leur permet de pouvoir poser des questions ou de travailler en groupe plus facilement.</p>

<figure class= »align-center « >
<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/361967/original/file-20201006-24-1iowfz.jpeg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/361967/original/file-20201006-24-1iowfz.jpeg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/361967/original/file-20201006-24-1iowfz.jpeg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/361967/original/file-20201006-24-1iowfz.jpeg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/361967/original/file-20201006-24-1iowfz.jpeg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/361967/original/file-20201006-24-1iowfz.jpeg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/361967/original/file-20201006-24-1iowfz.jpeg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
<figcaption>
<span class= »caption »>Face à l’alphabet manipulable de <em>smarin.</em>, le <em>Mobilab</em> du designer Victor Bois invite également à l’apprentissage par le faire.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Exposition « Trop classe » au Maif Social Club/Marion Voillot</span>, <span class= »license »>Author provided</span></span>
</figcaption>
</figure>

<p>Reprenant le principe de la classe inversée au sein de l’exposition, l’artiste Bonnefrite nous invite à venir dessiner à la craie sur le traditionnel tableau noir de la classe. Tout au long de la visite, on est invité à participer à l’exposition, tout comme l’élève doit adopter une posture active en classe.</p>

<p>Pour prolonger l’interaction, des applications sur tablettes sont disponibles au centre de la scénographie. Sélectionnées par la <em>Souris Grise</em>, référence dans le numérique éducatif, ces applications permettent aux enfants de développer leurs « soft skills », telles que la collaboration ou l’esprit critique. Elles côtoient alors les livres sur les étagères (inventés par les mêmes créateurs que les applications). Il ne s’agit donc plus d’opposer culture du livre et culture numérique mais de les associer dans un même espace, au sein d’une même culture.</p>

<h2>Redonner place au jeu et au repos</h2>

<p>Cette exposition, à la fois ludique et pédagogique nous démontre formellement que le jeu est LE vecteur des apprentissages. Bien que mise en avant par les pédagogies alternatives depuis plus d’un siècle, la notion de « jeu » a pourtant été trop longtemps délaissée de nos systèmes éducatifs. Depuis l’apparition des jeux vidéos et l’engouement autour des « serious games » et autres « escape games », le <a href= »https://www.cerveauetpsycho.fr/sr/entretien/le-jeu-est-un-demultiplicateur-dapprentissages-19475.php »>jeu</a> est aujourd’hui utilisé comme un réel outil pédagogique, de la maternelle à la formation continue.</p>

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<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/361972/original/file-20201006-18-1qxbr3y.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=237&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/361972/original/file-20201006-18-1qxbr3y.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/361972/original/file-20201006-18-1qxbr3y.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/361972/original/file-20201006-18-1qxbr3y.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=450&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/361972/original/file-20201006-18-1qxbr3y.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/361972/original/file-20201006-18-1qxbr3y.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/361972/original/file-20201006-18-1qxbr3y.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=566&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
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<span class= »caption »>The Punishment, Filipe Vilas-Boas.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Au Maif Social Club/The Conversation</span>, <a class= »license » href= »http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/ »>CC BY-NC-ND</a></span>
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<p>Le jeu nous apprend ainsi que l’alternance d’essais et d’erreurs est source de motivation et de mémorisation dans le processus d’apprentissage – à l’inverse de la punition « bête et méchante », comme le souligne l’œuvre de Filipe Vilas-Boas intitulée <em>The Punishment</em>. Dans cette œuvre, un bras robotique re-copie à l’infini un message de prévention pour apprendre qu’il est interdit de blesser un humain (soit la première loi d’Azimov de la robotique). Quel serait donc le sens d’une sanction qui peut être accomplie par une machine ?</p>

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À lire aussi :
<a href= »https://theconversation.com/repenser-la-sanction-un-defi-pour-lecole-131370″>Repenser la sanction, un défi pour l’école</a>
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<p>Enfin, dans une petite salle presque dissimulée, les visiteurs et visiteuses sont invités à rêver. Grâce au « Kairos » de <em>smarin</em>. la lumière est régulée en fonction du rythme cardiaque. Cet espace nous invite ainsi à nous (re)poser pour réguler notre anxiété, alors que le sommeil est de plus en plus mis en péril par notre temps d’écran. Cette réflexion permet de valoriser le repos, un moment essentiel à l’<a href= »https://www.college-de-france.fr/media/stanislas-dehaene/UPL1489204065771701647_CDF_13nov2014_Strauss.pdf »>assimilation des apprentissages</a>.</p>

<p>Les évolutions récentes bousculent les pratiques pédagogiques, nous invitant ainsi à repenser les lieux de transmission comme des espaces ouverts sur les autres et sur l’extérieur, la ville et les territoires, qu’ils soient tangibles ou virtuels. L’école devrait aujourd’hui permettre à chacun de construire son parcours de manière interactive, individuelle et autonome à l’image du parcours proposé au sein de cette exposition.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/146236/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Marion Voillot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>

La révolution numérique bouscule les modèles classiques de transmission. Comment ouvrir l’école sur le monde ? Réflexions autour de l’exposition « Trop classe », conçue par l’architecte Fiona Meadows.

Marion Voillot, PhD Student, Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI)Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1474792020-10-05T21:47:34Z2020-10-05T21:47:34ZInstruction à domicile : de quoi parle-t-on ?<p>Le 2 octobre, lors de son discours du détaillant les mesures du plan d’action de lutte contre les séparatismes, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé qu’à partir de la rentrée 2021, l’instruction à l’école sera obligatoire pour tous, dès 3 ans, et que l’instruction à domicile serait limitée aux impératifs de santé.</p>

<p>Ce type d’éducation alternatif qu’est l’école à la maison se trouve ainsi sous le feu des projecteurs. Comment définir ce mode d’apprentissage qui, tout en étant très marginal, est en progression depuis plusieurs années ? En quoi les mesures actuelles vont-elles changer les choses pour les familles ?</p>

<h2>Un mode d’éducation ancien et légal</h2>

<p>La loi Ferry du 28 mars 1882 instaure l’instruction obligatoire, qui se déroule au sein d’établissements scolaires, publics ou privés, ou dans les familles. Cette disposition est toujours aujourd’hui en vigueur à travers <a href= »https://www.codes-et-lois.fr/code-de-l-education/article-l131-2″>l’article L.131-2</a> du Code de l’Éducation.</p>

<p>Ce choix souligne que c’est l’instruction qui est obligatoire, et non l’école, mais aussi que, d’un point de vue historique, l’éducation des enfants relève de la prérogative des parents. En construisant une institution scolaire publique pour tous depuis le XIX<sup>e</sup> siècle, l’État a marginalisé ce mode d’éducation parentale, tout en lui conservant un statut légal en France au nom de la liberté d’enseignement.</p>

<p>À ce titre en restreignant l’instruction à domicile « notamment à des impératifs de santé », le président de la République a assuré <a href= »https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/02/lutte-contre-les-separatismes-l-instruction-scolaire-a-domicile-sera-strictement-limitee-a-annonce-macron_6054520_3224.html »>avoir pris</a> « une décision, sans doute l’une des plus radicales depuis les lois de 1882 et celles assurant la mixité scolaire entre garçons et filles en 1969 ».</p>

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<iframe width= »440″ height= »260″ src= »https://www.youtube.com/embed/-dKPKbIsNK8?wmode=transparent&amp;start=0″ frameborder= »0″ allowfullscreen= » »></iframe>
<figcaption><span class= »caption »>Macron interdit l’enseignement à domicile sauf pour raisons de santé dès 2021 (<em>Huffington Post</em>, 2 octobre).</span></figcaption>
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<p>Il ne s’agit toutefois pas d’une interdiction mais d’une limitation stricte de la liberté d’enseignement en famille, ce qui évitera les recours pour inconstitutionnalité.</p>

<h2>Une alternative en progression</h2>

<p>Dans son intervention le président de la République a souligné la « nécessité » d’une telle mesure par les risques que fait peser l’essor de ce mode d’apprentissage. Plus de 50 000 enfants pratiqueraient l’instruction à domicile en 2020. <a href= »https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/02/lutte-contre-les-separatismes-l-instruction-scolaire-a-domicile-sera-strictement-limitee-a-annonce-macron_6054520_3224.html »>Une augmentation</a> par rapport au chiffre donné de 41 000 à la rentrée 2019 et 35 000 en 2018.</p>

<p>C’est toutefois un <a href= »https://www.editions-hatier.fr/livre/les-pedagogies-alternatives-9782401034921″>courant éducatif alternatif</a> qui reste très marginal et représente moins de 0,5 % des enfants en âge d’être scolarisés. Néanmoins, c’est une augmentation notable d’autant plus que les contours de ce mouvement émergent, objet d’étude et de <a href= »https://journals.openedition.org/rfp/8581″>recherches</a> récent, sont encore peu connus.</p>

<p>La non scolarisation apparaît comme une opposition à l’école comme institution en tant que telle, publique ou privée. Mais ces <a href= »https://www.pug.fr/produit/1751/9782706145643/refus-et-refuses-d-ecole »>refus de l’école</a> sont liés à de multiples choix des familles qu’ils soient médicaux, pédagogiques, humains, environnementaux, alimentaires, mais aussi, sans qu’aucun chiffre ne soit donné, religieux.</p>

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<p>La législation actuelle définit deux cas de non-scolarisation. Tout d’abord, l’instruction à domicile comme « choix » de la famille où l’instruction peut être dispensée par les parents ou toute autre personne de leur choix sans qu’aucun diplôme ne soit requis. C’est ce premier cas qui est remis en cause dans le plan présidentiel du 2 octobre 2020.</p>

<p>Ensuite, les cas où l’enfant ne peut être scolarisé, pour de multiples raisons et en particulier médicales. Les services du rectorat donnent dans ce cas un avis favorable pour une inscription au Centre national d’enseignement à distance (CNED). Par ce biais, les enfants non scolarisés ont la possibilité d’obtenir un enseignement avec un suivi pédagogique effectué par un professeur et un relevé de notes.</p>

<p>Actuellement, après la déclaration de l’instruction dans la famille, <a href= »http://www.ac-toulouse.fr/dsden12/cid132294/education-inclusive.html »>deux enquêtes</a> sont menées par les services publics :</p>

<ul>
<li><p>D’une part, une enquête à caractère social, afin de vérifier que l’instruction est dispensée dans des conditions compatibles avec l’état de santé de l’enfant et le mode de vie de la famille.</p></li>
<li><p>D’autre part, une enquête à caractère pédagogique, afin de s’assurer que l’enseignement dispensé est conforme au droit de l’enfant à l’instruction.</p></li>
</ul>

<p>Un contrôle annuel vise à vérifier la progression de l’enfant dans le cursus mis en œuvre par les personnes responsables en fonction de leurs choix éducatifs.</p>

<h2>Des contrôles de plus en plus stricts</h2>

<p>Le président de la république <a href= »https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/separatismes-qui-sont-ces-enfants-qui-ne-vont-pas-a-l-ecole-7800875529″>a dénoncé le fait</a> que des enfants soient « déscolarisés parce que leurs parents ne veulent plus qu’ils suivent l’école de la République ». Cette situation marque la vigilance de plus en plus étroite envers des modes d’éducation « hors système ».</p>

<p>La méfiance des gouvernements envers la non scolarisation est internationale. Si dans certains pays, comme l’Allemagne, l’instruction à domicile est déjà réduite à des cas exceptionnels, les restrictions et les contrôles sont de plus en plus stricts, comme en Espagne ou en Grèce, lorsque ce mode d’éducation est encore légal.</p>

<p>Depuis avril 2018, la <a href= »https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000036798673?r=bQqWdt8KQ8″>loi Gatel</a> a renforcé les contrôles des écoles hors contrat. Toujours en 2018, le plan national de prévention de la radicalisation visait à améliorer l’organisation et la mise en œuvre du contrôle des familles non scolarisantes.</p>

<p>En 2019, la <a href= »https://www.vie-publique.fr/loi/269264-loi-ecole-de-la-confiance-du-26-juillet-2019-loi-blanquer#:%7E:text=La%20loi%20abaisse%20l%E2%80%99%C3%A2ge,jusqu%E2%80%99%C3%A0%20ses%2018%20ans. »>loi du 26 juillet 2019</a>, dite de « l’école de la confiance », précise dans son article 19 le besoin d’un renforcement du contrôle de l’instruction au nom même d’un droit pour tous à l’éducation.</p>

<h2>Éducation à domicile et écoles hors contrat</h2>

<p>Le discours du 2 octobre a créé un lien direct entre les séparatismes, l’instruction à domicile et les écoles hors contrat qui sont les réelles cibles des mesures contre le séparatisme religieux. La porosité existe entre les familles non scolarisantes et certaines écoles hors contrat. Ces dernières, qui ne reçoivent aucun subside public, peuvent ne pas suivre les programmes mais sont toutefois assujetties au socle commun de connaissances, garant d’un suivi des apprentissages.</p>

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À lire aussi :
<a href= »https://theconversation.com/separatisme-une-loi-est-elle-vraiment-necessaire-146683″>Séparatisme : une loi est-elle vraiment nécessaire ?</a>
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<p>Certaines de ces écoles accueillent une partie du temps scolaire des familles qui souhaitent que leurs enfants puissent acquérir une vie sociale. Mais, clairement, l’amalgame entre les deux formes d’éducation est préjudiciable aux familles qui ont fait des choix éducatifs hors de toute considération religieuse ou doctrinaire. Par ailleurs, sur les 1700 établissements privés hors contrat, un tiers seulement sont des établissements confessionnels, les autres étant des établissements laïques et alternatifs pratiquant par exemple la pédagogie Montessori.</p>

<p>Emmanuel Macron a parlé d’écoles illégales fermées, souvent administrées par des extrémistes religieux. Depuis 2018, une dizaine d’écoles hors contrat sont soupçonnées d’endoctrinement religieux. Le ministre de l’Éducation nationale Jean‑Michel Blanquer souligne que cette loi contre le séparatisme améliorera l’arsenal juridique pour protéger les enfants de tout embrigadement. La question même des modalités de cette nouvelle loi est posée.</p>

<p>Les mesures annoncées ont été un <a href= »https://www.france24.com/fr/20201003-l-%C3%A9cole-obligatoire-d%C3%A8s-trois-ans-scandalise-les-familles-qui-pratiquent-l-instruction-%C3%A0-domicile »>coup de tonnerre</a> pour les parents qui pratiquent l’instruction à domicile. Le plan d’action détaillé le 2 octobre vise à assurer « l’école pour tous ». Clairement, la suspicion sera plus grande envers ce mode d’éducation et les contrôles renforcés seront plus stricts.</p>

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<iframe width= »440″ height= »260″ src= »https://www.youtube.com/embed/xmJFvcuGRSE?wmode=transparent&amp;start=0″ frameborder= »0″ allowfullscreen= » »></iframe>
<figcaption><span class= »caption »>Des parents du Limousin s’opposent à la fin de l’école à domicile (France 3 Nouvelle-Aquitaine).</span></figcaption>
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<p>Ce rappel que l’institution scolaire est le garant d’une instruction commune en permettant à tous les enfants de se rencontrer fait de l’école l’élément majeur de notre démocratie, comme le rappelle <a href= »http://www.meirieu.com/LIVRES/ce-que-lecole-peut-encore-pour-la-democratie.htm »>Philippe Meirieu</a>. L’école publique reste le lieu privilégié de la mixité sociale, des échanges et des apprentissages, encore faut-il qu’on lui en donne les moyens.</p>

<p>Quels seront les choix futurs des familles qui pratiquent actuellement l’instruction à domicile ? Assistera-t-on à une politique « attractive » de l’enseignement privé pour attirer ces familles ? A contrario, l’école publique se devra d’être exemplaire en étant inclusive, à l’écoute de tous les parents soucieux du bien être de leurs enfants. Être conforme à ses engagements est le seul moyen d’être l’école de tous.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/147479/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Sylvain Wagnon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>

Depuis la loi Ferry de 1882, c’est l’instruction, et non l’école, qui est obligatoire en France. Alors que l’école à la maison progresse, les annonces d’Emmanuel Macron le 2 octobre changent la donne.

Sylvain Wagnon, Professeur des universités en sciences de l’éducation, Faculté d’éducation, Université de MontpellierLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1471102020-10-01T18:53:09Z2020-10-01T18:53:09ZFaites appel à l’imaginaire pour que vos enfants vous aident (enfin) dans les tâches ménagères<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/360599/original/file-20200929-16-7o0xt2.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>En se mettant dans la peau d&#39;un personnage imaginaire, les enfants apprennent à contrôler leurs émotions.</span> <span class= »attribution »><span class= »source »>Shutterstock</span></span></figcaption></figure><p>« Tu devrais déjà être au lit et nous n’avons même pas encore lavé tes dents », vous désespérez-vous alors que votre fils de 4 ans passe en courant dans le couloir, renversant la pile de linge propre que vous venez de déposer ?</p>

<p>Ce genre de situation peut sembler familier à bien des parents : dans le monde entier, les conséquences de l’épidémie de Covid-19 leur a laissé plus de temps à partager avec leurs enfants mais moins de ressources pour faire face aux moments d’énervement des plus jeunes.</p>

<p>Heureusement, il existe un moyen amusant et fondé scientifiquement pour inciter vos enfants à s’investir dans ce que vous leur demandez, avec plus de persévérance et d’entrain : jouer à faire semblant.</p>

<p>Sans une minute de répit pour construire une bonne histoire, je peine à convaincre mon enfant de 3 ans de ranger ses jeux. C’est ainsi que nous nous retrouvons à imaginer que nous sommes des pelleteuses chargées de jeter toutes les pierres qui nous entourent dans une boîte. Et il faut en général ménager un rebondissement dans notre histoire pour maintenir l’envie d’aller au bout du défi – qu’il s’agisse d’un ennemi armé d’une boule de démolition ou d’un chat qui se fait piéger.</p>

<p>Pourquoi ce genre de scénario fonctionne-t-il ? De récents travaux de recherche nous l’expliquent.</p>

<h2>Contrôler ses émotions</h2>

<p>Si un enfant se comporte mal (en bref, s’il fait le contraire de ce qu’il devrait faire), cela peut vouloir dire qu’il a besoin d’un défi plus important que ce qu’on lui demande. Selon <a href= »https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S2210656118303465?via%3Dihub »>Lev Vygotsky</a>, un expert russe de premier plan en psychologie, l’imagination est le moteur du développement des enfants à la période où la réalité ne suffit pas à attiser leur curiosité. Cette période se situe entre 2 ans et 7 ans.</p>

<p>Faire semblant aide les enfants à se mettre à la place des autres et à persévérer dans leur voie. Parmi ceux de 7 ans, par exemple, <a href= »https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/15535765/ »>deux sur trois</a> ont déjà eu un ami imaginaire. Ils ont plus de facilités à comprendre le <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15535765″>point de vue</a> et les <a href= »https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/1350293X.2014.919778″>émotions</a> des autres et sont capables de raconter des histoires <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19630910″>plus complexes</a> que leurs camarades.</p>

<p>Des travaux de recherche montrent que plus les élèves de maternelle arrivent à faire semblant, plus ils sont capables de contrôler <a href= »https://doi.org/10.1080/10409289.2015.1000716″>leurs émotions</a>. C’est important car, pour <a href= »https://srcd.onlinelibrary.wiley.com/doi/pdf/10.1111/cdev.12695?casa_token=X2BySdF6dnYAAAAA%3AK8AvvltItkIk5xDXzNWgaMSVdEy_EXlxgMbPFftO3feK2i6q5arz6IdtBT-3TUnhwYFfK9Vpp3A7U5I »>persévérer</a> dans une tâche, il faut savoir surmonter les autres émotions et idées qui surgissent dans l’intervalle. C’est ce qui permet de ne pas perdre de vue <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26835841″>son objectif principal</a>, qu’il s’agisse de ranger ses jouets, faire des devoirs ou se brosser les dents.</p>

<p>Cet aspect est d’autant plus important que les enfants qui arrivent mieux à se contrôler auront plus tard une meilleure santé, de meilleures relations, plus de facilités à faire des économies et moins de risques d’avoir un casier judiciaire <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29781830″>à l’adolescence</a> et <a href= »https://doi.org/10.1073/pnas.1010076108″>plus tard</a>.</p>

<p>Des expériences ont montré que lorsqu’on demande à des enfants de 6 ans de se mettre dans la peau de Bob le bricoleur ou de Dora l’exploratrice, ils étaient plus <a href= »https://srcd.onlinelibrary.wiley.com/doi/pdf/10.1111/cdev.12695?casa_token=X2BySdF6dnYAAAAA%3AK8AvvltItkIk5xDXzNWgaMSVdEy_EXlxgMbPFftO3feK2i6q5arz6IdtBT-3TUnhwYFfK9Vpp3A7U5I »>persévérants</a> dans les tâches qui pouvaient leur sembler ennuyeuses, et les <a href= »https://doi.org/10.1111/desc.12314″>réalisaient mieux</a>.</p>

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<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/360601/original/file-20200929-22-1y7ls9f.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/360601/original/file-20200929-22-1y7ls9f.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/360601/original/file-20200929-22-1y7ls9f.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/360601/original/file-20200929-22-1y7ls9f.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/360601/original/file-20200929-22-1y7ls9f.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/360601/original/file-20200929-22-1y7ls9f.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/360601/original/file-20200929-22-1y7ls9f.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
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<span class= »caption »>Faire semblant aide les enfants à persévérer dans leur voie.</span>
<span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://www.shutterstock.com/fr/image-photo/little-child-girl-pilots-costume-playing-717432946″>Shutterstock</a></span>
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</figure>

<p>D’autres expériences montrent qu’exercer des enfants de 5 ans à faire semblant et à travailler leur imagination 15 minutes par jour pendant cinq semaines se traduisait par une <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26835841″>meilleure mémoire</a> et une meilleure capacité de concentration – les résultats étant meilleurs que ceux obtenus avec des jeux classiques, non basés sur l’imagination, comme les jeux de balle. Les enfants seront moins réticents à nettoyer le petit déjeuner qu’ils viennent de renverser s’ils ont appris à surmonter l’ennui et à voir le monde sous un autre angle.</p>

<p>Et non, se mettre devant la télé pour regarder Ben 10 n’apportera pas les <a href= »https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30848098/ »>mêmes bénéfices</a> – il faut pour cela que votre enfant fasse l’effort de jouer un rôle.</p>

<h2>Changer de point de vue</h2>

<p>Nous avons récemment <a href= »https://doi.org/10.1080/03004430.2019.1658091″>reproduit ces expériences</a> où l’on demande aux enfants de faire semblant, mais en variant le type de personnages proposés. Nous avons constaté que les enfants désignés au hasard pour jouer des rôles positifs (Batman, par exemple), manifestaient plus de retenue que ceux qui se voyaient attribuer des rôles de « méchants », mais que les sorciers et sorcières étaient les plus posés de tous. On avait l’impression que les enfants endossaient les qualités de leurs personnages imaginaires.</p>

<p>Donc en jouant à être un garde patient, votre enfant sera peut-être plus enclin à attendre que vous ayez fini de lui brosser les dents, tandis qu’en s’identifiant au consciencieux Bob le bricoleur, il sera plutôt disposé à vous aider à nettoyer la salle de bains après son passage.</p>

<p>La référence à des personnages peut aussi aider un enfant à se calmer ou à comprendre ce qui ne va pas dans son comportement. Les modèles imaginaires <a href= »https://doi.org/10.1080/03004430.2016.1146261″>fonctionneraient</a> parce qu’ils aident à adopter une perspective différente. Au lieu d’interpeller directement votre enfant sur ce qui vient de se passer, discutez plutôt de ce que ferait tel ou tel personnage. Et si la situation est trop complexe pour l’enfant, vous pouvez aussi utiliser des jouets pour mettre en scène le comportement qui pose problème.</p>

<p>Défier votre enfant en sollicitant son imagination peut aussi l’inciter à faire ses devoirs. Les chercheurs se tournent désormais vers un enseignement basé sur le jeu pour améliorer la <a href= »https://cronfa.swan.ac.uk/Record/cronfa17763″>résolution de problèmes</a>, la <a href= »https://doi.org/10.1080/03004430.2016.1248958″>lecture</a>, le <a href= »https://doi.org/10.1080/1350293X.2018.1487160″>calcul</a> et la <a href= »https://doi.org/10.1080/02568543.2016.1143416″>capacité d’attention</a>. Une analyse de 22 études a montré que l’enseignement est plus efficace auprès des enfants de moins de 8 ans quand il adopte une <a href= »https://doi.org/http:/dx.doi.org/10.1016/j.edurev.2016.03.003″>approche ludique</a>.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/147110/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Yeshe Colliver ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>

Inciter les enfants à faire semblant peut les motiver pour accomplir des tâches du quotidien, tout en renforçant à long terme certaines compétences comme la mémoire.

Yeshe Colliver, Lecturer in early childhood, Macquarie UniversityLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1469382020-09-28T18:20:36Z2020-09-28T18:20:36ZEt si les coûts des congés maternité et paternité étaient mutualisés ?<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/360016/original/file-20200925-24-1gvr03z.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=0%2C5%2C3598%2C2643&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>D’après l’IGAS, 7 pères sur 10 prennent aujourd’hui le congé paternité.
</span> <span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://pxhere.com/en/photo/1044871″>PxHere</a>, <a class= »license » href= »http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/ »>CC BY-SA</a></span></figcaption></figure><p>Le passage de <a href= »https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/09/22/la-duree-du-conge-paternite-en-france-va-etre-doublee_6053210_3224.html »>14 à 28 jours</a> du congé paternité à partir de juillet 2021, annoncé le 23 septembre par le président de la République, Emmanuel Macron, n’a pas fait que des heureux. Des <a href= »https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/09/24/le-patronat-partage-face-a-l-allongement-du-conge-paternite_6053429_823448.html »>organisations patronales</a> s’inquiètent en effet du coût de cette mesure, en particulier pour les PME. Aujourd’hui, seuls les trois jours de <a href= »https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F2266#:%7E:text=Dur%C3%A9e,des%20dispositions%20conventionnelles%20le%20pr%C3%A9voient. »>« congé de naissance »</a> sont à la charge de l’employeur ; les 11 jours de congés paternité sont pris en charge par la branche famille de la Sécurité sociale. Il devrait en être de même pour les 25 jours du futur congé paternité.</p>

<p>Toutefois, la Sécurité sociale prend en charge les salaires uniquement jusqu’à un certain plafond. Des conventions collectives et des accords collectifs de grandes entreprises prévoient que l’employeur mette la main à la poche pour que les salariés au-dessus de ce plafond ne connaissent pas de baisse de salaire pendant leur congé paternité.</p>

<h2>L’inquiétude des employeurs</h2>

<p>Mais ce sont surtout les coûts indirects des 28 jours d’absence des pères qui inquiètent les dirigeants de PME : si les congés paternité sont plus prévisibles que les arrêts maladie, ils peuvent tout de même être source de désorganisation, en particulier s’ils coïncident avec un pic d’activité. Et puis l’allongement de leur durée va encore plus exiger le remplacement des absents par le recours à l’intérim, aux CDD, aux heures supplémentaires des collègues, etc.</p>

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<p>Des pères subissent déjà aujourd’hui des <a href= »https://www.lemonde.fr/emploi/article/2020/09/24/l-entreprise-acteur-determinant-du-conge-paternite_6053477_1698637.html »>pressions de leur employeur</a> pour ne pas prendre l’intégralité du congé paternité ou bien ils y renoncent d’eux-mêmes de peur d’être mal vus. D’après un <a href= »http://www.igas.gouv.fr/spip.php?article701″>rapport</a> de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), si 70 % des pères prennent ce congé en moyenne, ce taux passe de 88 % chez les pères fonctionnaires à 48 % chez les pères en CDD. L’allongement du congé paternité risque d’accroître les pressions et les inégalités.</p>

<p>Quant aux congés maternité, ils poussent certains employeurs à des <a href= »https://travail-emploi.gouv.fr/droit-du-travail/egalite-professionnelle-discrimination-et-harcelement/article/la-protection-contre-les-discriminations »>pratiques discriminatoires</a> à l’encontre des femmes en âge de procréer : non-recrutement, absence de promotion, écart salarial, etc. Les femmes enceintes sont ainsi nombreuses à craindre la réaction de leur hiérarchie à l’annonce de leur grossesse.</p>

<p>C’est pourquoi des <a href= »https://www.francetvinfo.fr/societe/droits-des-femmes/video-allongement-du-conge-paternite-l-egalite-femmes-hommes-on-ne-l-aura-pas-avec-28-jours-regrette-l-association-parents-feministes_4115807.html »>associations féministes</a> militent pour un congé paternité obligatoire strictement égal au congé maternité afin que le coût soit identique pour les employeurs. Ce qui devrait réduire les discriminations envers les femmes.</p>

<p>Personnellement, je propose d’aller plus loin en mutualisant le « risque » de parentalité.</p>

<h2>Vers un nouveau système ?</h2>

<p>Un <a href= »https://theconversation.com/le-bonus-malus-un-remede-contre-les-arrets-maladie-au-travail-123186″>système de bonus/malus</a> a du sens pour les accidents de travail, car l’employeur en est en partie responsable : à lui de faire de la prévention et de mettre en place des plans d’action pour les réduire. En revanche, cela n’a guère de sens que les employeurs soient financièrement responsables du « risque » de parentalité.</p>

<p>Pourquoi une entreprise dont les salariés font beaucoup d’enfants devrait-elle être pénalisée par rapport aux autres ? Cette situation encourage les discriminations et décourage les initiatives en faveur de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, puisqu’elles pourraient donner envie aux salariés d’avoir plus d’enfants.</p>

<figure class= »align-center « >
<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/360017/original/file-20200925-16-1ia9kuu.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/360017/original/file-20200925-16-1ia9kuu.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/360017/original/file-20200925-16-1ia9kuu.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/360017/original/file-20200925-16-1ia9kuu.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/360017/original/file-20200925-16-1ia9kuu.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/360017/original/file-20200925-16-1ia9kuu.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/360017/original/file-20200925-16-1ia9kuu.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
<figcaption>
<span class= »caption »>Le congé maternité est fixé à 16 semaines, soit quatre fois plus que le nouveau congé paternité.</span>
<span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://pxhere.com/en/photo/1604616″>Stecy2001/PxHere</a>, <a class= »license » href= »http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/ »>CC BY</a></span>
</figcaption>
</figure>

<p>Il faudrait donc mutualiser les coûts des congés maternité et paternité, sur le modèle de l’assurance maladie. La branche famille de la Sécurité sociale pourrait mieux compenser les coûts liés à la parentalité grâce à un système de solidarité : l’État ainsi que les employeurs dont les salariés font peu d’enfants prendraient en charge une partie des coûts des employeurs dont les salariés font plus d’enfants.</p>

<p>Ce système aurait de nombreux avantages : un moindre impact des absences de leurs salariés pour les PME ; une moindre pression sur les parents donc un meilleur exercice de leur droit aux congés maternité/paternité ; moins d’inégalités entre les hommes et les femmes à la fois à la maison et au travail. De plus, qui sait si ce système ne créerait pas un mini baby-boom et si les managers ne se mettraient pas à accueillir l’annonce d’une grossesse avec le sourire, comme il se doit ?</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/146938/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Denis Monneuse est directeur du cabinet de conseil &quot;Poil à Gratter&quot;. Il reçoit des financements du Fonds de recherche du Québec. </span></em></p>

Un système sur le modèle de l’assurance maladie permettrait de limiter l’impact des absences pour les entreprises tout en réduisant les inégalités entre les femmes et les hommes.

Denis Monneuse, Chercheur à l’Université du Québec à Montréal, Université du Québec à Montréal (UQAM)Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1463682020-09-20T17:07:23Z2020-09-20T17:07:23ZLa génération Z, une cible plus locale que globale<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/358419/original/file-20200916-24-16ecgkn.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=5%2C93%2C777%2C488&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>En Chine, la politique de l’enfant unique menée entre 1978 et 2015 a eu des incidences sur l’éducation et les comportements des adolescentes d’aujourd’hui.
</span> <span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://www.pikist.com/free-photo-inojv »>Pikist</a>, <a class= »license » href= »http://artlibre.org/licence/lal/en »>FAL</a></span></figcaption></figure><p>Ils sont nés après 1997 et représentent <a href= »https://www.lsa-conso.fr/les-z-un-casse-tete-pour-les-marques-etude,309071″>32 % de la population mondiale</a> : il s’agit de la génération Z. Quel que soit le pays, tout peut contribuer à penser que cette nouvelle génération de jeunes sont des consommateurs uniformes : ils ont tous leur iPhone, leur iPad, ils s’habillent tous avec les mêmes marques, ils se rendent tous dans les Starbucks ou McDo. Ils regardent le même clip partout dans le monde, qu’ils se trouvent en Europe, aux États-Unis ou en Asie.</p>

<p>Malgré tout, si l’on considère que tous les jeunes Z du monde se ressemblent, la notion de jeunes consommateurs Z comme cible globale devrait être appréhendée avec beaucoup de précaution. Les jeunes n’ont pas des comportements uniformes, partout dans le monde.</p>

<h2>« Petit empereur » en Chine</h2>

<p>Pour comprendre d’où viennent ces différences de comportements d’achat et de consommation des adolescents selon les cultures, il faut repartir de la base : la famille, premier agent de socialisation, au sein de laquelle les modes d’éducation diffèrent.</p>

<p>La famille, notamment les parents, apparaît comme le premier agent de socialisation à l’adolescence. Au travers d’un premier ouvrage <em><a href= »https://books.emeraldinsight.com/page/detail/The-New-Generation-Z-in-Asia/?k=9781800432215″>The New Génération Z in Asia</a> : Dynamics, Differences and Digitalization</em> portant sur une analyse sociétale et managériale de la Génération Z au sein de 12 pays en Asie (Chine, Hongkong, Inde, Pakistan, Indonésie, Vietnam, Japon, etc.) que j’ai éditée, on constate qu’en Asie, les relations entre les parents et les enfants sont hiérarchisées. Chacun a sa place et chacun reste à sa place.</p>

<figure class= »align-center « >
<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/358422/original/file-20200916-14-1w9n32k.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/358422/original/file-20200916-14-1w9n32k.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/358422/original/file-20200916-14-1w9n32k.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/358422/original/file-20200916-14-1w9n32k.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/358422/original/file-20200916-14-1w9n32k.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/358422/original/file-20200916-14-1w9n32k.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/358422/original/file-20200916-14-1w9n32k.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
<figcaption>
<span class= »caption »>L’iPhone, un produit largement adopté par les jeunes de la génération Z dans le monde entier.</span>
<span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://www.google.com/url?sa=i&amp;url=https%3A%2F%2Fwww.pxfuel.com%2Fen%2Ffree-photo-omeza&amp;psig=AOvVaw0ATiNbxUqSzMWBXVlr4jjM&amp;ust=1600354782386000&amp;source=images&amp;cd=vfe&amp;ved=2ahUKEwjw5uij-O3rAhUPQhoKHcMdDAoQjB16BAgAEAg »>Pxfuel</a>, <a class= »license » href= »http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/ »>CC BY</a></span>
</figcaption>
</figure>

<p>Par exemple, les familles chinoises ont été soumises à la politique de l’enfant unique de 1978 à 2015, et dernièrement, la population vieillit, les autorités sont revenues à (un peu) plus de souplesse. On parle d’ailleurs du phénomène du « petit empereur » pour évoquer le statut de l’enfant chinois. Les parents exercent une grosse pression sur leur enfant afin qu’ils accèdent aux meilleures écoles, aux meilleures universités, aux meilleurs emplois.</p>

<p>Les parents cherchent à protéger leur enfant, en développant une relation reposant sur l’interdépendance et l’autorité. Au Japon, la force de la relation parents-enfants est perceptible dans l’image de l’« amae », une notion d’origine japonaise qui se réfère au désir important de recevoir de l’amour ; et explique ainsi pourquoi les jeunes sont dans une relation importante d’amour et de respect envers leurs parents.</p>

<p>Dans les pays occidentaux, les parents accordent à leur enfant une certaine liberté. Les relations parents-enfants ne sont pas fondées sur des relations hiérarchiques et autoritaires, mais plutôt sur des relations égalitaires. Il n’y a donc pas de différences marquées entre les parents et les enfants. L’adolescent participe aux tâches ménagères, aux discussions familiales et contribue au bon déroulement de la vie quotidienne.</p>

<h2>Le jeu dual du marketing</h2>

<p>Plusieurs études en marketing ont montré que dans les cultures individualistes (telles que les États-Unis), favorisant la prise d’autonomie tôt, les adolescents américains apprennent rapidement à faire du <a href= »https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0148296317305283″>shopping seuls</a>, alors que dans les pays collectivistes (telles que le Japon, la Chine) où l’interdépendance entre les membres de la famille prime, les adolescents recherchent le plus souvent l’aide et les conseils des autres.</p>

<p>On observe ainsi des comportements bien spécifiques chez les adolescents japonais (comme le besoin de retourner au magasin avec maman, le besoin de confirmer le choix des vêtements par maman, le besoin d’avoir l’opinion de maman avant l’achat), qu’on ne retrouvera pas chez les adolescents américains (comme la volonté de faire du shopping sans présence de maman, le refus de réclamer de l’argent à maman).</p>

<p>Les pratiques via l’usage des réseaux sociaux sont même différentes au sein même de l’Asie. En Chine, WeChat est au cœur de l’écosystème d’applications des jeunes alors que les pratiques sont contrastées dans les autres pays asiatiques : en Malaisie, les jeunes utilisent plutôt Instagram (40 %) alors qu’en Thaïlande, ils utilisent Line (84 %).</p>

<figure class= »align-right zoomable »>
<a href= »https://images.theconversation.com/files/358402/original/file-20200916-16-pnkbh8.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=1000&amp;fit=clip »><img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/358402/original/file-20200916-16-pnkbh8.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=237&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/358402/original/file-20200916-16-pnkbh8.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=904&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/358402/original/file-20200916-16-pnkbh8.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=904&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/358402/original/file-20200916-16-pnkbh8.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=904&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/358402/original/file-20200916-16-pnkbh8.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1136&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/358402/original/file-20200916-16-pnkbh8.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1136&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/358402/original/file-20200916-16-pnkbh8.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=1136&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »></a>
<figcaption>
<span class= »caption »>The New Generation Z in Asia : Dynamics, Differences, Digitalization.</span>
<span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://books.emeraldinsight.com/page/detail/The-New-Generation-Z-in-Asia/?k=9781800432215″>Éditions Emerald</a></span>
</figcaption>
</figure>

<p>De plus, les stratégies que les jeunes utilisent varient d’une culture à l’autre. Par exemple, les résultats d’une <a href= »https://www.mdpi.com/2071-1050/7/6/7581″>étude</a> qualitative menée auprès de 24 dyades (mère – adolescent) français et indiens ont montré que, dans les pays individualistes tels que la France, où les parents valorisent les relations égalitaires et l’échange mutuel, l’adolescent tend à utiliser des stratégies « bilatérales », reposant sur la discussion, le raisonnement.</p>

<p>En revanche, dans les pays collectivistes, tels que l’Inde, où les parents encouragent l’obéissance, l’autorité et la dépendance, l’adolescent a plutôt recours à des stratégies « unilatérales », reposant sur les techniques de persuasion et les techniques émotionnelles.</p>

<p>Par conséquent, les jeunes consommateurs issus de la Génération Z n’ont pas des comportements de consommation uniformes. Les parents transmettent à leurs enfants des principes de socialisation profondément ancrés dans leurs cultures.</p>

<p>Pour les marketeurs, la clé de la réussite est donc de miser sur un jeu dual entre deux composantes interconnectés et interdépendantes, composées des variables de local et de global, afin de cibler les jeunes consommateurs Z par des stratégies adaptées à chaque pays.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/146368/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Elodie Gentina ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.</span></em></p>

Si, presque partout dans le monde, les jeunes nés après 1997 partagent un intérêt pour certaines grandes marques, ils ne constituent pas une cible homogène pour les marketeurs.

Elodie Gentina, Associate professor, marketing, IÉSEG School of ManagementLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1450572020-08-31T19:09:04Z2020-08-31T19:09:04ZBonnes feuilles : « Papa qu’as-tu fait en Algérie ? »<p><em>De 1954 à 1962 plus d’un million et demi de jeunes Français sont partis faire leur service militaire en Algérie. Avec <a href= »https://editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Papa__qu_as_tu_fait_en_Alg__rie__-9782707198785.html »>« Papa qu’as-tu fait en Algérie ? Enquête sur un silence familial »</a> (éditions La Découverte) l’historienne Raphaëlle Branche livre une enquête fouillée sur le silence qui a marqué et entouré la guerre d’Algérie. Alors que Paris et Alger ont récemment initié un <a href= »https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/08/10/france-algerie-les-archives-coloniales-relevent-d-un-patrimoine-commun_6048596_3212.html »>dialogue sur la mémoire franco-algérienne</a>, nous vous proposons de lire quelques extraits choisis de cet ouvrage inédit mêlant archives et témoignages récents.</em></p>

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<p>[…]</p>

<p>Nombre de familles françaises sont habitées par les traces de cette guerre qui ne fut officiellement reconnue comme telle <a href= »https://www.persee.fr/doc/homig_1142-852x_2003_num_1244_1_4038″>qu’en 1999</a>. Ceux qui l’ont faite sont des pères, des maris ou des frères, envoyés de l’autre côté de la Méditerranée quand ils avaient vingt ans. Souvent résumées à des silences ou à de très rares récits, les traces de leur expérience là-bas ont été un des éléments constitutifs de leurs familles, au gré des décennies qui nous séparent de cet événement majeur de l’histoire française contemporaine. Comprendre ce qui s’est joué dans les familles et comment la guerre a été vécue puis racontée et transmise, c’est éclairer d’une manière inédite la place de cette guerre dans la société française.</p>

<p>Pour saisir ce qui a pu se dire dans les familles françaises depuis les années 1950, il faut partir du fait que les familles sont des lieux de relations et d’attachements. Cette dimension est fondamentale pour saisir ce qui est dit comme ce qui est tu en <a href= »https://www.cairn.info/soi-le-couple-et-la-famille–9782200614003.htm »>leur sein</a>.</p>

<p>Elle est aussi prise dans le temps : on n’est pas père de la même manière en 1960, en 1980 ou, a fortiori, en 2000 ; on n’attend pas la même chose d’un enfant non plus. Parce qu’elles sont des espaces fondamentaux de transmission de valeurs et de récits et qu’elles contribuent à l’identité de chacun de ses membres comme à l’existence du collectif familial, les familles sont un chaînon essentiel pour saisir le poids de l’expérience algérienne en France. L’étude de ces transmissions familiales éclaire aussi les mutations des familles françaises des années 1930 à nos jours. Ce qui est transmis renvoie en effet autant au contenu de la transmission qu’à ses conditions. Non seulement on ne raconte pas tout à ses enfants (ou à sa femme, ses parents, ses frères et sœurs), mais on ne fait pas le même récit selon les périodes de sa vie ou les moments historiques traversés.</p>

<h2>Faire l’histoire d’un silence</h2>

<p>Pourquoi les anciens appelés ont-ils peu raconté à leurs proches, notamment à leurs enfants ? Pourquoi les familles découvrent-elles tardivement l’importance de cette expérience ? Parfois après le décès des hommes eux-mêmes ? Si les vécus de cette guerre de plus de sept ans sont marqués du sceau de l’extrême diversité, l’impression de silence est ce qui <a href= »https://www.cairn.info/soldats-en-algerie-1954-1962%E2%80%939782862609324.htm »>domine</a>.</p>

<p>Quels que soient l’endroit, le moment, le grade en Algérie, quels que soient l’origine sociale, le niveau de diplôme, le métier, les hommes qui ont participé à ce conflit sont décrits comme ayant peu transmis, au moins jusqu’aux années 2000. Dès lors, les explications de cette faible transmission sont sans doute moins à chercher dans le détail des expériences combattantes que dans les conditions ayant ou non permis sa possibilité, dès la guerre puis pendant des décennies. Plutôt que de se pencher exclusivement sur ce qui s’est passé en Algérie, l’analyse doit alors considérer ce qui a formé le premier espace pour dire (ou non) l’expérience : leurs familles. En effet, les silences des hommes ne sont pas solitaires : ce sont des silences familiaux, au sein d’une société française longtemps oublieuse de son passé algérien.</p>

<p>Ces « structures de silence » sont <a href= »https://www.palgrave.com/gp/book/9781137501516″>historiques</a>. D’une part, elles renvoient à des contextes sociaux, politiques, culturels qui pénètrent les familles et les conditionnent en partie. Des normes existent, dans la société française, sur ce qu’il est possible, désirable ou pas de dire et d’entendre sur la guerre d’Algérie. Ces normes ont varié dans le temps. D’autre part, les structures de silence renvoient à des situations de communication internes aux familles (il n’est pas toujours possible de parler) qui, elles aussi, sont prises dans le temps. Ainsi, la valeur attribuée à la parole d’un père ou à la question d’un enfant a connu d’importants changements dans la seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle. Ces changements ont, en retour, influencé les transmissions de l’expérience algérienne dans les familles.</p>

<h2>Mémoires d’autres conflits</h2>

<p>Si une telle étude n’a jamais été menée, d’autres conflits ont pu donner lieu à ce genre de questionnements. Il faut toutefois les lire avec prudence quand on réfléchit à la guerre d’Algérie tant les contextes sont différents, qu’il s’agisse des conflits, des sociétés ou encore des familles.</p>

<p>Prenons par exemple la Seconde Guerre mondiale et la Shoah, étudiées soit du côté des familles des victimes juives, soit du côté des soldats allemands ou autrichiens. Dans les deux cas, il a fallu articuler une transmission dans le cadre familial avec un événement historique perçu comme exceptionnel par les sociétés qui l’avaient vécu. Dans les deux cas, les travaux ont montré que dominait une <a href= »http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-essais/Le-traumatisme-en-heritage »>perception familiale de l’expérience</a> comme ayant été une <a href= »http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/NRF-Essais/Grand-Pere-n-etait-pas-un-nazi »>expérience de victimes</a> avec une marge d’action réduite.</p>

<p>La situation est peu comparable avec la France. Non seulement la guerre d’Algérie n’a pas été perçue comme hors normes, mais, pour beaucoup de Français, ce conflit lointain et peu meurtrier n’a pas été appréhendé comme une guerre pendant longtemps. Reste qu’on peut trouver dans ces travaux matière à réflexion, en particulier sur le silence comme modalité de la communication dans les familles. Car il y a bien eu, en Algérie, des expériences dont les anciens appelés ont pu considérer qu’elles ne pouvaient être dites ou qu’elles ne pourraient être entendues.</p>

<p>[…]</p>

<p>Plus pertinente est la comparaison avec la situation rencontrée par les combattants soviétiques en Afghanistan puis à leur retour. Cette guerre perdue mobilisa pendant près de dix ans tous les conscrits pour des opérations aux contours mal définis, qui furent cachées à l’opinion publique nationale. Là-bas, les soldats firent l’expérience de violences spécifiques ignorant les lois de la guerre. L’analyse des récits qu’ils firent à leur retour en Union soviétique révèle l’importance d’une violence sans retenue, justifiée par les impératifs de la guerre de contre-insurrection et devenue incompréhensible et largement inaudible après la défaite. Cela n’empêcha pas ces anciens combattants de <a href= »https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/00905992.2015.1048674″>lutter pour leur reconnaissance</a> et leurs mères de s’organiser afin de les soutenir, dans un monde qui avait largement disparu puisque l’empire soviétique sombra quelques années plus tard.</p>

<h2>Une révision radicale des valeurs</h2>

<p>Cette disparition d’un monde dépasse le cadre d’une guerre perdue, voire d’une défaite fondatrice. Les Français ont été du mauvais côté de l’histoire. Non seulement la guerre fut menée au mépris souvent des lois de la guerre, mais son échec signifia la fin d’un projet politique global justifiant la place de la France dans le monde et la vision que les Français avaient d’eux-mêmes.</p>

<p>Après 1962, la société fut exposée à une transvaluation, une <a href= »https://www.persee.fr/doc/comm_0588-8018_2000_num_70_1_2073″>révision radicale des valeurs</a>.</p>

<p>L’expérience qu’avaient eue les soldats en Algérie les rattachait à ce monde officiellement disparu. Or nul ne sait ce que sont devenues ces représentations coloniales et impériales dans la France d’après 1962.</p>

<p>Nul ne sait où sont passées les idées de progrès, de modernité et d’émancipation dont la France se voulait porteuse même en faisant la guerre en Algérie.</p>

<p>Nul ne sait ce que sont devenues les justifications de la loi du plus fort et de l’usage de la force appliquée sur des peuples considérés comme inférieurs. Ont-elles disparu aussi rapidement que l’on descend un drapeau de son mât ? Sont-elles, au contraire, revenues en France avec les soldats ? La comparaison avec la guerre soviétique en Afghanistan indique des pistes fécondes sur ces questions reliant expérience de la guerre, conditions familiales et sociales au retour et contexte historique. Mais les travaux existants ne suivent pas ces liens au-delà du retour.</p>

<p>Porter le regard sur plusieurs décennies permet en tout cas de percevoir le poids des configurations familiales sur les récits produits et d’identifier les facteurs de changement, au sein des familles ou dans la société.</p>

<h2>Enquêter</h2>

<p>Les proches constituent le premier cercle dans lequel se réinscrit le soldat à son retour. Ils attestent qu’il est bien le même ou, au contraire, qu’il a changé. Ces enjeux sont d’ailleurs présents dès la guerre elle-même et les premières narrations faites pendant le conflit. Pour le jeune appelé, parler signifie non seulement rendre publique une expérience ou un ressenti, mais aussi s’exposer aux remarques et aux questions, <a href= »https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/j.1545-5300.2004.04302010.x »>voire aux désaccords</a>.</p>

<p>C’est pourquoi l’étude de la transmission doit dépasser les paroles explicites. C’est plus largement tout ce qu’on transmet que je tente de saisir en analysant les mots et les gestes, en cherchant à revenir aux choix qui ont été faits (changer de métier, déménager, quitter sa fiancée, avoir des enfants…), en interrogeant leurs liens avec la guerre. Les appelés ont rapporté des photos ainsi que des objets, témoignages discrets d’un vécu qu’on souhaite partager même si c’est à la marge. Ils sont revenus avec des goûts et des dégoûts nouveaux : la musique, les paysages, les couleurs…</p>

<p>Ils ont gardé aussi au fond d’eux-mêmes des maladies ressurgissant à intervalles réguliers, tel le paludisme, ou des cauchemars traversant la nuit, indices pour leurs proches de zones d’ombre travaillant en sourdine.</p>

<p>Objets, sensibilités à fleur de peau ou goûts nouveaux : autant de supports pour raconter et interroger. Autant de supports pour banaliser ou, au contraire, sacraliser : dans les deux cas, figer une relation au passé sans qu’elle soit toujours nettement identifiée par les proches, que ce soit parce qu’« il ne fallait pas en parler » ou parce que « ça avait toujours été là, on ne savait pas pourquoi ».</p>

<p>[…]</p>

<p>En effet, en entrant dans l’intimité de ces familles diverses aussi bien socialement que culturellement, géographiquement ou encore politiquement, on ne plonge pas dans la répétition infinie des petites différences. Des processus récurrents émergent bien. Sans écraser les singularités, ces histoires individuelles appartiennent bien à une expérience collective.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/145057/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Raphaëlle Branche ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.</span></em></p>

Comprendre ce qui s’est joué dans les familles et comment la guerre a été vécue puis racontée et transmise, c’est éclairer d’une manière inédite la place de cette guerre dans la société française.

Raphaëlle Branche, Historienne, Université Paris Nanterre – Université Paris LumièresLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1451982020-08-31T19:07:26Z2020-08-31T19:07:26ZDébat : Rentrée 2020, l’urgence de changer l’école ?<p>La rentrée s’annonce avec son lot de questions. Certaines reviennent comme des antiennes, révélant les blocages, les démons, les préoccupations ou espoirs des institutions technocratiques et syndicales. Il y a aussi celles que personne ne pensait devoir traiter dans l’urgence que les faits imposent, s’extrayant des moteurs idéologiques. Qui aurait imaginé il y a un an que monde de l’éducation serait bousculé lors du confinement ?</p>

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À lire aussi :
<a href= »https://theconversation.com/covid-19-ce-que-la-continuite-pedagogique-nous-apprend-de-lecole-138340″>Covid-19, ce que la continuité pédagogique nous apprend de l’école</a>
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<p>Comme toutes les rentrées, le ministre de l’Éducation exerce son rôle napoléonien, qui ne tient pas seulement aux personnes, mais à l’institution, de rassurer la population sur la bonne maîtrise technocratique du réenclenchement de la machine « école ». Il faut donner l’impression qu’il y a une sorte de grand commandeur qui éclaire de ses décisions et de ses choix, la vie de plusieurs millions de citoyens.</p>

<p>Cet exercice est exacerbé par le monde médiatique qui tend ses micros et caméras lors des conférences de presse et déplacements officiels. Il l’est aussi par les contrepoids syndicaux qui vont appuyer sur ce qui ne va pas. Les marronniers de la rentrée – ce qui va changer dans les programmes, sur ce qui ne va pas, sur ce qui va révolutionner l’école – accompagnent les vendanges de fin d’été, avec une constance désespérante, et le doux parfum que, finalement, jamais rien ne change.</p>

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<iframe width= »440″ height= »260″ src= »https://www.youtube.com/embed/iCwYa5RpDIA?wmode=transparent&amp;start=0″ frameborder= »0″ allowfullscreen= » »></iframe>
<figcaption><span class= »caption »>Conférence de presse de rentrée 2020.</span></figcaption>
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<p>Cet aspect n’est pas à négliger : comme les enfants adorent qu’on leur raconte la même histoire, les adultes aiment les cadres stables et répétés qui rassurent, même si on en est victime. Rien n’est mieux que de savoir ce qui nous attend, plutôt que de devoir faire face à l’inconnu.</p>

<h2>Des évolutions récentes à intégrer</h2>

<p>Face à l’incertitude, crise sanitaire oblige, <a href= »https://theconversation.com/toutes-les-questions-que-vous-vous-posez-sur-la-rentree-scolaire-au-temps-de-la-covid-19-145052″>les mesures</a> agitent les médias. Le ministre expose que tout a été pris en considération et que le port du masque est une nécessité. Certains des syndicats rétorquent que c’est insuffisant, qu’il faut plus de personnels, <a href= »https://www.lci.fr/population/covid-19-les-syndicats-demandent-plus-de-moyens-humains-pour-la-rentree-scolaire-2162201.html »>plus de moyens</a>. Rassurant, donc, de constater que, quel que soit le sujet, on finira à la rentrée par retomber sur les mêmes postures, « je gère » d’un côté, « c’est insuffisant » de l’autre.</p>

<p>Et ensuite ? En quoi cette valse à trois temps, « je tends le micro au ministre », « le ministre rassure », « les syndicats contestent », et on reprend, fait-elle avancer, de quelque manière que ce soit, la réflexion sur les enjeux et défis de l’école ?</p>

<p>Pourtant il y a matière. Voici par exemple une question plus que nécessaire à poser aujourd’hui : quelle est la performance scolaire des établissements ? La crise de la Covid-19 et les réponses contrastées, souvent très engagées, d’une majorité d’entre eux, apportent la preuve que chercher à piloter un paquebot sans données éclairantes oblige fatalement à naviguer en haute mer en esquivant les difficultés du système éducatif. Évaluer sans rien en faire, comme refuser l’évaluation pour ne pas stigmatiser les personnels, à quoi est-ce utile ?</p>

<p>Autre enjeu majeur : la crise a contraint et permis d’autres pratiques pédagogiques, de l’école maternelle jusqu’à l’université. On comprend bien, la pulsion de chacun à revenir à des situations nominales et sécurisantes. Mais les pratiques sont là. Tout le monde a entendu parler de <a href= »https://www.franceinter.fr/sans-artifices-ces-professeurs-cartonnent-sur-youtube »>ce professeur de mathématiques</a> qui a produit des tutos que les collégiens et lycéens ont avidement consommés.</p>

<p>Il faut s’intéresser aux commentaires de ces vidéos, dans lesquels les adolescents s’interrogent sur le fait de continuer à aller en cours, sur les raisons pour lesquelles leur prof explique moins bien. La question n’est pas de savoir s’ils ont raison ou non, mais de prendre en considération ces réactions : l’enseignant n’est plus seul à table.</p>

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<p>Enfin, le <a href= »https://www.u-cergy.fr/fr/recherche-et-valorisation/laboratoires/bonheurs.html »>bien-être</a> des élèves, des professionnels, des parents d’élèves ne peut être tenu pour portion congrue. Le savoir est d’abord relation. L’expression de « savoir-relation » désigne en premier lieu la relation des savoirs : c’est l’idée d’une circulation accrue des savoirs, et cela interroge la fonction traditionnelle de l’École, notamment dans ses pratiques alors que l’élève construit de plus en plus de connaissances en dehors de l’École.</p>

<p>En second lieu, le savoir-relation revêt une dimension active lorsque la relation des savoirs induit un savoir de la relation. Le savoir s’apprend et se construit dans la relation. L’enjeu n’est pas l’« accumulation » de connaissances sur la distinction sociale et scolaire. Il s’agit d’avoir des outils opérants pour soutenir la relation et guider l’action. La conception de dispositifs visant à favoriser le « bonheur » à l’école n’implique-t-elle pas de prendre en compte les savoirs-relations dont les sujets et ici les lycéens disposent et développent pour construire et réinventer les rapports aux savoirs, aux autres et à eux-mêmes ?</p>

<h2>Des défis à poser</h2>

<p>Pour chercher à lutter contre les inégalités et prendre en considération de nouvelles pratiques, le pouvoir s’apprête à répondre massivement par la diffusion de moyens numériques. Ce sont des compétences bien différentes que l’on va demander aux enseignants. Il n’est pas illégitime qu’ils s’interrogent. Il n’est pas illégitime de les entendre lorsqu’ils revendiquent n’avoir pas été recrutés pour exercer leur métier de cette manière. La prise en compte des parents comme relais acteurs clairement identifiés comme tels revient aussi sur le devant de la scène !</p>

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<p>Se pose aussi la question de <a href= »https://www.cairn.info/revue-histoire-de-l-education-2004-2-page-2.htm?contenu=resume »>l’architecture scolaire</a>, qui ne pourra être simplement résolue par la vogue de l’école de <a href= »https://theconversation.com/nature-a-lecole-le-temps-est-il-venu-de-faire-classe-en-plein-air-141309″>l’école en plein air</a> – grande découverte du XIX<sup>e</sup> siècle, avec des prolongements certes intéressants au XX<sup>e</sup> siècle, mais anecdotiques dans la mesure où l’école reste une institution de masse. Jusque dans les années 50, les écoles ont été bâties pour se protéger des éléments climatiques. Puis, en cohérence avec la volonté d’ouvrir les écoles, on a fait rentrer la lumière, jusque dans les plus récentes constructions.</p>

<p>Mais les élèves ne sont pas des tomates que l’on cultive sous serre. Au-delà de la boutade, le défi climatique et environnemental est l’urgente priorité. Certaines villes, comme Grenoble, y répondent par la <a href= »https://www.liberation.fr/france/2020/07/20/grenoble-fini-le-bleu-et-le-rose-la-recre-passe-au-vert_1794785″>végétalisation</a> des cours de récréation et de nouveaux aménagements. Ce questionnement n’est pas anodin et constitue d’ores et déjà une <a href= »http://www.transition2.space/chaire/ »>urgente nécessité</a>.</p>

<p>L’arrivée des jeunes migrants (qu’ils soient aujourd’hui politiques, demain climatiques) ceux que l’on nomme pudiquement les MNA (migrants non accompagnés) sera aussi une vraie question à traiter, illustrant les carences du suivi éducatif quand l’état est condamné par exemple pour <a href= »https://www.gisti.org/spip.php?article6125″>refus de scolarisation</a> d’un mineur isolé.</p>

<p>Toutes ces questions méritent d’être posées, non pas pour parvenir à des réponses immédiates, mais pour constituer un terreau d’évolution acceptable par le plus grand nombre. Comme le disait Margaret Mead, dans un article du <em>Time</em> du 4 septembre 1954, cité par Marshall McLuhan, déclarait</p>

<blockquote>
<p>« On se plaint beaucoup trop que la société doive évoluer rapidement pour suivre la machine. Il y a un grand avantage à évoluer rapidement si l’on évolue complètement et si le changement social, pédagogique et de loisirs se fait en même rythme. Il faut changer toute la structure, tout le groupe, d’un seul coup – les gens eux-mêmes doivent accepter de changer ».</p>
</blockquote><img src= »https://counter.theconversation.com/content/145198/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.</span></em></p>

Comme les enfants adorent écouter la même histoire, les adultes aiment les cadres stables. Mais la crise du Covid-19 invite à dépasser les marronniers de la rentrée et poser les vraies questions.

Beatrice Mabilon-Bonfils, Sociologue, Directrice du laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris UniversitéAlain Jaillet, Professeur des Universités, membre du Laboratoire BONHEURS (Bien-être, Organisations, Numérique,Habitabilité, Education, Universalité, Relation, Savoirs), CY Cergy Paris UniversitéLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1438722020-08-25T18:49:50Z2020-08-25T18:49:50ZOù vivent les orphelins en France ?<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/353611/original/file-20200819-14-fgpnq7.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=2%2C16%2C1595%2C845&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>Road-trip en fratrie: Andrea Maggiulli, Kacey Mottet Klein, acteurs interprétant deux orphelins dans Just Kids, film de Christophe Blanc.</span> <span class= »attribution »><a class= »source » href= »http://www.allocine.fr/film/fichefilm-268304/photos/detail/?cmediafile=21702310″>Blue Monday Productions /Allociné</a></span></figcaption></figure><p>Sorti en salles le 5 août le film <a href= »https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/08/05/just-kids-christophe-blanc-filme-la-grande-debrouille-des-orphelins_6048168_3246.html »><em>Just Kids</em></a> de Christophe Blanc retrace la trajectoire improbable d’une fratrie d’orphelins livrés à eux-mêmes.</p>

<p>Le réalisateur, qui s’appuie sur sa propre expérience, met en scène les difficultés auxquelles sont confrontés ces enfants et adolescents dont on parle peu en France, un pays où les statistiques courantes sur le nombre d’orphelins sont rares.</p>

<p>Dans une étude récemment <a href= »https://www.cairn.info/revue-population-et-societes-2020-8-page-1.htm »>parue</a>, nous nous sommes intéressés aux enfants, adolescents et jeunes adultes orphelins d’un parent ou des deux, en France métropolitaine : combien sont-ils ? Leur proportion a-t-elle diminué ces dernières décennies avec la baisse de la mortalité des adultes ? À quels milieux sociaux appartiennent-ils ?</p>

<h2>Une situation rare mais pas exceptionnelle</h2>

<p>Ni le recensement ni l’état civil ne donnent d’informations sur les décès parentaux. Utilisant plusieurs <a href= »https://www.cairn.info/revue-population-et-societes-2020-8-page-1.htm »>enquêtes</a> et différentes autres <a href= »https://www.insee.fr/fr/statistiques/3610277″>sources de données</a>, nous avons réalisé trois estimations du nombre d’orphelins de moins de 25 ans en 2015.</p>

<p>Les résultats varient entre 550 000 et 700 000 (610 000 en moyenne, le nombre exact se situant très probablement entre 600 000 et 650 000). Parmi eux, 210 000 à 290 000 sont mineurs (250 000 en moyenne).</p>

<p>Être orphelin est donc une situation rare, mais pas exceptionnelle : elle concerne environ 2 % des enfants mineurs et 3 % des enfants et des jeunes âgés de moins de 25 ans (tableau 1).</p>

<figure class= »align-center zoomable »>
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<figcaption>
<span class= »caption »>Tableau 1. Nombre et proportion d’orphelins selon la tranche d’âge et la forme de l’orphelinage en 2015.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Auteurs</span>, <span class= »license »>Author provided</span></span>
</figcaption>
</figure>

<p>La fréquence relative des différentes « formes » d’orphelinage est restée stable depuis 1999 : trois orphelins sur quatre sont des orphelins de père dont la mère est vivante, près d’un orphelin sur quatre est un orphelin de mère dont le père est vivant. Le double orphelinage (deux parents décédés) est une situation très minoritaire, qui concerne environ un orphelin sur cent.</p>

<p>L’orphelinage augmente avec l’âge (figure 1) : 0,9 % des enfants sont orphelins à l’entrée en primaire (6 ans) ; ils sont 2,2 % à l’entrée au collège (11 ans) ; 3,6 % à l’entrée au lycée (15 ans) ; et 5,1 %. au passage du baccalauréat (18 ans). Au lycée, il y a en moyenne un enfant orphelin par classe ; en 1999, cette même fréquence était atteinte au collège.</p>

<figure class= »align-center zoomable »>
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<figcaption>
<span class= »caption »>Figure 1. Proportion d’orphelins selon l’âge en 2015.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Auteurs</span>, <a class= »license » href= »http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/ »>CC BY-NC-ND</a></span>
</figcaption>
</figure>

<h2>Des parents en moyenne plus âgés et donc plus à risque</h2>

<p>La mortalité des adultes (et donc des parents) entre 30 et 55 ans a diminué d’un tiers pour les hommes et d’un quart pour les femmes entre 1999 et de 2015.</p>

<p>Mais parallèlement, les adultes ont leurs enfants plus tard : au cours de la même période, l’âge des mères à la naissance de leurs enfants a augmenté de 1,0 an en moyenne, et celui des pères, de 1,4 an. Les enfants ont donc des parents en moyenne un peu plus âgés, ce qui augmente les risques de devenir orphelin.</p>

<p>Les données de l’état civil permettent de quantifier l’impact de ces deux facteurs sur l’évolution de l’orphelinage.</p>

<figure class= »align-center zoomable »>
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<figcaption>
<span class= »caption »>Tableau 2. Évolution de la proportion d’orphelins entre 1999 et 2015.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Auteurs</span>, <span class= »license »>Author provided</span></span>
</figcaption>
</figure>

<p>Si, depuis 1999, le calendrier de la fécondité était resté le même et que seule la mortalité avait changé, la proportion d’orphelins de père parmi les moins de 25 ans aurait diminué de 30 %, et la proportion d’orphelins de mère, de 26 % (tableau 2) ; à l’inverse, si la mortalité était restée la même et que seul le calendrier de la fécondité avait changé, les proportions d’orphelins de père et de mère auraient augmenté de 20 %.</p>

<p>Depuis 1999, la proportion d’orphelins de père a donc diminué de 9 % et celle d’orphelins de mère, de 5 %. La baisse a été plus marquée pour les orphelins mineurs (-18 % pour les orphelins de père et – 14 % pour les orphelins de mère), car la diminution de la mortalité des adultes a eu plus d’impact aux âges jeunes.</p>

<p>Finalement, <a href= »https://www.ined.fr/fr/publications/editions/population-et-societes/trois-pour-cent-des-moins-de-21-ans-sont-orphelins-en-france/ »>après avoir diminué tout au long du XXᵉ siècle</a>, l’orphelinage continue de diminuer au début du XXI<sup>e</sup> siècle, mais moins rapidement, en raison du retard des naissances qui contrebalance en grande partie les effets de la baisse de la mortalité des adultes.</p>

<h2>La majorité des orphelins mineurs vivent avec un parent</h2>

<p>Parmi les orphelins mineurs, 72 % vivent avec leur mère, 21 % vivent avec leur père et 7 % ne vivent avec aucun parent : 1 % ont perdu leurs deux parents, 2 % sont des orphelins de père qui ne vivent pas avec leur mère et 4 % sont des orphelins de mère qui ne vivent pas avec leur père (figure 2).</p>

<p>La grande majorité des orphelins vivent donc avec leur parent survivant, les orphelins de père (96 %) plus encore que les orphelins de mère (80 %) : le décès de la mère est plus souvent associé à l’absence de l’autre parent (le père aussi est décédé ou inconnu) ou à une présence « à distance » (le père est vivant mais n’habite pas avec son enfant).</p>

<figure class= »align-right zoomable »>
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<figcaption>
<span class= »caption »>Figure 2. Répartition des mineurs orphelins selon la configuration parentale.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Auteurs</span>, <span class= »license »>Author provided</span></span>
</figcaption>
</figure>

<p>Lorsque les orphelins vivent avec leur parent survivant, ils vivent le plus souvent dans une famille monoparentale. Les autres vivent dans une famille recomposée avec un beau-parent. Vivre dans une famille monoparentale est plus fréquent pour les orphelins qui vivent avec leur mère (74 %) que pour les orphelins qui vivent avec leur père (58 %).</p>

<p>Très peu d’orphelins vivent dans un ménage dit « complexe », c’est-à-dire qui n’est pas constitué seulement d’une famille monoparentale ou recomposée mais inclut d’autres personnes (par exemple, un membre de la famille élargie). *</p>

<p>La répartition des orphelins selon le type de ménage est très proche de celle de l’ensemble des enfants qui ne vivent pas avec leurs deux parents.</p>

<h2>La précarité des familles monoparentales</h2>

<p>De nombreux travaux montrent que les familles monoparentales, et notamment les familles monoparentales maternelles (une mère avec un ou plusieurs enfants), subissent un <a href= »https://www.insee.fr/fr/statistiques/3610277″>plus grand risque de pauvreté</a> que les familles biparentales.</p>

<p>Les familles monoparentales sont alors prises comme un seul ensemble, sans distinguer selon l’événement générateur de la monoparentalité, c’est-à-dire l’événement qui a provoqué l’absence d’un parent : une séparation ou un divorce ; un décès parental ; ou encore la naissance de l’enfant en dehors du couple, voire la non-reconnaissance de cet enfant par le père.</p>

<p>Or, la mortalité précoce touche davantage les <a href= »https://www.insee.fr/fr/statistiques/1283771″>catégories sociales les plus modestes</a>, ce qui a certainement un impact sur le niveau de vie des familles devenues monoparentales suite au décès d’un parent.</p>

<p>Dans ce cadre, les parents survivants ont évidemment la charge exclusive des enfants orphelins. S’ils ne perçoivent pas d’aides comme les parents séparés ou divorcés, ils peuvent recevoir des aides spécifiques liées au veuvage ou à l’orphelinage.</p>

<figure>
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<figcaption><span class= »caption »>La précarité des familles monoparentales mise en avant lors de la crise des « gilets jaunes », France Culture.</span></figcaption>
</figure>

<p>Nous avons pris en compte ces contextes afin de savoir si les familles avec un ou plusieurs orphelins ont un plus faible niveau de vie que les familles sans orphelin.</p>

<h2>Les familles avec orphelins encore plus fragilisées</h2>

<p>Nous avons alors mesuré, pour chaque type de famille, la proportion de celles dont le niveau de vie se situe dans le premier quintile (c’est-à-dire la tranche de niveau de vie qui regroupe les 20 % des ménages les plus pauvres).</p>

<p>Pour un type de familles donné, plus la part de celles qui se situent dans le premier quintile de niveau de vie est élevée, plus le niveau de vie de ce type de familles est faible.</p>

<p>Les modèles de régression logistique nous permettent de comparer les familles avec ou sans orphelins, toutes choses égales par ailleurs, c’est-à-dire en fixant trois autres variables déterminantes : la structure familiale (simple, monoparentale ou recomposée), la position socioéconomique (mesurée par la catégorie socioprofessionnelle ou le niveau de diplôme) et l’âge du dernier enfant.</p>

<p>Parmi l’ensemble des familles, celles avec orphelins sont nettement défavorisées par rapport à celles sans orphelin : 43 % des familles avec orphelins ont un faible niveau de vie, contre 22 % des familles sans orphelin, soit un rapport des risques (<em>odds ratio</em>, OR) de 2,7 contre 1.</p>

<figure class= »align-center zoomable »>
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<figcaption>
<span class= »caption »>Tableau 3. Risques d’avoir un faible niveau de vie des familles avec orphelins par rapport aux familles sans orphelin.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Auteurs</span>, <span class= »license »>Author provided</span></span>
</figcaption>
</figure>

<p>En étudiant la structure familiale et la position socioéconomique des familles, nous constatons cependant qu’à contextes similaires, les familles avec orphelins ont le même niveau de vie que les autres familles de même structure et de même position sociale.</p>

<p>Plus que le décès parental en lui même, ce sont les autres caractéristiques des familles des orphelins (la monoparentalité d’une part, le désavantage en termes de diplôme ou d’emploi d’autre part) qui entraînent leur désavantage économique.</p>

<h2>Disparités dues à la forte précarité du conjoint survivant</h2>

<p>Nos analyses montrent que les familles monoparentales maternelles avec enfants orphelins ont un plus grand risque d’avoir un <a href= »https://www.cairn.info/revue-recherches-familiales-2020-1-page-7.htm »>faible niveau de vie</a> que celles sans orphelin.</p>

<p>Mais si l’on contrôle les calculs par la position socioéconomique de la mère, la différence entre les deux groupes de familles s’estompe. Le plus faible niveau de vie des familles avec orphelins s’explique donc par le fait que les mères y sont moins diplômées et occupent des professions moins bien rémunérées que les mères des familles sans orphelin.</p>

<p>Ce désavantage en termes de position socioéconomique est dû au différentiel social de mortalité masculine : à tous les âges, la mortalité des hommes ouvriers ou employés est plus forte que celle des hommes cadres ou professions intermédiaires.</p>

<p>En raison de l’homogamie, c’est-à-dire la ressemblance des conjoints en termes de diplôme et de catégorie socioprofessionnelle, les conjointes survivantes appartiennent fréquemment aux catégories défavorisées.</p>

<p>Il en est de même pour les familles monoparentales paternelles : les familles avec orphelins ont un plus faible niveau de vie, mais l’effet de l’orphelinage disparaît lorsque l’on contrôle par le diplôme ou la catégorie socioprofessionnelle du père.</p>

<hr>

<p><em>Ce texte est adapté d’un article publié dans Population et Sociétés n° 580, <a href= »https://www.cairn.info/revue-population-et-societes-2020-8-page-1.htm »>« L’orphelinage précoce continue de diminuer au début du XXIᵉ siècle »</a>.</em></p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/143872/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Cette recherche a été réalisée en partenariat avec la Fondation d’entreprise ORCIP (Organisme commun des institutions de rente et de prévoyance), qui l’a financée. </span></em></p><p class= »fine-print »><em><span>Sophie Pennec est membre du conseil scientifique de la fondation d&#39;entreprise OCIRP.</span></em></p><p class= »fine-print »><em><span>Laurent Toulemon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.</span></em></p>

Combien y a-t-il d’enfants orphelins en France ? Leur proportion a-t-elle diminué ces dernières décennies avec la baisse de la mortalité des adultes ?

Cécile Flammant, Docteure en démographie, Institut National d’Études Démographiques (INED)Laurent Toulemon, Directeur de recherches, Institut National d’Études Démographiques (INED)Sophie Pennec, directrice de recherche en démographie, Institut National d’Études Démographiques (INED)Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1412112020-08-17T16:59:54Z2020-08-17T16:59:54ZCe que le confinement nous a appris du désarroi parental<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/347901/original/file-20200716-23-r9w7ha.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=63%2C22%2C1695%2C1054&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>Des préparatifs pour l’école aux repas, en passant par les jeux ou le brossage de dents, les sources de tension au quotidien sont multiples.</span> <span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://www.shutterstock.com/fr/image-vector/confused-mom-adorable-naughty-mischievous-children-1377024821″>Shutterstock</a></span></figcaption></figure><p>Lorsqu’a été décrété le confinement en France le 16 mars dernier, dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de Covid-19, beaucoup de psychiatres et psychologues se sont inquiétés pour les enfants et les adolescents dont le suivi était brusquement interrompu.</p>

<p>Pourtant, dans un premier temps, les échanges téléphoniques et les téléconsultations ont souvent fait apparaître des résultats à rebours de ces craintes. Ainsi, l’état psychique de certains jeunes patients se serait amélioré. Des parents, auparavant dans une posture de fragilité face à leurs enfants, auraient mobilisé des ressources insoupçonnées.</p>

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<p>Bien sûr, des études restent à faire pour comprendre plus finement ce qui s’est joué là sur le plan psychique. D’autre part, cette dynamique positive s’est souvent inversée, parfois de façon très brutale, avec la prolongation du confinement. Ceci dit, même transitoire, cette embellie ouvre un nouvel angle de réflexion sur le fonctionnement parental.</p>

<h2>Changements de repères</h2>

<p>On peut faire l’hypothèse que la matérialité du confinement aurait renforcé la cohésion familiale. La représentation d’un dehors dangereux fait de la cellule familiale un espace protecteur, associé au bon, au « sécure », une sorte de <a href= »https://www.persee.fr/doc/enfan_0013-7545_1986_num_39_4_2936_t1_0453_0000_3″>« moi-peau-commun »</a> maintenant le mauvais à distance.</p>

<p>D’autre part, avec le confinement, tous les parents se trouvent soumis à la même obligation de protéger la cellule familiale, aux mêmes consignes relayées, sans trop de diffraction, par les médias. Cela donne un cadre commun à tous les parents, une légitimité accrue à des parents dont les repères éducatifs sont friables. Il faut mettre cette idée en contrepoint de ce que les travaux sur les troubles psychologiques de la parentalité ont mis en évidence.</p>

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<a href= »https://theconversation.com/comment-le-confinement-a-t-il-bouscule-lemploi-du-temps-des-enfants-141153″>Comment le confinement a-t-il bousculé l’emploi du temps des enfants ?</a>
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<p>Depuis une quarantaine d’années, les consultations en pédopsychiatrie décrivent de nouvelles formes de souffrance dans l’exercice de la parentalité. L’invention même du terme « parentalité » et le nombre croissant de recherches sur le sujet en sont le meilleur témoin.</p>

<p>Être parent aujourd’hui, que ce soit du point de vue juridique, de l’expérience ou de la pratique, est très différent de ce que c’était il y a seulement un demi-siècle. En France, la <a href= »https://www.cairn.info/etre-un-bon-parent-une-injonction-contemporaine–9782810902606-page-109.htm?contenu=article »>création</a> en 2010 du Comité national de soutien à la parentalité (CNSP) a été motivée par les transformations et la diversification des formes familiales : recompositions familiales, monoparentalité, homoparentalité, PMA, etc. Elle témoigne des préoccupations nouvelles de l’autorité publique pour les troubles de la parentalité.</p>

<h2>Pression croissante</h2>

<p>Ce que disent au fond nombre de parents qui viennent demander aujourd’hui de l’aide dans les consultations, c’est qu’ils sont en souffrance, perdus, c’est qu’ils ne savent pas comment s’y prendre avec leur enfant. Tout au quotidien est source potentielle de tensions : les préparatifs pour aller sans retard à l’école, les repas, les activités de jeu, les devoirs scolaires, le brossage de dents, la douche, le moment du coucher ou encore les relations dans la fratrie.</p>

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<p>Tout semble se passer comme si les <a href= »https://www.cairn.info/psychanalyse-de-l-acte-educatif-et-de-soin–9782749242392.htm?contenu=sommaire »>savoir-faire</a> et les savoir-être à partir desquels les générations passées étaient parvenues à assumer leur fonction parentale avaient soit disparu, soit perdu leur valeur référentielle.</p>

<p>Ces parents en difficulté sont rarement démissionnaires. Ils sont surtout épuisés et découragés de voir que rien n’est obtenu dans le rapport à leur enfant sans un déploiement considérable d’énergie, et que rien ne semble définitivement acquis sur le plan éducatif. Le degré de conflictualité en est au point que certains parents disent détester leur enfant plus qu’ils ne l’aiment. D’autres confient <a href= »https://www.inpress.fr/livre/etre-parent-aujourdhui/ »>leur inquiétude</a> quant à l’avenir et redoutent d’avoir à subir la domination et même la violence de leur enfant devenu adolescent.</p>

<p>L’évidence étant la caractéristique de ce qui s’impose à l’esprit avec une force telle qu’on n’a besoin d’aucune autre preuve pour en connaître la vérité ou la réalité, l’affaiblissement de l’évidence de l’être-parent signe la perte de cette force « tranquille » et constante, la perte du sentiment d’assurance et de légitimité.</p>

<p>Et, pour les parents qui ont encore des ressources pour appeler à l’aide, le désarroi se traduit par la recherche de conseils, de recettes ou d’arguments d’autorité, toutes choses qui, un peu comme une prothèse venant suppléer un membre défaillant, leur donneraient les clés du comment faire, comment dire, et leur garantiraient une consistance éducative qu’ils semblent ne jamais avoir été en mesure d’éprouver.</p>

<h2>Supermarché de l’éducation</h2>

<p><a href= »https://editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Acc__l__ration-9782707154828.html »>L’accélération</a> des changements liés à la société hyper-moderne et ses évolutions technoscientifiques ont un <a href= »https://www.cairn.info/revue-dialogue-2015-2-page-125.htm?contenu=article »>impact</a> sur le développement et le <a href= »https://www.ascodocpsy.org/santepsy/index.php?lvl=notice_display&amp;id=163043″>fonctionnement psychologique</a>, comme l’ont mis en évidence de nombreux travaux, de <em>La Condition postmoderne</em> de <a href= »http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-La_Condition_postmoderne-2180-1-1-0-1.html »>Lyotard</a> à <em>La vie liquide</em> de <a href= »https://www.fayard.fr/pluriel/la-vie-liquide-9782818503096″>Zygmunt Bauman</a>.</p>

<p>La perte de l’évidence de « l’être parent » tient en partie à la perte des références communes stables, transmises par la culture et la tradition, tandis que se multiplient dans les médias et sur les réseaux sociaux de nouvelles propositions et théories en vogue – développement personnel, psychologie positive…</p>

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<p>Au supermarché de l’éducation, les rayons sont si nombreux que les parents ne savent plus vraiment à quel saint se vouer et passent de manière erratique d’une proposition à une autre, comme si l’efficacité éducative était tout entière contenue dans la méthode ou la recette proposée.</p>

<p>Or, l’efficacité d’une parole n’est pas contenue dans les mots eux-mêmes, mais plutôt dans ce qui les motive. Chacun peut en faire l’expérience en observant que le pouvoir d’un « non » adressé à quelqu’un, ne tient pas dans le « non » lui-même, mais dans ce qui motive intimement ce « non », ce qui le rend légitime pour la personne qui le soutient.</p>

<p>Le confinement a peut-être fonctionné comme un pare-feu (« moi-peau-familial »), protégeant le dedans contre un dehors menaçant. Mais en concentrant les obligations parentales sur quelques fondamentaux simples, en rendant ces obligations communes à tous les parents, il a peut-être amorcé aussi une relégitimation des positions parentales, en recréant temporairement une transcendance, une loi commune, restaurant ainsi le sentiment d’évidence.</p>

<p>Que les parents dans leur très grande majorité aient respecté à la lettre la règle du confinement n’est peut-être pas étranger à cela. Mais les effets de l’expérience du confinement sur la parentalité n’ont été souvent que transitoires, ce qui en montre le caractère éminemment artificiel.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/141211/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Ludovic Gadeau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.</span></em></p>

En concentrant les obligations parentales sur quelques fondamentaux simples, le confinement aurait-il, de manière transitoire, relégitimé pères et mères dans leur rôle parental ?

Ludovic Gadeau, Docteur en psychopathologie, enseignant-chercheur, psychothérapeute, Université Grenoble Alpes (UGA)Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1424412020-08-16T18:54:26Z2020-08-16T18:54:26ZGuides sur la parentalité : une infinie course au bien-être ?<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/349665/original/file-20200727-35-1u3e0vc.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=1%2C5%2C997%2C645&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>D&#39;une certaine manière, les ouvrages sur l&#39;éducation et la parentalité s&#39;inscrivent dans la vogue du développement personnel.</span> <span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://www.shutterstock.com/fr/image-photo/happy-family-two-kids-playing-into-1321963559″>Shutterstock</a></span></figcaption></figure><p>On peut avoir l’impression en regardant les présentoirs des librairies que les guides destinés aux parents se multiplient. Ce phénomène n’a pourtant rien de nouveau. C’est dès l’après-guerre que le conseil aux parents est devenu un véritable marché. Les experts en ce domaine forment une longue chaîne, plus ou moins inscrite dans le monde académique, allant aux États-Unis de Benjamin Spock à John Rosemond, en passant par Thomas Brazelton et, en France, de Laurence Pernoud à Isabelle Filliozat, promotrice de la parentalité positive, en passant par Françoise Dolto, pédiatre et psychanalyste des enfants, et ses fameuses « causeries » radiophoniques.</p>

<p>Ces conseils aux parents se nourrissent des savoirs sur le développement de l’enfant. <a href= »https://www.penguinrandomhouse.com/books/84277/raising-america-by-ann-hulbert/ »>Ann Hulbert</a> en a écrit l’histoire pour les États-Unis, passant en revue différentes écoles de psychologie faisant appel à la construction cognitive, ou affective et relationnelle, et bientôt neurologique de l’enfant.</p>

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<a href= »https://theconversation.com/debat-leducation-positive-mot-creux-ou-vraie-revolution-126397″>Débat : L’éducation positive, mot creux, ou vraie révolution ?</a>
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<p>Dans le cas français, on peut repérer quelques prémices dans l’entre-deux-guerres, avec la création en 1929 de <a href= »https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89coles_des_parents_et_des_%C3%A9ducateurs#:%7E:text=8.2%20Liens%20externes-,Historique,du%20Bon%20Secours%20%C3%A0%20Paris. »>« l’École des parents »</a>, par quelques notables et militants de la cause familiale, alliés à des figures de la pédopsychiatrie et de la psychologie de l’époque. Les inventeurs de l’École des parents critiquaient alors le rôle jugé trop intrusif des agents de l’État sur le terrain de l’éducation des enfants. Un des sujets sensibles concernait l’éducation à la sexualité. L’État aurait selon eux franchi une limite en invitant les instituteurs, ces « hussards de la République », à sensibiliser les adolescent·e·s à cette question de la sexualité.</p>

<p>Cette association de parents a donc entrepris de défendre le rôle propre des parents. Certaines des figures de ce mouvement, dont sa première Présidente, Mme Vérine, a été jusqu’à défendre sur cette question de la famille le programme de la Révolution nationale de la France de Pétain. L’école des parents a connu un nouvel élan sur d’autres bases après-Guerre, dès 1946, sous la présidence d’André Isambert, l’auteur de l’ouvrage « L’éducation des parents », publié en 1968.</p>

<h2>Les mères en première ligne</h2>

<p>Peut-on dire que ces guides dessinent en creux un « bon modèle » de parentalité ? L’idée même de guide signifie que l’on se place sur le terrain de la norme et des valeurs. En s’attachant à démontrer l’efficacité de certaines pratiques, on en vient directement à les positionner sur une échelle opposant les bonnes et les mauvaises pratiques parentales ou, pour le dire autrement, à distinguer les parents compétents et les parents incompétents ; les parents responsables et les parents coupables…</p>

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<p>En tous les cas, on en vient à défendre un certain déterminisme du rôle des parents à qui l’on pourrait attribuer la responsabilité des échecs comme des réussites de leur progéniture, ce qu’a bien souligné un auteur comme Frank Furedi dans son ouvrage <a href= »https://www.bloomsbury.com/uk/paranoid-parenting-9781441132505/ »>Paranoid parenting</a>.</p>

<p>Ceci n’implique pas pour autant que tous ces conseils soient homogènes, et donc que ces guides renvoient à un même modèle – pas plus d’ailleurs que cela ne veut dire que leurs recommandations soient applicables. Par exemple, même si un expert en neurosciences défend aujourd’hui qu’il faudrait idéalement interdire les écrans à tous les enfants de moins de six ans, il est clair que cet objectif est très compliqué à concrétiser ; non seulement à cause de l’omniprésence des écrans, des usages de ces instruments par les adultes, mais aussi quand on tient compte du fait que nous avons dû compenser nos liens sociaux et les apprentissages scolaires en période de confinement par le recours à ces écrans.</p>

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<p>Si ces guides s’adressent en apparence à tous les parents, les destinataires implicites en restent encore souvent les mères. Depuis que les pouvoirs publics ont manifesté leur attachement aux enjeux de survie et de socialisation des enfants, au début de la Troisième République, la cible de toutes les premières politiques dédiées a été les mères, et en particulier les primipares de milieu populaire. On peut pour s’en convaincre relire les fameux <a href= »https://www.persee.fr/doc/hedu_0221-6280_1993_num_57_1_2626″>travaux</a> de Catherine Rollet ou <a href= »https://www.persee.fr/doc/adh_0066-2062_1992_num_1992_1_1830_t1_0382_0000_2″>ceux d’Alain Norvez</a>.</p>

<p>En inventant dans les années 1950 la notion de parentalité, on aurait pu croire que les pères et les mères étaient sur un pied d’égalité en matière de soutien à la parentalité. Or il n’en est rien. Comme le défend la sociologue <a href= »https://fr.wikipedia.org/wiki/Mary_Daly »>Mary Daly</a>, il s’agit de mesures qui sont davantage « gender blind » (aveugles à la question du genre) que « gender neutral » (neutres du point de vue du genre).</p>

<h2>Pensée positive</h2>

<p>Le phénomène des guides de <a href= »https://www.vie-publique.fr/catalogue/268488-accompagner-les-parents-dans-leur-travail-educatif-et-de-soins »>parentalité</a> serait-il une simple facette de la vogue du développement personnel ? D’une certaine manière, ces ouvrages de « bonnes pratiques » parentales ont partie liée avec les guides de bien-être. Une fois encore, l’entre-deux-guerres est un terreau de ces méthodes. Tout le monde connaît ainsi la fameuse méthode Coué, basée sur l’autosuggestion et inventée par le pharmacien Émile Coué dans les années 1920.</p>

<p>Des auteurs comme Edgar Cabanas et Éva Illouz, dans <a href= »http://www.premierparallele.fr/livre/happycratie »><em>Happycratie</em></a>, ou Carl Cederström et André Spicer, dans <a href= »https://www.lechappee.org/collections/pour-en-finir-avec/le-syndrome-du-bien-etre »><em>Le syndrome du bien-être</em></a> ont proposé une généalogie de ces techniques de développement personnel, qu’elles concernent la vie privée ou la vie professionnelle. Parmi les messages récurrents au fil du temps, on trouve celle de la vision positive ou de l’esprit positif. Un des premiers exemples aux USA est certainement l’ouvrage de 1952 du pasteur protestant, Norman Peale, intitulé : <em>The Power of Positive Thinking</em> (le pouvoir de la pensée positive), dans lequel l’auteur dispense toute une série de méthodes pratiques destinées à redonner la confiance en soi nécessaire à toutes les victoires.</p>

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<p>Avec Martin Seligman, le Président de la puissante Association américaine de psychologie dès 1998, la psychologie positive donne une forme de consécration scientifique à ces idées, mais aussi de formidables ressources, grâce aux soutiens financiers de l’armée américaine et de nombreuses grandes entreprises. Les derniers avatars de ces courants d’idées et de ces méthodes concernent l’éducation positive et la parentalité positive.</p>

<p>Dans un monde obsédé par les idées de réussite et de concurrence, par la quête de l’optimisation de ses compétences et de ses performances, la demande adressée aux vendeurs de conseils et de méthodes de réalisation de soi est exponentielle. Le paradoxe est que ces guides et conseils en réussite, en bien-être et en bonheur ont plutôt tendance à faire porter à ceux qui appliquent ces méthodes la responsabilité de leurs échecs. En individualisant les conditions de la réussite, on en vient à négliger les conditions structurelles du bien-être, à négliger l’enjeu collectif et politique du bien-être.</p>

<p>Parce qu’ils espèrent presque tous faire le mieux possible, les <a href= »https://www.presses.ehesp.fr/produit/etre-un-bon-parent/ »>parents</a> sont des clients faciles pour les vendeurs de solutions toutes faites. Il serait aisé de faire une longue liste de best-sellers en la matière. On pourrait aussi rappeler ce que pèse aujourd’hui le marché de la thématique parentalité dans la presse « family », d’hebdomadaire et de mensuels. Non seulement ce marché est porteur, mais il a encore de beaux jours devant lui, à la mesure sans doute des inquiétudes parentales.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/142441/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Claude Martin a reçu des financements de la caisse nationales des allocations familiales</span></em></p>

Entre émissions télévisées, sites Internet spécialisés, presse ou guides en librairie, les conseils aux parents se multiplient. Mais, en voulant les aider, ne leur ajoute-t-on pas aussi une pression ?

Claude Martin, Sociologue, titulaire de la chaire de recherche Enfance, bien-être, parentalité, École des hautes études en santé publique (EHESP) Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1432812020-07-28T18:02:32Z2020-07-28T18:02:32ZQui sont ceux qui ont vécu le (premier) confinement comme une période épanouissante ?<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/349197/original/file-20200723-27-19vpe6u.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=47%2C357%2C7892%2C4940&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>Le niveau d’activité physique a notamment favorisé le bien-être ressenti.</span> <span class= »attribution »><span class= »source »>Tzido Sun / Shutterstock </span></span></figcaption></figure><p>Le coronavirus continue de faire des ravages dans le monde. Les répercussions du niveau extrême de stress et d’anxiété qu’il engendre peuvent avoir des conséquences graves sur la santé physique et sur la vie des gens.</p>

<p>Alors que la deuxième vague de confinement et son cortège de restrictions font déjà leur apparition dans <a href= »https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/07/07/australie-espagne-pekin-madagascar-ou-reconfine-t-on-face-a-coronavirus_6045510_4355770.html »>certains pays</a>, on ne connaît encore que trop peu l’impact immédiat de ces mesures sur le bien-être de la population.</p>

<p>Au sein du <a href= »https://lifestyle.em-lyon.com/ »>centre de recherche Lifestyle</a> de EM Lyon Business School, nous avons mis en place une vaste étude menée en France et au Royaume-Uni – pays les plus gravement touchés par le virus en Europe, totalisant chacun <a href= »https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/05/05/coronavirus-age-mortalite-departements-pays-suivez-l-evolution-de-l-epidemie-en-cartes-et-graphiques_6038751_4355770.html »>plus de 30 000 décès</a> à ce jour – afin d’analyser les conséquences de la période de confinement sur le bien-être et les comportements de la population.</p>

<p>Pour cela, nous avons cherché à établir les domaines pertinents de la vie courante susceptibles d’être impactés par le confinement ainsi que les facteurs pouvant expliquer des variations en matière d’impact. Notre analyse nous a permis de distinguer cinq profils types différents de personnes, en fonction de leur niveau de bien-être psychologique – ou mental – pendant le confinement.</p>

<h2>Des groupes homogènes, quel que soit le pays</h2>

<p>Dans le cadre de notre enquête, nous avons interrogé 1040 personnes, réparties entre la France et le Royaume-Uni. Les données ont été rassemblées à la fin du confinement en mai 2020.</p>

<p>Nous nous sommes intéressés aux effets impactant le bien-être physique et psychologique, la vie professionnelle et étudiante, la situation financière et les habitudes de consommation comme, par exemple, les habitudes alimentaires, les relations sociales, l’exercice physique et l’usage de médias.</p>

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<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/349156/original/file-20200723-21-w63utn.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=451%2C241%2C6411%2C4229&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/349156/original/file-20200723-21-w63utn.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=423&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/349156/original/file-20200723-21-w63utn.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=423&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/349156/original/file-20200723-21-w63utn.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=423&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/349156/original/file-20200723-21-w63utn.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=532&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/349156/original/file-20200723-21-w63utn.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=532&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/349156/original/file-20200723-21-w63utn.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=532&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
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<span class= »caption »>La période de confinement a été vécue de manière très différente selon le profil des personnes.</span>
<span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://www.shutterstock.com/fr/image-photo/man-medical-protective-face-mask-looking-1696401328″>Renata Apanaviciene/Shutterstock</a></span>
</figcaption>
</figure>

<p>Le bien-être psychologique se mesure ici selon la fréquence à laquelle l’individu ressent des émotions positives ou négatives tout au long de l’enquête, et selon certains <a href= »https://link.springer.com/article/10.1007/s11205-009-9493-y »>facteurs sociopsychologiques</a> tels que le sentiment d’une vie pleinement accomplie, comment les relations sociales sont vécues, le niveau d’estime de soi, et la relation à la vie en général.</p>

<p>De manière tout à fait intéressante, les cinq groupes types identifiés se révèlent très homogènes, quel que soit le pays. Ils ont en commun les caractéristiques clés suivantes :</p>

<ul>
<li><p><strong>Les épanouis (21 % des personnes interrogées).</strong> Dans ce groupe, on trouve le niveau de bien-être général le plus positif. Les personnes interrogées déclarent avoir ressenti des émotions positives (joie, bonheur, satisfaction) fortes de manière fréquente pendant le confinement, par rapport aux émotions négatives (peur, colère, tristesse). De la même manière, c’est ici que l’on retrouve la meilleure moyenne en termes de condition physique.</p></li>
<li><p><strong>Les émotifs (20 %).</strong> Caractéristique principale de ce groupe, les personnes interrogées déclarent avoir ressenti des émotions fortes, qu’elles soient positives ou négatives, au cours du confinement. Pour autant, il s’agit du deuxième groupe en termes de niveau de bien-être général reporté. Les personnes interrogées y font état de changements mineurs en ce qui concerne leur condition physique, que ces changements soient positifs ou négatifs. Le groupe des émotifs est également plus répandu en France (23 %) qu’au Royaume-Uni (17 %).</p></li>
<li><p><strong>Les stables (18 %).</strong> Ce groupe est celui dans lequel les personnes interrogées déclarent le plus bas niveau d’effets sur le bien-être, signe de stabilité. Elles déclarent avoir ressenti des émotions positives et négatives, mais moins intenses que dans les autres groupes. 78 % des personnes interrogées de ce groupe ne font état d’aucun changement de leur condition physique au cours du confinement.</p></li>
<li><p><strong>Les angoissés (29 %).</strong> Dans ce groupe, les personnes interrogées font état d’un bien-être négatif. L’intensité et la fréquence des émotions négatives ressenties y sont plus importantes que celles des émotions positives. 37 % des personnes interrogées dans ce groupe ont souffert d’une baisse de leur condition physique au cours du confinement. Ce groupe est plus répandu au Royaume-Uni (32 %) qu’en France (25 %).</p></li>
<li><p><strong>Les apathiques (12 %).</strong> Ici, c’est le niveau de bien-être le plus négatif de tous les groupes. Traversées par des émotions négatives intenses et de manière fréquente, les personnes interrogées y font état d’un déclin considérable de leur condition physique au cours du confinement (60 % des membres de ce groupe).</p></li>
</ul>

<figure class= »align-center « >
<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/349355/original/file-20200724-17-4brr6h.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/349355/original/file-20200724-17-4brr6h.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=445&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/349355/original/file-20200724-17-4brr6h.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=445&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/349355/original/file-20200724-17-4brr6h.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=445&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/349355/original/file-20200724-17-4brr6h.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=560&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/349355/original/file-20200724-17-4brr6h.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=560&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/349355/original/file-20200724-17-4brr6h.png?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=560&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
<figcaption>
<span class= »caption »>Les 5 profils types selon leur état de bien-être au cours du confinement décliné en 4 dimensions. Échelle : 7 correspond à un état positif, 4 correspond à un état stable/sans changement, 1 correspond à un état négatif.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>auteurs</span></span>
</figcaption>
</figure>

<p>Ces écarts de situations nous amènent à passer en revue les facteurs déterminants susceptibles de placer les personnes interrogées dans tel ou tel profil type. Les résultats de l’enquête montrent que l’âge, le genre, le statut marital et le nombre de personnes composant le foyer peuvent expliquer les grandes tendances.</p>

<p>Toutefois, ce sont les revenus et les changements de situations financières, chez les personnes interrogées qui discriminent le plus les différents profils.</p>

<h2>Des situations financières dégradées</h2>

<p>Les profils qui ont le plus souffert des effets du confinement (les angoissés et les apathiques) se caractérisent par une situation financière considérablement affaiblie.</p>

<p>Ces profils ont les revenus nets les plus faibles, et ce sont eux, qui ont connu le plus d’effets négatifs en matière financière par rapport à tous les autres groupes. Ainsi, 36 % des apathiques gagnent un revenu net par foyer de moins de 1600 euros, et 65 % d’entre eux déclarent que leur situation financière s’est aggravée pendant le confinement.</p>

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<p>Il est à noter que parmi les profils qui ont le plus souffert des effets du confinement, on trouve plus de personnes vivant seules, et surtout des hommes jeunes et célibataires. C’est chez les apathiques que la proportion de jeunes (18-24 ans) et d’hommes (56 %) était la plus élevée parmi les personnes interrogées.</p>

<p>A contrario, les profils les plus aboutis en matière de bien-être (les épanouis, les émotifs) sont ceux dont les revenus nets sont les plus élevés, et ceux qui ont connu le moins d’effets négatifs sur leur situation financière pendant le confinement.</p>

<p>Par ailleurs, plus le nombre de personnes vivant sous un même toit augmente – surtout s’il y a présence d’enfants dans le foyer – plus les chances d’appartenir à ces profils sont grandes. Ainsi, chez les épanouis, seuls 19 % vivent seuls. C’est chez les épanouis que l’on retrouve également le plus grand nombre de couples mariés (48 % des membres), avec une prévalence également de femmes (57 % en moyenne).</p>

<figure class= »align-center « >
<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/349159/original/file-20200723-19-4j12rk.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/349159/original/file-20200723-19-4j12rk.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/349159/original/file-20200723-19-4j12rk.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/349159/original/file-20200723-19-4j12rk.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/349159/original/file-20200723-19-4j12rk.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/349159/original/file-20200723-19-4j12rk.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/349159/original/file-20200723-19-4j12rk.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
<figcaption>
<span class= »caption »>Le nombre de personnes composant le foyer détermine en partie les effets sur le bien-être vécu en confinement.</span>
<span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://image.shutterstock.com/image-photo/front-view-happy-caucasian-family-600w-1434872213.jpg »>wavebreakmedia/Shutterstock</a></span>
</figcaption>
</figure>

<p>Pour finir, les résultats montrent également que plus les personnes interrogées sont âgées, plus elles sont susceptibles d’être épanouies plutôt que d’être affectées par les effets du confinement. C’est dans les groupes des épanouis et des émotifs que l’on trouve la proportion la plus significative (31 % des membres de ces groupes) de personnes âgées (45 ans et +).</p>

<h2>Les épanouis plus actifs que les autres</h2>

<p>Curieusement, il se trouve que les modes et les habitudes de consommation font écho aux différents profils identifiés.</p>

<p>Les épanouis se démarquent par plus d’exercice physique, plus de cuisine maison, plus de sociabilisation par le biais des médias sociaux, plus de consommation d’écran – par exemple c’est chez les épanouis que regarder les services de streaming en ligne était le plus répandu (76 % des membres). À l’inverse, les apathiques déclarent une diminution significative de ces mêmes activités au cours du confinement.</p>

<p>Aujourd’hui, rares sont les études qui offrent des données comparatives de niveau international permettant d’établir des tendances globales quant aux répercussions du confinement sur le bien-être et le comportement des individus.</p>

<p>D’autres études ont permis de mettre en lumière la manière dont les personnes peuvent potentiellement gérer la période difficile du confinement, par exemple en s’adonnant à des « <a href= »https://theconversation.com/how-coronavirus-made-us-nostalgic-for-a-past-that-held-the-promise-of-a-future-140651″>activités nostalgiques</a> » comme le tricot, la pâtisserie, le chant, le jardinage), en <a href= »https://theconversation.com/how-to-maintain-a-slower-pace-of-life-after-lockdown-140088″>« ralentissant » ainsi leur rythme de vie</a>.</p>

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<strong>
À lire aussi :
<a href= »https://theconversation.com/nos-identites-a-lepreuve-du-confinement-135101″>Nos identités à l’épreuve du confinement</a>
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<p>Notre étude nous a permis de démontrer clairement que de meilleures situations financières et professionnelles, un grand nombre de personnes composant le foyer et le fait d’être une femme, constituent des critères déterminants qui augmentent les chances de compter parmi les plus épanouis en période de confinement.</p>

<p>Ainsi, il est essentiel de reconnaître et de prendre en compte les effets immédiats et considérables que le confinement a pu avoir sur le bien-être des individus. Il est tout aussi crucial de remarquer que ces effets s’expliquent socialement et touchent ainsi plus durement les plus précaires.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/143281/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.</span></em></p>

Environ une personne sur cinq, généralement aisée et ayant vécu cette période en famille, déclare avoir ressenti régulièrement des émotions positives.

Joonas Rokka, Professeur en marketing, EM LyonKarine Raies, Professeure associée en Marketing, EM LyonLotta Harju, Professeur assistant – chercheuse en psychologie du travail et des organisations, EM LyonMaira Lopes, Chercheuse au Lifestyle Research Center, EM LyonMassimo Airoldi, Assistant Professor, EM LyonLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1420732020-07-09T17:00:56Z2020-07-09T17:00:56ZRéseaux sociaux : le problème qui se pose vraiment quand vous y parlez de vos enfants<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/346381/original/file-20200708-39-1ub0a7w.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=1%2C2%2C997%2C663&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>Revenir sur leur quotidien peut aider les gens à façonner leur conscience d&#39;eux-mêmes.</span> <span class= »attribution »><span class= »source »>Shutterstock</span></span></figcaption></figure><p>Dans une <a href= »https://www.washingtonpost.com/lifestyle/2019/01/03/my-daughter-asked-me-stop-writing-about-motherhood-heres-why-i-cant-do-that/ »>chronique</a> récemment publiée par le <em>Washington Post</em>, une mère a expliqué pourquoi elle continuerait à publier des billets de blog au sujet de sa fille, malgré les protestations de celle-ci. Elle a déclaré que, même si la situation la mettait mal à l’aise, elle n’avait pas fini d’« explorer la maternité » dans ses écrits.</p>

<p>Un commentateur <a href= »https://slate.com/human-interest/2019/01/mommy-blogging-christie-tate-generation-gap.html »>a fustigé</a> les parents qui, à l’instar de cette autrice, « utilisent les drames quotidiens de leur famille pour faire du contenu ». Un autre <a href= »https://www.vogue.com/article/things-you-should-not-post-on-social-media-children-influencers-mommy-bloggers »>a déclaré</a> que cette chronique faisait resurgir « une question piège récurrente pour les parents à l’ère d’Instagram : les posts que nous laissons aujourd’hui sur les réseaux sociaux pourront-ils plus tard faire du tort nos enfants ? »</p>

<p>Ces questions me semblent légitimes, j’ai d’ailleurs <a href= »https://slate.com/technology/2014/11/baby-picture-posting-etiquette-parents-cant-control-their-childrens-digital-footprints.html »>publié des recherches</a> sur la nécessité pour les parents de veiller à la protection de la vie privée de leurs enfants en ligne. Je suis d’accord avec les critiques qui reprochent à la femme d’être sourde aux préoccupations de son enfant.</p>

<p>Toutefois, je pense qu’élargir ces attaques à tous parents et leurs comportements sur les réseaux sociaux est déplacé.</p>

<p>J’étudie <a href= »https://theconversation.com/too-much-information-more-than-80-of-children-have-an-online-presence-by-the-age-of-two-83251″>ce sujet</a> depuis <a href= »https://scholar.google.com/citations?user=9XBNcA8AAAAJ&amp;hl=en »>six ans</a>. Trop souvent, le discours public oppose les parents aux enfants. Les parents, disent les critiques, font preuve de narcissisme lorsqu’ils publient des posts de blog ou des photos sur Facebook et Instagram. Ils sont prêts à envahir la vie privée de leurs enfants en échange de l’attention et des « likes » de leurs amis. Du moins, c’est ce que l’on raconte.</p>

<p>Mais cadrer les enjeux sous forme d’un face-à-face entre parents et enfants occulte un problème plus important : celui de la logique économique de ces réseaux qui tirent profit des informations de leurs inscrits.</p>

<h2>Un élan naturel</h2>

<p>Malgré les réactions vives que peuvent provoquer les partages sur les réseaux sociaux, le phénomène n’a rien de nouveau. Cela fait des siècles que les gens consignent leur vie quotidienne dans des journaux intimes ou des albums. Des produits comme les journaux pour bébés invitent explicitement les parents à garder trace du quotidien de leurs enfants.</p>

<p>La spécialiste de la communication Lee Humphreys voit dans cet élan à documenter et à partager la vie de leurs enfants une sorte de <a href= »http://blogs.cornell.edu/humphreys/the-qualified-self/ »>« comptabilité médiatique »</a>. Jour après jour, les parents tiennent différents rôles : ceux d’enfant, de compagne ou de compagnon, de parent, d’ami ou d’amie, ou encore de collègue. Humphreys soutient qu’un moyen de tenir ces rôles est de les documenter. Revenir sur leurs souvenirs peut aider les gens à façonner leur conscience d’eux-mêmes, à construire un récit de vie cohérent et à se sentir liés aux autres.</p>

<p>Si vous avez déjà feuilleté un vieil annuaire, l’album de voyage d’un grand-parent ou d’une figure historique, vous avez alors consulté des comptes rendus. C’est la même chose quand vous parcourez les archives d’un blog ou la chronologie de Facebook. Les médias sociaux sont certes de nouveaux supports mais le fait de transcrire son quotidien est vieux comme le monde.</p>

<p>Écrire en ligne <a href= »http://eprints.lse.ac.uk/67380/ »>peut aider</a> les parents à s’exprimer avec créativité et à nouer des contacts avec d’autres parents. Rendre compte de leur quotidien peut aussi leur permettre de mieux investir leur identité de parents.</p>

<h2>Le capitalisme de surveillance dans l’équation</h2>

<p>Dans ce contexte, on comprend bien qu’il est délicat de leur demander d’arrêter de parler de leurs enfants sur la toile. Cette envie de raconter rythme la vie sociale des gens, et ce depuis longtemps.</p>

<p>Mais le faire sur des blogs et des réseaux sociaux soulève des questions particulières. Les photos des albums de famille ne diffusent pas de données numériques et ne sont visibles que lorsque vous décidez de les montrer, alors que les images d’Instagram sont hébergées sur des serveurs détenus par Facebook et peuvent être consultées par toute personne qui regarde votre profil.</p>

<p>Il est important de tenir compte des opinions des enfants et, si un jeune s’oppose à ce que son quotidien soit ainsi partagé, les parents peuvent se tourner vers des journaux papier ou des albums photo classiques. Ils peuvent aussi prendre <a href= »http://blogs.lse.ac.uk/parenting4digitalfuture/2017/05/17/sharenting-in-whose-interests/ »>d’autres mesures</a> pour protéger la vie privée de leur enfant, comme utiliser un pseudonyme ou lui accorder un « droit de veto » sur le contenu mis en ligne.</p>

<p>Cependant, ces débats autour de la vie privée et du partage se focalisent souvent sur le public des réseaux sociaux, « followers » ou « amis ». Ils ont tendance à ignorer ce que font les entreprises des données. Ce n’est pas avec les réseaux sociaux que les parents ont commencés à faire le récit de leur vie de famille, mais ces supports ont profondément changé les conditions dans lesquelles ils le font.</p>

<p>Contrairement à ce qui se passait avec les journaux intimes, les albums photos et les vidéos personnelles d’autrefois, les posts de blogs, les images sur Instagram et les vidéos YouTube relèvent de plates-formes détenues par des entreprises et peuvent être visibles par bien plus de gens que ne le réalisent les parents.</p>

<figure class= »align-center « >
<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/346382/original/file-20200708-23-1mdtcrl.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/346382/original/file-20200708-23-1mdtcrl.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=414&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/346382/original/file-20200708-23-1mdtcrl.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=414&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/346382/original/file-20200708-23-1mdtcrl.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=414&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/346382/original/file-20200708-23-1mdtcrl.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=520&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/346382/original/file-20200708-23-1mdtcrl.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=520&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/346382/original/file-20200708-23-1mdtcrl.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=520&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
<figcaption>
<span class= »caption »>L’envie de raconter rythme depuis longtemps la vie sociale.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Shutterstock</span></span>
</figcaption>
</figure>

<p>Le problème dépend moins des parents que des réseaux sociaux. Ces plates-formes fonctionnent de plus en plus selon une logique économique que la spécialiste des affaires Soshana Zuboff appelle le <a href= »https://www.theguardian.com/technology/2019/jan/20/shoshana-zuboff-age-of-surveillance-capitalism-google-facebook »>capitalisme de surveillance</a>. Elles produisent des biens et des services en vue de générer d’énormes quantités de données sur les individus, de les exploiter pour dégager des modèles, puis de les utiliser pour influencer le comportement des gens.</p>

<p>Pourquoi en serait-il forcément ainsi ? Dans <a href= »https://mitpress.mit.edu/books/qualified-self »>son livre</a> sur les récits médiatiques, Lee Humphreys rappelle qu’à ses débuts, Kodak se contentait de développer les pellicules photos confiées par ses clients.</p>

<blockquote>
<p>« Bien que Kodak ait traité des millions de photos, l’entreprise n’a pas partagé les informations de ces consommateurs avec des annonceurs en échange d’un quelconque accès à leur clientèle… En d’autres termes, Kodak n’a pas instrumentalisé ses utilisateurs. »</p>
</blockquote>

<p>C’est précisément ce que font les réseaux sociaux. Le partage de contenus leur dit à quoi ressemble votre enfant, où il est né, ce qu’il aime faire, à quel moment il franchit telle ou telle étape de sa vie. Ces plates-formes visent un modèle économique basé sur la connaissance des utilisateurs (connaissance parfois plus profonde que celle qu’ils ont d’eux-mêmes) et l’usage de ces informations à d’autres fins.</p>

<p>Dans ce contexte, le problème tient moins au fait que les parents parlent de leurs enfants en ligne qu’au fait que les espaces où ils le font soient détenus par des entreprises qui veulent accéder au moindre espace de leur vie. De ce point de vue, c’est la question de la protection de la vie privée qui se pose avant tout.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/142073/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Priya C. Kumar est est affiliée à Ranking Digital Rights, un projet de recherche à but non lucratif qui vise à définir des normes en matière de respect des droits de l&#39;homme pour le secteur numérique.
</span></em></p>

Certains taxent les parents qui postent des photos de famille sur les réseaux sociaux de narcissisme. Mais ne devraient-ils pas plutôt se pencher sur le modèle économique de ces sites ?

Priya C. Kumar, PhD Candidate in Information Studies, University of MarylandLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1412302020-07-05T16:43:21Z2020-07-05T16:43:21ZEmploi, télétravail et conditions de travail : les femmes ont perdu à tous les niveaux pendant le Covid-19<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/343221/original/file-20200622-55013-14qeuqy.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=3%2C0%2C1191%2C666&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>La pandémie a accentué les clivages en matière d’emploi comme de conditions de travail.</span> <span class= »attribution »><span class= »source »>Shvaygert Ekaterina / Shutterstock</span></span></figcaption></figure><p>Avec la pandémie de Covid-19, l’emploi connaît en France une crise sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais aux inégalités face à l’emploi s’ajoutent des inégalités de conditions de travail que la pandémie a révélées et amplifiées : les cadres, davantage épargnés par la crise, ont massivement télétravaillé, tandis que les ouvriers et les employés – à l’arrêt pour près de la moitié – sont quasiment toujours sur site quand ils sont en activité.</p>

<p>Le recours massif au télétravail des cadres a toutefois nui aux relations intrafamiliales. C’est ce que révèle <a href= »https://www.cairn.info/revue-population-et-societes-2020-6-page-1.htm »>l’enquête Coconel</a> qui permet de saisir le <a href= »https://www.cairn.info/revue-population-et-societes-2020-7-page-1.htm »>nouveau visage du travail</a> et de l’emploi en France deux mois après le début du confinement.</p>

<p>Parmi l’ensemble des actifs qui occupaient un emploi au 1<sup>er</sup> mars 2020, 30 % étaient à l’arrêt deux mois après et 70 % travaillaient encore – dont 41 % depuis leur domicile et 59 % à l’extérieur. Qui ont subi les premiers les conséquences économiques de la pandémie ? Dans quelles conditions les Français ont-ils continué à travailler, selon leur sexe et leur catégorie socioprofessionnelle ?</p>

<h2>La protection du diplôme</h2>

<p>Que ce soit en termes d’emploi ou de conditions de travail, les cadres apparaissent davantage épargnés par la crise que toutes les autres catégories sociales. 86 % d’entre eux poursuivaient leur activité professionnelle lors de la 7<sup>e</sup> semaine de confinement (moment de l’enquête), dont les deux tiers en télétravail.</p>

<p>Si les professions intermédiaires continuent massivement à travailler (80 % d’entre elles), elles exercent plus souvent leur activité à l’extérieur du domicile (48 %). Les employés et les ouvriers apparaissent quant à eux les plus touchés par la crise : ils sont 42 % et 43 % à ne plus travailler début mai 2020.</p>

<p>En outre, quand ils travaillent, c’est presque toujours sur site, où l’exposition à l’infection est plus grande : c’est le cas de 73 % des employés et 97 % des ouvriers encore en emploi deux mois après le début du confinement. Le travail à distance, et la flexibilité horaire qui l’accompagne, sont surtout le fait des cadres pour qui l’essor des technologies numériques a induit une <a href= »https://www.vie-publique.fr/rapport/36298-automatisation-numerisation-et-emploi-tome-1-les-impacts-sur-le-vol »>évolution majeure</a> des manières de travailler.</p>

<p>Le statut d’emploi apparaît protecteur face au risque d’arrêt : les salariés en emploi stable (CDI au 1<sup>er</sup> mars 2020 ou titulaires de la fonction publique) continuent pour près des trois quarts à travailler, alors que c’est le cas seulement d’une personne sur deux en CDD, intérim ou stage.</p>

<p>Fortement lié à la profession occupée, le <a href= »https://journals.openedition.org/rechercheseducations/1178″>diplôme protège</a> également de la rupture d’activité, en récession plus encore qu’en période de croissance : 80 % des diplômés du supérieur en emploi au 1<sup>er</sup> mars travaillent encore deux mois après, mais seulement 60 % des individus qui n’ont pas le bac.</p>

<p>Enfin, si l’on considère les professions de façon détaillée, on parvient à cerner le groupe hétéroclite des « travailleurs du confinement ». Les professions les moins à l’arrêt sont les professions intermédiaires administratives de la fonction publique, les policiers et militaires, les cadres de la fonction publique et les cadres d’entreprise.</p>

<p>Au contraire, les professions qui ont vu leur activité se réduire massivement sont les ouvriers qualifiés et non qualifiés de type artisanal, les employés de commerce, les employés des services directs aux particuliers, et les chauffeurs.</p>

<figure class= »align-right zoomable »>
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<p>C’est pour les femmes que la situation s’est le plus nettement détériorée. Parmi celles qui étaient en emploi au 1<sup>er</sup> mars 2020, deux sur trois seulement continuent de travailler deux mois plus tard, contre trois hommes sur quatre. Quand elles sont en emploi, les femmes sont autant en télétravail que les hommes (figure 1), mais leurs conditions diffèrent. La pratique du télétravail révèle en réalité des inégalités plus profondes de conditions de vie, qui se déploient au domicile et dans la sphère privée.</p>

<h2>Pression résidentielle</h2>

<p>Pendant la pandémie, le télétravail a souvent été présenté dans le débat public comme un privilège qui protège des risques sanitaires et bénéficie davantage aux cadres. Il s’exerce pourtant dans des conditions inégales en fonction du lieu de vie et de la position sociale du ménage, ainsi que du sexe.</p>

<p>Les actifs de l’agglomération parisienne, plus diplômés, ont été les plus nombreux à passer en télétravail (58 % contre 41 % des actifs occupés en France) ; ceux qui sont restés dans leur logement pendant la durée du confinement disposent pour autant de logements plus étroits et d’un moindre espace vital (9 m<sup>2</sup> de moins par personne que la moyenne nationale).</p>

<p>Cette pression résidentielle se retrouve dans leur espace de travail : dans l’agglomération parisienne, 40 % des télétravailleurs exercent leur activité dans une pièce partagée avec d’autres personnes (salon, cuisine, etc.), contre 34 % en moyenne sur le territoire métropolitain.</p>

<figure class= »align-left zoomable »>
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<p>La capacité d’un ménage à mettre en place un espace de travail dans le logement dépend aussi de sa position sociale. Les ménages à dominante cadre et profession intermédiaire (composé de cadres en couple avec des professions intermédiaires, des ouvriers ou des employés) sont les plus nombreux à disposer d’un tel espace. Au contraire, la pièce dédiée au travail est un privilège rare chez les ménages à dominante employée ou ouvrière (figure 2).</p>

<p>Plus souvent entourées d’enfants (48 % des femmes en télétravail vivent avec un ou plusieurs enfants au moment du confinement, contre 37 % des hommes), les femmes disposent moins souvent d’une pièce à elles. En moyenne, un quart des femmes télétravaillent dans une pièce dédiée où elles peuvent s’isoler contre 41 % des hommes : la plupart du temps, elles doivent partager leur espace de travail avec leurs enfants ou d’autres membres du ménage.</p>

<p>Les écarts entre les sexes atteignent des niveaux maximaux au sein du groupe des cadres : 29 % des femmes cadres disposent d’une pièce spécifique dédiée au travail contre 47 % des hommes cadres. Au sein du groupe des professions intermédiaires, également concernées par le télétravail, les écarts sont moindres, les femmes étant 25 % et les hommes 37 % à disposer d’une telle pièce. De ce point de vue, la situation des indépendants apparaît singulière.</p>

<p>Vivant majoritairement dans les espaces ruraux, en habitat individuel, les ménages à dominante indépendante (qui regroupent les artisans et commerçants, seuls ou en couple avec un artisan, commerçant, employé, ouvrier ou inactif) ont plus souvent que les autres catégories un espace de travail dans leur logement, une pratique qui s’inscrit en réalité dans la continuité de leurs activités antérieures.</p>

<h2>Un révélateur des stratégies éducatives</h2>

<p>Pour les ménages avec enfant(s), la vie domestique se réorganise au sein du logement en raison des contraintes nouvelles, professionnelles, mais aussi scolaires, liées à la fermeture des écoles et à la restriction des déplacements. Où travaillent les enfants dans leur logement ? Disposent-ils d’une pièce à eux ? Les écarts entre groupes sociaux sont, de ce point de vue, importants (figure 3).</p>

<figure class= »align-right zoomable »>
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<p>Ils reflètent les disparités de niveaux de vie et de conditions de logement entre les ménages, mais aussi les normes éducatives différentes selon les milieux sociaux : l’âge à partir duquel la pièce de travail isolée est considérée comme légitime et nécessaire à la réussite scolaire de l’enfant n’est pas évalué de la même manière.</p>

<p>Dans l’agglomération parisienne, faire travailler ses enfants dans une pièce isolée apparaît plus fréquent, alors même que le marché immobilier est le plus tendu de France : six ménages sur dix font travailler leurs enfants dans une pièce isolée, contre quatre sur dix dans les espaces périurbains et ruraux.</p>

<p>L’agglomération concentre en réalité le plus fort taux de cadres, pour lesquels la réussite scolaire des enfants est un enjeu crucial de reproduction sociale. Leurs stratégies éducatives ressortent d’autant plus nettement que les femmes cadres en télétravail disposent elles-mêmes moins souvent d’une pièce isolée pour travailler.</p>

<h2>Les relations intrafamiliales déséquilibrées</h2>

<p>En renfermant les ménages sur eux-mêmes, la pandémie de Covid-19 et le confinement qu’elle a entraîné ont pu modifier les relations intrafamiliales. Si la majorité des enquêtés n’observe pas de changement, 10 % des Français confinés avec enfant(s) déclarent que leurs relations avec ces derniers se sont dégradées. C’est le cas de 15 % de ceux qui travaillent à domicile pendant la 7<sup>e</sup> semaine du confinement. La dégradation des relations avec les enfants apparaît ainsi liée à la surcharge domestique et professionnelle résultant de la pandémie.</p>

<p>Par les types d’emplois occupés, les catégories sociales se trouvent inégalement exposées à ces nouvelles tensions familiales. Et elles ne disposent pas des mêmes ressources pour y faire face. Malgré des conditions de logement moins favorables en moyenne que les cadres, l’amélioration des relations avec les enfants apparaît plus fréquente chez les ouvriers et les employés, en particulier pour ceux dont l’activité professionnelle s’est arrêtée (figure 4).</p>

<figure class= »align-left zoomable »>
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<p>Le confinement, de ce point de vue, a pu contribuer à réajuster les emplois du temps individuels pour les familles populaires, dans lesquelles les actifs sont plus souvent concernés par le <a href= »https://dares.travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/2018-030.pdf »>travail de nuit et les horaires atypiques</a>.</p>

<p>Au contraire, les cadres rapportent plus souvent une dégradation des relations avec leurs enfants, et moins souvent une amélioration (figure 4). Le recours massif au télétravail dans cette catégorie a pu contribuer à <a href= »https://www.springer.com/gp/book/9789401774000″>déséquilibrer les relations intrafamiliales</a>. La surcharge domestique liée aux nouvelles formes de télétravail, qui se surajoute au travail scolaire des enfants, semble ainsi changer la donne quant au niveau de bien-être des différentes catégories de population.</p>

<h2>La fin de 50 ans de réduction des inégalités</h2>

<p>L’arrêt de l’activité professionnelle, cumulé à la fermeture des écoles, peut toutefois produire des effets variables sur les familles. D’un côté, le temps libéré peut augmenter le temps parental et favoriser l’amélioration des relations à court terme ; de l’autre, la baisse des revenus du ménage – qui accompagne très souvent l’arrêt d’activité – pourrait détériorer à plus long terme la relation aux enfants et augmenter le sentiment d’isolement des ménages.</p>

<p>Les artisans et commerçants, catégorie la plus touchée par la perte de revenus, rapportent plus souvent que les autres une dégradation des relations familiales, et moins souvent une amélioration. En outre, 43 % de ceux qui ont vu les revenus de leur ménage diminuer depuis le début de la pandémie se déclarent isolés, contre 38 % en moyenne dans la population active. Pour autant, ceux qui connaissent une chute de revenus ne se disaient pas davantage isolés que les autres avant le début de la pandémie.</p>

<p>Au bilan, l’emploi s’est rétracté fortement en France deux mois après le début de la pandémie de Covid-19, affectant en premier lieu les moins diplômés et les précaires, comme à chaque grande récession dans l’Histoire. Apparu sous une forme nouvelle, le télétravail en continu se développe massivement pour les cadres, sans que le logement ne soit toujours adapté.</p>

<p>Mais c’est pour les femmes que la situation se dégrade le plus. La pandémie et la crise économique qu’elle a engendrée accentuent les écarts avec les hommes, après un <a href= »https://www.cairn.info/travail-et-emploi-des-femmes–9782707194022.htm »>demi-siècle de réduction des inégalités</a> entre les sexes.</p>

<p>La pandémie de Covid-19 révèle donc – en même temps qu’elle les accentue – les profonds clivages qui traversent la société française en matière d’emploi comme de conditions de travail. Taux d’emploi, lieu de travail et exposition au risque sanitaire, conditions de télétravail : les indicateurs se dégradent et les écarts se creusent entre les classes sociales et les sexes.</p>

<hr>

<p><em>Cette contribution est tirée de l’article intitulé <a href= »https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/30315/579.population.societes.juillet.2020.confinement.france.fr.pdf »>« Le travail et ses aménagements : ce que la pandémie de Covid-19 a changé pour les Français »</a> publié par les mêmes auteurs dans la revue Population et Sociétés n° 579</em>.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/141230/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Anne Lambert a reçu des financements de l&#39;INED (financement recherche publique)</span></em></p><p class= »fine-print »><em><span>Catherine Bonvalet a a reçu des financements de l&#39;INED (financement recherche publique)</span></em></p><p class= »fine-print »><em><span>Guillaume Le Roux a reçu des financements de l&#39;INED (financement recherche publique).</span></em></p><p class= »fine-print »><em><span>Joanie Cayouette-Remblière a reçu des financements de l&#39;Ined. </span></em></p><p class= »fine-print »><em><span>Laetitia Langlois a reçu des financements de l&#39;INED (financement recherche publique)</span></em></p><p class= »fine-print »><em><span>Violaine Girard a reçu des financements de l&#39;INED (financements recherche publique). </span></em></p><p class= »fine-print »><em><span>Elie Guéraut ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.</span></em></p>

Selon une enquête, les conditions de vie n’ont pas été affectées de la même façon d’une catégorie sociale à l’autre, même si les femmes ont été pour toutes les principales victimes des inégalités.

Anne Lambert, Sociologue, directrice de l’unité de recherche Logement, Inégalités Spatiales et Trajectoires (INED), Institut National d’Études Démographiques (INED)Catherine Bonvalet, Directrice de recherche émérite INED, chercheuse associée à l’Unité de recherche sur le vieillissement de la CNAV, Institut National d’Études Démographiques (INED)Elie Guéraut, Chercheur postdoctoral en sociologie, Institut National d’Études Démographiques (INED)Guillaume Le Roux, Chercheur en géographie et démographie, Institut National d’Études Démographiques (INED)Joanie Cayouette-Remblière, Sociologue, Institut National d’Études Démographiques (INED)Laetitia Langlois, chargée d’études statistiques, Institut National d’Études Démographiques (INED)Violaine Girard, Maîtresse de conférences en sociologie, Université de Rouen NormandieLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1416372020-07-01T17:48:06Z2020-07-01T17:48:06ZPourquoi il faut éduquer les jeunes face au marketing du tabac<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/344535/original/file-20200629-155308-1lr9d86.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=0%2C2%2C1000%2C654&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>Si la consommation de tabac des adolescents français baisse, elle reste au-dessus de la moyenne des autres pays européens.</span> <span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://www.shutterstock.com/fr/image-photo/closeup-teenage-girls-using-smartphone-smoking-401426524″>Shutterstock</a></span></figcaption></figure><p><em>Cet article a été co-écrit avec Viet Nguyen-Thanh, de l’Unité Addictions, Direction de la prévention et de la promotion de la santé, à Santé publique France.</em></p>

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<p>33 % des jeunes de 15 ans ont déjà fumé des cigarettes. Si les niveaux de consommation des adolescents français sont en baisse ces dernières années, ils restent <a href= »https://www.ofdt.fr/publications/collections/notes/les-consommations-dalcool-de-tabac-et-de-cannabis-chez-les-eleves-de-1113-et-15-ans-hbsc-et-enclass-france-2018/ »>au-dessus de la moyenne</a> des autres pays européens. Cette tendance s’inscrit dans un contexte marqué par une forte consommation des adultes qui, même si elle décroît aussi depuis 2016, reste <a href= »http://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2020/14/2020_14_1.html »>particulièrement importante</a> en France : 30 % des personnes âgées de 18 à 75 ans fument du tabac en 2019, contre 15 % en Grande-Bretagne et 14 % en Australie par exemple. Et observation particulièrement préoccupante, les inégalités sociales relatives au tabagisme s’installent <a href= »https://reader.elsevier.com/reader/sd/pii/S0398762011002835?token=792DC983186156A536B1E81ED2FA3C1489B6A273BEFA2B11FD9420D6E390752DFC3CDC1DBBBD21E17EB42A517030B955″>dès le plus jeune âge</a> dans notre pays.</p>

<p>Le tabac est un produit qui déclenche une addiction. Sachant que 90 % des fumeurs ont commencé avant l’âge de 18 ans, l’enjeu premier est bien de développer la capacité des jeunes à garder leur liberté vis-à-vis de ce produit. Le rôle de tous ceux qui ont en charge les enfants et les jeunes est ainsi de s’assurer que l’on crée les conditions de cette liberté. Cela passe à la fois par un écosystème de vie qui protège les jeunes, et par une éducation critique qui leur permette de mettre à distance les pressions de toutes sortes, notamment celles liées aux intérêts commerciaux.</p>

<p>Dans cette optique, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de lancer une campagne pour donner aux nouvelles générations les <a href= »https://www.who.int/news-room/detail/29-05-2020-stop-tobacco-industry-exploitation-of-children-and-young-people »>moyens d’identifier</a> les stratégies utilisées par l’industrie du tabac pour les amener à consommer ses produits. « Mettons un terme à l’exploitation des enfants et des jeunes par l’industrie du tabac », tel est l’intitulé de cette opération qui déploie un ensemble d’outils pédagogiques.</p>

<h2>Stratégies de promotion</h2>

<p>L’entrée dans la consommation de tabac est un enjeu majeur pour la prévention, c’est aussi une priorité pour le marketing l’industrie du tabac. Chaque année, ces entreprises investissent plus de huit milliards d’euros pour promouvoir leurs produits. Le conflit entre l’impératif de maximisation du profit et la santé de la population est inévitable.</p>

<p>On parle ainsi de <a href= »https://www.thelancet.com/journals/langlo/article/PIIS2214-109X(16)30217-0/fulltext »>déterminants commerciaux</a> de la santé c’est-à-dire des « stratégies et approches utilisées par le secteur privé pour promouvoir des produits et des choix qui sont préjudiciables à la santé ». Ces stratégies font appel à une variété de canaux par lesquels les entreprises influencent la société dans son ensemble, les gouvernements et les consommateurs.</p>

<p>Les études montrent que ces stratégies sont extrêmement dynamiques et qu’elles s’adaptent en permanence aux contextes. L’exemple le plus récent est celui de la crise de la Covid-19. Même si les revues évaluées par des pairs penchent pour une augmentation du <a href= »https://www.hcsp.fr/Explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=818″>risque de développer</a> une forme grave de Covid-19 chez les fumeurs et restent prudentes sur <a href= »https://presse.inserm.fr/en/tabagisme-et-covid-19-que-montrent-les-publications-scientifiques/39249/ »>l’association</a> entre Covid-19 et tabac, on a pu observer une promotion très efficace de quelques travaux préliminaires, menés auprès d’un nombre restreint d’individus, et suggérant un potentiel rôle protecteur de la nicotine.</p>

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Read more:
<a href= »https://theconversation.com/le-tabac-protege-du-covid-19-vraiment-138317″>Le tabac protège du Covid-19, vraiment ?</a>
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<p>Outre la démarche consistant à surfer sur la défiance actuelle vis-à-vis des données scientifiques, une autre stratégie est particulièrement efficace. Il s’agit de faire du tabac un enjeu moral et de l’action publique en matière de santé un hygiénisme moralisateur, une chasse aux <a href= »https://www.lepoint.fr/societe/qui-veut-la-peau-des-bons-vivants-05-12-2019-2351600_23.php »>« bons vivants »</a>, une atteinte à l’art de vivre à la française…</p>

<p>L’entretien de cet amalgame permet habilement de maintenir la consommation des produits du tabac du côté de la liberté, du bien-vivre, du refus du conformisme, alors même que consommer du tabac n’est pas une question morale, ce n’est ni bien, ni mal. Consommer des produits du tabac est légal, fumer relève donc de choix individuels (à condition de respecter la loi, en particulier en ce qui concerne l’interdiction de fumer dans des lieux affectés à un usage collectif ou l’exposition des enfants).</p>

<p>Cette confusion détourne de l’enjeu principal, celui des pressions qui influencent ces choix, en particulier des modalités d’emprise sur les adolescents.</p>

<h2>Influence sociale</h2>

<p>Vis-à-vis de produits addictifs comme le tabac, les jeunes sont particulièrement vulnérables :</p>

<ul>
<li><p>au plan neurobiologique, puisque le cerveau est encore en pleine phase de développement (la maturation du système nerveux se termine après 20 ans chez les humains)</p></li>
<li><p>au plan psychologique (c’est une phase de transition majeure qui génère des défis en termes de construction de l’identité)</p></li>
<li><p>sur le plan social : s’intégrer aux groupes sociaux, exister vis-à-vis des pairs constituent des enjeux majeurs à cette période et les comportements qui affectent directement la santé sont des vecteurs d’intégration.</p></li>
</ul>

<p>Pendant l’adolescence, la consommation de tabac revêt en effet une dimension sociale forte. Une étude conduite auprès de 5 000 femmes européennes sur les déterminants de l’initiation de la consommation de tabac montre que le fait d’avoir des amis qui fument est particulièrement incitatif : 62 % des fumeuses ont mis en avant cette raison. Les femmes qui ont commencé à fumer pour avoir l’air « cool » ont plus souvent tendance à avoir commencé tôt à fumer. Celles qui ont commencé pour gérer leur stress ou pour se sentir moins déprimées ont commencé <a href= »https://bmcpublichealth.biomedcentral.com/articles/10.1186/1471-2458-10-74″>plus tard</a>.</p>

<figure class= »align-center « >
<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/344596/original/file-20200629-155353-1s47z22.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/344596/original/file-20200629-155353-1s47z22.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/344596/original/file-20200629-155353-1s47z22.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/344596/original/file-20200629-155353-1s47z22.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/344596/original/file-20200629-155353-1s47z22.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/344596/original/file-20200629-155353-1s47z22.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/344596/original/file-20200629-155353-1s47z22.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
<figcaption>
<span class= »caption »>A l’adolescence, le fait d’avoir des amis qui fument est particulièrement incitatif.</span>
<span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://www.shutterstock.com/fr/image-photo/teenage-couple-smoking-112126841″>Shutterstock</a></span>
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</figure>

<p>Face à l’extrême agilité des stratégies de marketing, il est nécessaire de renforcer à la fois la protection et l’éducation pendant cette période spécifique que constitue l’adolescence. En matière de protection, de nombreuses mesures ont pu être mises en place au fil du temps : interdiction de vente aux mineurs, régulation de la publicité, interdiction de fumer dans les lieux publics, les aires de jeux ou dans l’habitacle d’un véhicule en présence d’un enfant mineur, instauration du paquet neutre. L’enjeu est ici d’améliorer l’efficacité et la réactivité des politiques et des pratiques.</p>

<p>Il reste beaucoup à faire en matière éducative face aux stratégies d’influence. Il convient tout d’abord de rappeler que s’il est légitime de délivrer une éducation dans ce domaine ce n’est pas au titre d’un interdit légal (comme c’est le cas pour les drogues illicites) mais au nom d’une idée de la personne et du citoyen : la consommation de tabac a des conséquences importantes sur la santé, comme d’autres psychotropes, elle peut notamment générer une dépendance, une aliénation, une perte de liberté.</p>

<h2>Education à la santé</h2>

<p>En famille, dans les clubs sportifs, dans les espaces culturels, à l’école, cette éducation prend des expressions différentes. L’école, pour sa part, est fondée à mettre en œuvre des activités permettant à l’élève de disposer des compétences lui permettant de conserver sa liberté, c’est-à-dire d’être capable de faire des choix éclairés.</p>

<p>Il s’agit de donner les moyens à la personne de prendre soin d’elle-même, d’être en situation d’exercer sa part de responsabilité envers sa propre santé – nous précisons « sa part » de responsabilité tant il est vrai que de nombreux déterminants de la santé échappent aux individus. Il serait dangereux de faire reposer sur l’individu l’entière responsabilité de sa santé.</p>

<p>C’est bien le rôle de l’école que de mettre en œuvre des activités visant, par exemple, à dire la loi (la vente de tabac aux mineurs est interdite), transmettre des connaissances scientifiques relatives aux produits, identifier les contextes de consommation, développer la confiance en soi, l’esprit critique ou la capacité à résister à l’emprise des réseaux sociaux, de la publicité, des stéréotypes (qui font du fait de fumer ou de vapoter un facteur d’intégration). Il s’agit de permettre aux élèves de s’approprier les moyens de construire leur propre liberté comme personne et comme citoyen.</p>

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<p>Des études ont été conduites quant aux approches les plus efficaces pour parvenir à développer chez les jeunes ces capacités de résistance à l’emprise. Plusieurs ont montré leur efficacité en termes de prévention des consommations de substances psychoactives. C’est le cas notamment du <a href= »https://www.santepubliquefrance.fr/docs/resultats-de-l-evaluation-du-programme-unplugged-dans-le-loiret »>programme Unplugged</a> qui concerne les collégiens de 12 à 14 ans. Sa stratégie repose principalement sur le développement des compétences psychosociales et la prise de recul vis-à-vis des normes sociales lors de 12 séances délivrées par l’enseignant. Dans tous les cas, il s’agit de développer la capacité d’action des établissements scolaires via la formation, l’accompagnement et la mise à disposition d’outils adaptés.</p>

<p>De réels progrès ont été réalisés en matière de politiques publiques comme d’engagement citoyen. En soutenant le sevrage pour ceux qui le souhaitent (c’est par exemple ce qui fonde <a href= »https://www.santepubliquefrance.fr/les-actualites/2019/mois-sans-tabac-2019-la-4e-edition-s-acheve »>l’initiative</a> du « mois sans tabac ») et en renforçant les approches intersectorielles centrées sur les déterminants du tabagisme il a été possible de diminuer significativement la prévalence du tabagisme et d’interrompre l’accroissement des inégalités sociales relatives à ce comportement.</p>

<p>Il s’agit maintenant de renforcer les dispositifs existants, d’amplifier ceux qui visent à prévenir l’entrée des adolescents dans le tabagisme et de mettre en cohérence les différentes approches dans une perspective de promotion de la santé. L’enjeu est d’arriver à une première génération sans tabac <a href= »https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/180702-pnlt_def.pdf »>à l’horizon 2032</a>, c’est l’un des objectifs phares du Programme national de lutte contre le tabac 2018-2022 : décideurs, politiques, acteurs de santé publique et société civile doivent résolument s’y employer. Libérer les jeunes de l’influence de l’industrie du tabac est un prérequis à toute évolution favorable en matière de santé.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/141637/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Didier Jourdan a reçu des financements de la fondation MGEN pour la santé publique et du groupe Vyv.</span></em></p>

A travers une campagne lancée fin mai 2020, l’Organisation mondiale de la santé veut aider les nouvelles générations à prendre du recul par rapport à la publicité qui entoure le tabac.

Didier Jourdan, Professor, holder of the UNESCO chair and WHO collaborating center for Global Health & Education, Université Clermont Auvergne (UCA)Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1365792020-06-25T18:16:54Z2020-06-25T18:16:54Z« Les enfants, à table ! » : leçons alimentaires en confinement<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/344061/original/file-20200625-33511-1na77xz.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=0%2C2%2C1500%2C972&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>Un repas réunit toute la famille autour d&#39;une table.</span> <span class= »attribution »><span class= »source »>D.R.K. Stengel</span></span></figcaption></figure><p>Pendant les récentes semaines de confinement, la table familiale a repris du service, réactivant des modes de transmission et de partage parfois oubliés. Chacun de nous reçoit – profite ou subit – une éducation alimentaire à un moment donné de son histoire, dans un pays donné, au sein d’un groupe social donné. Chacun appartient à une culture alimentaire issue d’une éducation alimentaire. Si bien qu’il est juste de dire que notre alimentation et la définition que l’on donne à la gastronomie sont marquées par notre éducation.</p>

<p>On pourrait dès lors considérer que l’alimentation, comme le fait de bien manger, est un fait social, héritier d’habitudes socialement admises. Autour de la table se rassemblent les membres d’un même groupe social, selon certains critères, certaines coutumes, certains rites alimentaires et modes opératoires.</p>

<p>Alors qu’est-ce que nos enfants auront finalement appris de ces repas familiaux en confinement ? En quoi la table est-elle un lieu de transmission ? Quels modes de transmission y sont possibles ?</p>

<p>Plusieurs études, <a href= »https://hal.inrae.fr/hal-02801891/document »>françaises</a> et/ou <a href= »https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20120919_acculturationchinoise.pdf »>multiculturelles</a>, montrent que l’alimentation est un vecteur important dans l’intégration des nouvelles générations ou nouvelles populations au sein d’une <a href= »https://books.google.fr/books?hl=fr&amp;lr=&amp;id=DAyODwAAQBAJ »>société</a>, et dans la transition d’une génération à l’autre.</p>

<p>Les premiers contacts et échanges intersociétaux ou intergénérationnels sont souvent abordés par l’angle du <a href= »https://www.cairn.info/revue-etudes-2005-7-page-89.htm »>sujet discursif alimentaire</a>, via les rapports, contrastes, ruptures, modifications ou continuités de modèles, de concepts, de représentations ou de rites. Autrement dit, nos enfants adolescents nous font part de leur plaisir fastfoodien, qui ne correspond pas forcément à la représentation adulte du « bien-manger ». Et en contrepartie, nous racontons à nos enfants le plaisir dégustatif de l’accord d’un bœuf bourguignon avec un vin tannique, qui ne les fait pas « kiffer ». Chacun avec ses propres <a href= »https://www.erudit.org/en/journals/cuizine/1900-v1-n1-cuizine04600/1059909ar/abstract/ »>paradigmes</a> et <a href= »https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=livre&amp;no=65933″>terminologies</a> dessine ses choix et discours alimentaires.</p>

<h2>Rituels du manger ensemble</h2>

<p>Le rôle des rituels dans les interactions ordinaires semble inévitable pour vivre ensemble et communiquer avec autrui. Quand on est assigné à domicile, comme ce fut le cas pendant le confinement pour un grand nombre d’entre nous, le repas du dimanche ressemble à ceux de la semaine. Ces déjeuners quotidiens, habituellement partagés à la cantine, redeviennent, en famille, un vecteur important d’échanges.</p>

<p>Notons cependant que le rituel du manger ensemble, à table, perd du terrain y compris en France, un <a href= »https://www.leparisien.fr/societe/un-francais-sur-trois-ne-mange-pas-a-table-07-02-2017-6661161.php »>Français sur trois ne mange pas à table</a>, les <a href= »https://www.cairn.info/revue-terrains-et-travaux-2005-2-page-51.htm »>trois repas quotidiens à table ne sont plus une référence</a>, et nombre de jeunes dînent dans leur chambre assis sur leur lit ou à leur bureau.</p>

<p>Au cours du repas, habituellement composé d’interactivités sociales à la cantine, où les références culturelles s’échangent démocratiquement comme des cartes Pokemon, les rapports intergénérationnels à la maison donnent plus de place à la ritualisation conservatrice de ce moment. La période de confinement que nous venons de vivre a remis en lumière la « vie ordinaire », le rôle du rituel et les inévitables interactions, là où se fait l’acquisition du <a href= »https://www.legrandrepas.fr/notre-association/ »>« vivre ensemble »</a> et de la <a href= »https://www.youtube.com/watch?v=OdgX-Nt3Ws4″>« cohésion sociale »</a>. La table reste le lieu privilégié pour observer ces deux concepts dans un cadre sociologique.</p>

<h2>Te transmettre, mon fils !</h2>

<p>Les Français sont des producteurs et <a href= »https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Connaissance-des-patrimoines/Actualites/In-Situ-n-41-Patrimoines-gastronomiques.-Definitions-typologies-et-enjeux-de-conservation »>protecteurs d’un savoir-faire patrimonial</a>. Toujours en quête de nouvelles formes de transmission, à l’école, en famille, entre amis, et maintenant sous forme de visioconférences ; les <a href= »https://theconversation.com/apprendre-autrement-lexperience-de-la-classe-mutuelle-97326″>modes de transmission y évoluent constamment</a>.</p>

<p>La ritualisation de cette transmission de savoirs ou savoir-faire se cristallise autour du repas. Les générations successives y expriment chacune leur faire valoir (espace de distinction sociale) et leur faire savoir (espace de narration), au-delà des simples souvenirs gastronomiques, des madeleines de Proust, des souvenirs gustatifs d’enfance ou de voyage. C’est bien là, dans <a href= »https://theconversation.com/nouvelles-pratiques-de-communication-nouvelles-pratiques-de-socialisation-48897″>ces espaces sociaux</a>, qu’évoluent les pratiques. L’enfant a pu avoir l’occasion de participer, par obligation comme par plaisir, en période de confinement, à la préparation du repas et à appréhender les façons de faire, d’être ou de s’exprimer sur le sujet. Pour les étudiants qui attendaient la réouverture des portes de leurs écoles, lycées et universités, la table forcément familiale est alors devenue, toute la semaine, un espace d’initiation aux rituels et d’intégration des codes, qui se fait habituellement dans un espace de restauration collective.</p>

<p>La transmission de savoirs et de savoir-faire est un <a href= »https://www.mucem.org/programme/exposition-et-temps-forts/manger-l%E2%80%99oeil »>objet d’étude pour les sciences humaines de l’alimentation</a>, comme une illustration de la singularité de l’espèce humaine. Le <a href= »https://ich.unesco.org/fr/qu-est-ce-que-le-patrimoine-culturel-immateriel-00003″>patrimoine immatériel</a> alimentaire trouve les origines de son évolution dans une déclinaison à l’origine orale puis écrite. Dans l’histoire de notre société, la transmission du geste comme de la parole est à l’origine de l’évolution de la préparation des besoins alimentaires, et vice-versa. L’imprimerie comme la peinture ont créé une rupture historique de cette pratique du repas visuelle et gestuelle. L’époque communicationnelle que nous vivons sépare, elle aussi, le prescripteur de son auditeur par un écran de tablette. Le repas familial lui n’est pas déshumanisé, il reste intact.</p>

<p>La table réunit, extériorise l’expression d’une transmission orale, intercalée d’incorporations de bouchées qui préconisent le silence, car « on ne parle pas la bouche pleine » dit l’adage. Au-delà des échanges, des conversations et des silences, le fait même de partager des repas, d’observer ou de participer à leur préparation, et d’en parler en famille, représente une forme de transmission en soi. Si certains parents soulignent le besoin de <a href= »https://journals.openedition.org/hommesmigrations/3258″>transmettre un savoir-faire familial</a>, faut-il pour autant uniquement reproduire les mêmes prescriptions ? Les rituels familiaux aussi exceptionnels sont-ils, détermineront-ils ce qui est bon à produire et à manger pour les générations à venir ? Le prescripteur doit-il fonder sa transmission sur un apprentissage répétitif ou réflexif ? Ne faudrait-il pas que l’enfant puise sa propre opinion du manger ensemble, comme du savoir manger, dans son vécu alimentaire, y compris hors cercle familial ? Car c’est ainsi que se crée une société pluriculturelle : une culture du repas et de l’alimentation, comme dans notre société, relève forcément d’un assemblage de rites.</p>

<p>La période du confinement aura peut-être donné un nouvel élan au concept du « manger-ensemble ».</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/136579/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Kilien Stengel does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.</span></em></p>

C’est à l’occasion de périodes exceptionnelles, à l’intérieur de la maison, que se fait l’acquisition de valeur la plus importante : vivre ensemble. La table est le lieu privilégié pour l’observer.

Kilien Stengel, Enseignant spécialiste des discours gastronomiques et alimentaires, chercheur associé, Université de ToursLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1400992020-06-04T17:54:37Z2020-06-04T17:54:37ZMaths, lecture et nutrition : tout ce que la cuisine apprend aux enfants<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/339867/original/file-20200604-67393-1k967xe.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=8%2C142%2C875%2C529&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>En cuisinant, les enfants prennent confiance en eux-mêmes.</span> <span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://www.shutterstock.com/fr/image-photo/daddy-his-little-daughter-cooking-recipe-649127167″>Shutterstock</a></span></figcaption></figure><p>Si vous aidez vos enfants en cette période d’<a href= »https://theconversation.com/covid-19-ce-que-la-continuite-pedagogique-nous-apprend-de-lecole-138340″>enseignement à distance</a>, il y a de fortes chances que vous manquiez de temps. En organisant avec eux des ateliers « cuisine », vous pourriez faire d’une pierre deux coups : réunir plusieurs apprentissages en une activité, tout en préparant votre dîner ou votre déjeuner.</p>

<p>Apprendre à préparer des repas sains permet en effet aux plus jeunes d’<a href= »https://www.australiancurriculum.edu.au/Search/?q=cooking »>acquérir des savoirs</a> dans des domaines variés. Et cela vous aidera tous, en prime, à améliorer votre alimentation.</p>

<p>En vous concentrant sur de bonnes recettes sur le plan nutritionnel, vous aborderez également des <a href= »https://www.australiancurriculum.edu.au/f-10-curriculum/health-and-physical-education/ »>sujets</a> liés au développement personnel, à la santé, et à l’éducation physique.</p>

<h2>Apprendre en situation</h2>

<p>Être capable d’<a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26494927″>appliquer des concepts</a> de maths et de sciences à des activités courantes aide les enfants à développer leur confiance en eux-mêmes.</p>

<p>Suivre une recette renvoie à un certain nombre de matières fondamentales, comme le français, puisque cela suppose un travail de lecture et de compréhension. Peser les ingrédients et évaluer les doses nécessaires suppose de mobiliser des notions de maths comme les volumes et les mesures, et aiguise l’aptitude à résoudre des problèmes.</p>

<p>Avec l’objectif de préparer un repas sain, on donne aux enfants des <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26494927″>occasions</a> de réactiver et de consolider tous ces savoirs, tout en développant leur motivation et leur capacité de communication.</p>

<p>Une étude menée auprès de dix-huit classes de primaire s’est penchée sur des enseignements abordant les maths et les sciences <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25731197″>par des activités pratiques</a> autour de la nutrition. Les élèves concernés ont non seulement amélioré leurs connaissances dans le champ de l’alimentation, mais ils ont aussi <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29224221″>progressé significativement</a> en maths et en sciences, si l’on compare leurs résultats à ceux des seize classes qui n’ont pas bénéficié de ces cours.</p>

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<p>Une <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25889098″>revue</a> des interventions en classe autour de l’alimentation saine montre que les apprentissages en situation comme la cuisine ou le jardinage sont ceux qui ont le plus d’impact en matière de connaissances et d’habitudes alimentaires.</p>

<p>C’est notamment le cas lorsqu’il s’agit d’inciter les enfants à manger plus de fruits et de légumes et à réduire leur consommation de sucre et de calories au quotidien.</p>

<h2>Une meilleure alimentation</h2>

<p>Si l’on prend l’exemple de l’Australie, les aliments à forte densité énergétique, mais pauvre en nutriments, représentent un <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27572276″>tiers des apports énergétiques quotidiens</a> – et même <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17356553″>41 %</a>, dans le cas des enfants et des adolescents.</p>

<p>D’après les <a href= »https://www.eatforhealth.gov.au/food-essentials/five-food-groups »>recommandations officielles</a>, il faut limiter la malbouffe et essayer d’atteindre cinq portions de légumes et deux portions de fruits chaque jour pour se préserver des maladies chroniques comme le diabète de type 2 et les problèmes cardiaques. Seuls un adulte sur vingt et un enfant sur dix-sept <a href= »https://www.abs.gov.au/ausstats/abs@.nsf/PrimaryMainFeatures/4364.0.55.001?OpenDocument »>respecteraient</a> ces recommandations.</p>

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Read more:
<a href= »https://theconversation.com/cinq-fruits-et-legumes-par-jour-une-habitude-encore-trop-rare-en-france-67473″>Cinq fruits et légumes par jour : une habitude encore trop rare en France</a>
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<p>Impliquer les enfants et les adolescents dans la préparation de leurs repas les aide à adopter des <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25889098″>habitudes alimentaires</a> plus saines. <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24709485″>Le suivi</a> d’un groupe de 47 enfants a montré qu’ils mangeaient 26 % de poulet et 76 % de salade en plus lorsqu’ils avaient cuisiné avec leurs parents, et se sentaient mieux que lorsque leurs parents avaient cuisiné seuls.</p>

<p>Le simple fait de regarder des émissions de cuisine peut faire la différence. Dans une <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31706794″>enquête</a> auprès de 100 enfants de 10 à 12 ans, on a pu observer qu’ils étaient deux fois plus susceptibles d’opter pour un menu sain après avoir suivi un programme sur la cuisine de plats sains.</p>

<h2>Les défis des recettes</h2>

<p>Il est assez fréquent que les enfants pensent ne pas aimer les maths, et <a href= »https://gpseducation.oecd.org/CountryProfile?primaryCountry=AUS&amp;treshold=10&amp;topic=PI »>l’engagement dans cette matière</a> a tendance à décliner au niveau mondial. Il est donc important de trouver de <a href= »https://link.springer.com/article/10.1007/s13394-011-0020-5″>nouvelles façons</a> d’y intéresser les enfants.</p>

<p>La cuisine est bon moyen de <a href= »https://research.acer.edu.au/aer/13/ »>concrétiser</a> aux yeux des enfants des notions qui leur semblent abstraites. Montrez-leur comment <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26494927″>comparer, mesurer, classer</a> les aliments en utilisant les unités de masse, de longueur, de surface et de volume.</p>

<figure class= »align-center « >
<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/339864/original/file-20200604-67377-184cfv2.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/339864/original/file-20200604-67377-184cfv2.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/339864/original/file-20200604-67377-184cfv2.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/339864/original/file-20200604-67377-184cfv2.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/339864/original/file-20200604-67377-184cfv2.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/339864/original/file-20200604-67377-184cfv2.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/339864/original/file-20200604-67377-184cfv2.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
<figcaption>
<span class= »caption »>En cuisinant, les enfants sont amenés à compter et faire des maths spontanément.</span>
<span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://www.shutterstock.com/fr/image-photo/young-chef-prepares-carrots-parsnips-oven-56776399″>Shutterstock</a></span>
</figcaption>
</figure>

<p>Les connaissances élémentaires de maths <a href= »https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/19325037.2008.10599024″>sont essentielles pour</a> estimer précisément les quantités nécessaires, suivre les recettes et décoder les étiquettes des produits.</p>

<p>Ce lien évident entre la cuisine, la nutrition et les maths éclaire le potentiel à disposition pour <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29224221″>améliorer les apprentissages</a> dans un domaine comme dans l’autre.</p>

<p>Pour défier encore plus les compétences de vos enfants en calcul, limiter les ustensiles de cuisine, ce qui les obligera à faire quelques opérations simples. Par exemple, s’il faut verser une tasse (250 ml) de riz pour une recette, utiliser plutôt un contenant équivalent à un quart de tasse (62,5 ml) et demandez à vos enfants de trouver combien de portions ils doivent ajouter.</p>

<p>Variez les ustensiles de cuisine, utilisez par exemple une carafe graduée plutôt qu’une tasse, pour décrypter les mesures, faites-les verser le contenu de la tasse dans la carafe et vice versa.</p>

<p>Cuisiner vous donne aussi l’occasion de discuter de sujets importants de nutritions avec votre enfant. Si les enfants identifient sans trop de peine les aliments sains, ils ont plus de mal à <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23973928″>déterminer</a> quels sont ceux qui sont mauvais pour leur santé et pourquoi.</p>

<p>Avant de commencer à cuisiner, essayez de rattacher chaque ingrédient à son <a href= »https://www.eatforhealth.gov.au/food-essentials/five-food-groups »>groupe alimentaire</a> de base, ou de <a href= »https://www.eatforhealth.gov.au/food-essentials/how-much-do-we-need-each-day/serve-sizes »>calculer les portions</a> que vous devez ajouter pour respecter la recette.</p>

<h2>L’art de l’alimentation</h2>

<p>Quand des aliments sains comme les épinards et les fruits sont présentés de manière ludique et créative, les enfants sont plus enclins à en manger, confirme un <a href= »https://doi.org/10.1016/j.jneb.2019.03.009″>travail de recherche</a>.</p>

<p>Pourquoi ne pas mêler art et cuisine ? Il existe de nombreuses ressources pour faire de la cuisine saine une activité <a href= »https://nomoneynotime.com.au/healthy-easy-recipes/filter/keywords–pizza »>amusante</a>, rapide, et <a href= »https://nomoneynotime.com.au/hacks-myths-faqs/is-healthier-food-more-expensive-than-junk-food »>peu coûteuse</a>.</p>

<p>Dans un <a href= »https://cookingmattersaustralia.com.au/fast-food-challenge »>défi</a> autour de la restauration rapide, nous avons montré en vidéo comment des classiques comme le hamburger ou la pizza pouvaient être préparés de manière saine, à petits prix. Et <a href= »https://www.foodmaster.org/index.html#.Xpaw8sgzbIU »>certains projets</a> proposent aussi des activités mêlant nutrition et mesures.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/140099/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Clare Collins est affiliée au Priority Research Centre for Physical Activity and Nutrition, the University of Newcastle, NSW. Elle est chercheuse principale au NHMRC Senior Research et titulaire de la bourse de recherche Gladys M Brawn. Elle a reçu des subventions de recherche du NHMRC, ARC, Hunter Medical Research Institute, Meat and Livestock Australia, Diabetes Australia, Heart Foundation, Bill and Melinda Gates Foundation, nib foundation, Rijk Zwaan Australia and Greater Charitable Foundation. She has consulted to SHINE Australia, Novo Nordisk, Quality Bakers, the Sax Institute and the ABC. Elle a fait partie d&#39;une équipe chargée de mener des examens systématiques pour mettre à jour les directives alimentaires australiennes et les examens de preuves de la Fondation du cœur sur la viande et les habitudes alimentaires.</span></em></p><p class= »fine-print »><em><span>Berit Follong est affiliée au Priority Research Centre (PRC) for Physical Activity and Nutrition and PRC for Health Behaviour, the University of Newcastle, NSW. Doctorante, elle étudie l&#39;intégration de la nutrition et des mathématiques dans les écoles primaires australiennes.</span></em></p><p class= »fine-print »><em><span>Tamara Bucherest affiliée au Priority Research Centre (PRC) for Physical Activity and Nutrition and PRC for Health Behaviour, the University of Newcastle, NSW. Elle a reçu des bourses de recherche des organisations suivantes : the Swiss National Science Foundation, the Swiss Foundation for Nutrition Research, The European Union, Universities Australia and food industry including Rijk Zwaan, Nestec Ltd and Goodman fielder. Elle est membre de : the International Society for Behavioural Nutrition and Physical Activity (ISBNPA), the Nutrition Society Australia (NSA) and the Australian Institute of Food Science and Technology (AIFST).</span></em></p>

Cuisiner incite les enfants à se nourrir plus sainement, montre la recherche. Mais c’est aussi l’occasion pour eux de remobiliser des notions de maths et de sciences.

Clare Collins, Professor in Nutrition and Dietetics, University of NewcastleBerit Follong, PhD candidate, nutrition and mathematics education, University of NewcastleTamara Bucher, Senior Researcher, University of NewcastleLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1386802020-05-31T16:54:58Z2020-05-31T16:54:58ZComment le Covid-19 malmène les rites et le temps du deuil<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/335600/original/file-20200518-138615-1ug94zm.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=5%2C11%2C3988%2C2227&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>Sergei Borisov</span> </figcaption></figure><blockquote>
<p>« Je voulais l’enterrer moi-même ; il avait droit à une “belle” mort, une mort digne, entourée de toute sa famille […] quand la nouvelle de la mort de mon père m’est tombée dessus telle une foudre, me retrouver à des milliers de kilomètres au moment précis de la perte était une réelle damnation… »</p>
</blockquote>

<p>Voici ce que m’a confessé J.B., un ami et fils d’un homme décédé des suites du Covid-19.</p>

<p>Ces dernières semaines, partout dans le monde, d’autres vivaient des situations semblables, marquées par le bouleversement des rites habituels liés à la perte d’un être cher. Citons le <a href= »https://www.nouvelobs.com/coronavirus-de-wuhan/20200311.OBS25903/l-appel-de-detresse-d-un-napolitain-reste-confine-24-heures-avec-le-corps-de-sa-soeur-decedee-du-coronavirus.html »>cri de détresse d’un jeune Italien</a> coincé chez lui avec le corps inanimé de sa sœur. Elle était morte depuis plus de 24 heures. Ou encore, la voix époumonée d’une jeune étudiante, qui n’a pas su faire ses adieux à son grand-père décédé en Iran. Autant de témoignages de l’indicible d’une mort sans rituel.</p>

<p>Même éparses, ces histoires finissent toutes par converger vers le même besoin : accomplir l’ultime devoir et faire amende honorable envers ses défunts.</p>

<p>Comme le <a href= »https://www.hup.harvard.edu/catalog.php?isbn=9780674003811″>notait Pauline Boss</a> en se référant à la <a href= »https://books.google.tn/books/about/John_Bowlby_and_Attachment_Theory.html?id=jVPIHXLl4ZwC&amp;redir_esc=y »>théorie de l’attachement de Bowlby</a>, il semblerait de fait que l’on ne puisse se délier d’un être cher qu’à condition de pouvoir participer activement aux rituels d’adieux et d’hommages au défunt. C’est ce qui amorce, d’après l’auteur, le processus de détachement. De fait, au moment de la perte, l’âme des défunts, pour les vivants, se trouve dans un état de transition. Mais l’achèvement de la transformation, comme dans tout rite de passage, nécessite l’intercession d’une communauté assujettie à la facilitation de l’enterrement, à la fois littéral et symbolique.</p>

<p>La crise sanitaire a changé la donne, en amenant des milliers de personnes à faire face au deuil et à la douleur isolés, sans étreintes réconfortantes et sans support communautaire.</p>

<h2>Quand le rite est confisqué</h2>

<p>Confisqué dans ses manifestations habituelles et partagées, <a href= »https://www.causefreudienne.net/encore/ »><em>le deuil ne cesse pas de ne pas s’inscrire</em></a> pourrait-on dire avec Lacan, face à l’impossibilité de symboliser la perte en l’absence de rites. Toute ritualité est, de fait, empêchée. D’abord, en raison des règles de distanciation sociale. Mais aussi parce que les proches des défunts, se retrouvent troublés dans le processus d’acceptation de la mort. Comme déshérités de leur droit de mémoire, ils vacillent, entre une soumission inévitable aux nouveaux rites dénaturés, et le dessein qu’ils ont à entretenir avec le mort, a fortiori, avec toute la communauté.</p>

<p>Au-delà, le confinement impose également une réflexion sur le rituel et sa fonction au moment du stade ultime de la vie avant la mort. Qu’en est-il de ces personnes, dont le pronostic vital est engagé, qui agonisent seules sur un lit d’hôpital ? Ou encore celles qui partent en silence confinées dans des Ehpad ?</p>

<p>La ritualité commence avant l’acte d’enterrement et bien avant la sépulture. Les regards ultimes attestent le départ. La proximité physique liée aux moments de veille en compagnie de la personne en fin de vie, de même que les dernières paroles échangées sont autant de gestes qui façonnent <em>la mémoire-relique</em> pour accompagner l’épreuve douloureuse de la perte.</p>

<p>La mort est toujours une fêlure dans le réel, qui interrompt brutalement la conversation avec une personne aimée. Mais au temps du Covid-19, le récit même du deuil se trouve confisqué aux vivants, définissant un nouveau socle social sans épitaphe.</p>

<blockquote>
<p>« Je n’ai pas vu la mort passer, mon grand-père est parti si vite que je n’ai même pas eu le temps de lui parler […] J’aurais aimé qu’il me livre ses derniers mots, j’aurais aimé garder en résonance ces dernières paroles, je n’aurais eu pour souvenir et pour legs que cela ». (W.M. ayant perdu son grand-père en mars 2020, témoignage lu sur Twitter)</p>
</blockquote>

<p>Sans la dimension anthropologique liée à la perte, faite de rites qui permettent la sacralisation du défunt, le corps mort devient suspect. Il est condamné au verdict de l’oubli dès lors que toute fonction d’inscription dans le souvenir est empêchée.</p>

<p>La mémoire n’est autre qu’un rite forgé de commémorations. Or en temps de pandémie, le traitement des corps, placés dans des housses mortuaires scellées et enterrées sous surveillance extrême donne une dimension <em>obscène</em> (du latin obscenus/indécent) au cadavre emporté hors champ de vision, hors champ de mémoire.</p>

<h2>Un temps étiré</h2>

<p>La pandémie modifie notre conception du temps qui semble s’étirer face à l’incertitude induite par une situation nouvelle. Selon William James, dans son ouvrage <a href= »https://books.google.tn/books/about/The_Principles_of_Psychology.html?id=TMrJfcaC8bYC&amp;redir_esc=y »><em>The Principle of Psychology</em>(1890)</a>, les émotions peuvent entraîner des distorsions temporelles. L’anxiété et la peur imprègnent désormais un quotidien chamboulé dans sa ritualité la plus commune. Le temps semble s’étirer aussi quand une effraction traumatique advient et c’est ainsi que <a href= »https://www.cairn.info/revue-imaginaire-et-inconscient-2011-2-page-143.htm »>« toute temporalité rituelle vient soutenir la temporalité psychique et les processus de transformation et de métabolisation psychique</a>.</p>

<p>Les traditions sémiotiques et monothéistes prévoient des rites de deuil rythmés de manière très précise – c’est le cas dans les familles de confession juive ou musulmane. C’est aussi le cas dans la tradition Bouddhiste tibétaine ou encore celle du Japon où les rites funéraires culminent le 49<sup>e</sup> jour après la mort.</p>

<p>Quand le rituel est entravé, le temps, qui semble confiné autant que l’espace, est perçu comme plus long, tandis que le moment de la commémoration est différé.</p>

<h2>Inventer des rituels</h2>

<p>Face à l’effraction dans le réel d’une perte beaucoup trop violente, citons l’histoire de cette mère américaine qui a inventé un rituel inédit pour maintenir l’objet (en l’occurrence sa fille) psychiquement présent :</p>

<blockquote>
<p>« À Natchez ville, au bord du fleuve Mississippi, Florence Irene Ford avait seulement 10 ans lorsqu’elle est morte de la fièvre jaune, le 30 octobre 1871. Pendant sa courte vie, elle avait très peur des tempêtes et des orages. À chaque fois que cela se produisait, la petite fille se précipitait dans les bras de sa mère pour trouver du réconfort. À sa mort, Madame Ford fut tellement frappée par le chagrin qu’elle fit construire une fenêtre en verre au-dessus du cercueil de sa fille, flanqué de quelques marches, et protégé par des trappes métalliques. Pendant des années et à l’abri de la tempête, la mère de Florence Ford s’installait sur les marches pour lui lire un conte ou lui fredonner une berceuse jusqu’à ce que le ciel se calme. »</p>
</blockquote>

<p>Cette mère continue à raconter des histoires, et à bercer ses peurs, créant une sorte de cordon ombilical de substitut. Cela la relie au sépulcre, où la mort s’écarte et s’efface, en faveur de ce que Fédida appelle <a href= »http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-essais/L-Absence »>« un compromis illusoire d’un toujours vivant »</a>. Florence Irene Ford n’est pas morte. Elle est maintenue en état de sommeil par ce rituel maternel de veille et en pérennité. Madame Ford acquiert un sens à sa perte, dans <a href= »http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-essais/L-Absence »>« le désir de conserver quelque chose de ce dont elle se sépare sans, pour autant, devoir renoncer à s’en séparer »</a>. Au-delà de la réalité de la perte qui l’accable, elle invente un rituel possible dans l’espace de ce qui manque. Elle dilate le temps, pour ne pas en voir le bout !</p>

<h2>La dichotomie du rite : du temps à la traversée</h2>

<p>Des siècles après, le Covid-19 fait éclater la problématique de l’appréciation du temps, mais questionne en plus l’espace et ses restrictions. Lors des commémorations qui ont lieu dans le contexte du confinement le réel et le virtuel se confondent : remise de diplômes pilotée à distance par des étudiants japonais qui manipulent des robots, mariage où les invités sont remplacés par leur portrait sur les bancs de l’église ; ou retransmission des obsèques d’une infirmière par vidéo-conférence…</p>

<p>Dans ce conflit autour du temps confiné du deuil se dessinent les prémisses d’un nouvel édifice psychique autour de la mort et ses rites, qui promet une dichotomie entre une technologie qui raccourcit le temps, et une traversée de deuil allongée.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/138680/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Frida Benattia does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.</span></em></p>

La crise sanitaire a amené des milliers de personnes à faire face au deuil et à la douleur isolés, sans étreintes réconfortantes et sans support communautaire.

Frida Benattia, Doctorante en études psychanalytiques, Chercheuse en psychanalyse et Psychopathologie, Université de ParisLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1388902020-05-22T14:38:02Z2020-05-22T14:38:02ZAdos en confinement : entre détresse et soulagement<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/336556/original/file-20200520-152298-1wzisvt.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=29%2C0%2C4853%2C3282&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>Plus du tiers des garçons et la moitié des filles présentent un niveau significatif de symptômes dépressifs et/ou anxieux depuis le début du confinement.</span> <span class= »attribution »><span class= »source »>shutterstock</span></span></figcaption></figure><p>Le confinement entraîne des bouleversements majeurs dans la vie des adolescents à une période de leur développement où ils ont besoin de <a href= »https://onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1002/9780470479193.adlpsy002004″>côtoyer leurs amis</a> et de s’affranchir de leurs parents. Dans le contexte de confinement et de distanciation physique que nous connaissons actuellement, leur bien-être psychologique est une préoccupation majeure.</p>

<p>Nos recherches et notre expertise en tant que professeures en psychoéducation nous ont amenées à nous intéresser à cette question.</p>

<p>Du 8 au 30 avril 2020, nous avons mené une étude auprès de 1251 jeunes âgés entre 12 et 17 ans répartis dans toutes les régions du Québec. Des données quantitatives (statistiques) et qualitatives (textes rédigés par les adolescents pour décrire leur expérience de confinement) ont été recueillies par le biais d’un questionnaire en ligne diffusé sur les réseaux sociaux, ainsi que par l’entremise de partenaires des milieux scolaires.</p>

<p>Globalement, et sans grande surprise, les résultats suggèrent que les adolescents vivent davantage de détresse (38 % des garçons et 51 % des filles présentent un niveau significatif de symptômes dépressifs et/ou anxieux) <a href= »https://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/sante/enfants-ados/adaptation-sociale/sante-jeunes-secondaire-2016-2017-t2.pdf »>qu’en temps normal (19 % chez les garçons et 40 % chez les filles)</a>.</p>

<p>Cependant, il semble exister une certaine hétérogénéité dans la manière dont les adolescents vivent le confinement. Deux profils principaux se démarquent : pour certains jeunes, le confinement provoque de la détresse, alors que pour d’autres, il est plutôt source de soulagement.</p>

<h2>Des symptômes inquiétants</h2>

<p>Environ un tiers des adolescents se perçoivent comme étant un peu plus stressés que d’habitude depuis le début du confinement, mais se sentent surtout beaucoup plus tristes qu’avant et rapportent des niveaux inquiétants de symptômes dépressifs.</p>

<blockquote>
<p>Je pleure une journée sur deux. Je me sens impuissante face à la souffrance de mes amis. Je pense que je vis avec pas mal de frustration enfouie et un tas d’autres émotions que je ne comprends même pas. — Ariane, 17 ans, Montréal.</p>
</blockquote>

<p>Les symptômes dépressifs prédominants sont les sentiments de solitude, de dévalorisation et un manque de confiance en l’avenir. Ces symptômes, s’ils perdurent, pourraient avoir des <a href= »https://www.reseaureussitemontreal.ca/dossiers-thematiques/covid-19-et-reussite-educative/les-effets-de-la-pandemie-sur-la-reussite-educative/ »>conséquences à long terme</a>, sur le <a href= »https://pdfs.semanticscholar.org/ac2f/1465ba7a32bcc0f62b9f9c01274def1cdf85.pdf »>bien-être psychologique de ces jeunes</a>.</p>

<p>Ces jeunes qui vivent une détresse élevée ont également tendance à utiliser des <a href= »https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3319342/ »>stratégies adaptatives dites négatives</a> pour faire face à la situation de confinement. Par exemple, ils sont plus enclins à se blâmer, à faire du déni, à renoncer à trouver des solutions à leurs problèmes ou à consommer alcool et/ou drogues.</p>

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Baca juga:
<a href= »https://theconversation.com/y-aura-t-il-une-generation-covid-138339″>Y aura-t-il une génération Covid ?</a>
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</p>
<hr>

<p>Toutefois, ils ont aussi davantage tendance à rechercher le soutien, l’aide et les conseils de leur entourage que les jeunes présentant moins de signes de détresse psychologique. On peut présumer qu’ils recherchent davantage de soutien parce qu’ils en ressentent plus le besoin, compte tenu de leur niveau de détresse. Il est cependant aussi possible que ces jeunes recourent habituellement davantage au soutien de leurs pairs. Le confinement, qui les coupe de cette <a href= »https://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/0044118X04267814″>source importante de soutien</a>, pourrait donc les affecter davantage.</p>

<p>Un autre élément important dans le discours des jeunes présentant une détresse élevée est qu’ils rapportent vivre difficilement la proximité imposée avec les membres de leur famille.</p>

<blockquote>
<p>C’est difficile avec ma famille, on ne s’endure plus et j’ai hâte de retrouver une routine normale avec le gars que j’aime et voir mes amis ! — Chloé, 17 ans, Estrie</p>

<p>Je trouve que la vie en famille est compliquée parce que on n’arrête pas de se piler sur les pieds. — Loïc, 16 ans, Montréal</p>
</blockquote>

<p>Depuis le début du confinement, les <a href= »https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1688986/coronavirus-covid-19-distanciation-quarantaine-maison-maltraitance-enfants-mathieu-lacombe »>décideurs et les experts ont évoqué l’adversité familiale vécue par les enfants</a> pour justifier le retour à l’école, or certains adolescents vivent possiblement aussi de telles difficultés.</p>

<blockquote>
<p>Je ne peux pas voir mes meilleures amies, et c’est ce qui me réconfortait entre les disputes avec ma mère et les difficultés chez mon père. — Camille, 14 ans, Laval</p>
</blockquote>

<h2>Un certain bien-être</h2>

<p>Un deuxième groupe d’adolescents, dans lequel se retrouve environ le tiers des participants à l’étude, dit se sentir plus heureux et moins stressés depuis le début du confinement. Ils présentent des niveaux faibles ou moyens de symptômes dépressifs et anxieux. L’analyse de leurs textes a mis en lumière que ces jeunes sont nombreux à percevoir le confinement comme un soulagement et un moment de relâchement de la pression scolaire.</p>

<blockquote>
<p>L’école constitue une grande source de stress selon moi et je crois que sans ce moment d’arrêt forcé, ma santé mentale serait en moins bon état. Lorsqu’il y a de l’école, je n’ai pas le temps nécessaire afin d’aller dehors, de m’amuser et de pratiquer un passe-temps. — Léa, 15 ans, Laurentides.</p>
</blockquote>

<p>Ils voient également le confinement comme une occasion d’introspection.</p>

<blockquote>
<p>La période de confinement c’est exactement ce qu’il me fallait, j’ai beaucoup travaillé sur moi-même et je prends plus de temps pour moi. — Émilie, 14 ans, Outaouais)</p>

<p>On règle des problèmes qui étaient en nous depuis longtemps. — Justin, 15 ans, Montréal</p>
</blockquote>

<p>Autre particularité : ces adolescents mentionnent profiter du confinement pour se rapprocher de leur famille.</p>

<blockquote>
<p>Ma mère continue de travailler mais à la maison maintenant. On s’est un peu plus rapprochées puisqu’on dîne ensemble sur l’heure du lunch. — Maeva, 13 ans, Québec.</p>

<p>Je m’ennuie de l’école et de mes amies mais ça me permet de passer plus de temps avec ma famille. — Juliette, 15 ans, Saguenay-Lac-Saint-Jean.</p>
</blockquote>

<p>Les adolescents qui semblent vivre le confinement plus positivement ont recours à des stratégies adaptatives significativement différentes. En effet, ils ont davantage tendance à trouver un sens positif à leur situation, à l’accepter et à la prendre avec humour.</p>

<h2>L’importance d’agir et de mieux comprendre</h2>

<p>En somme, ces résultats suggèrent qu’il existe une certaine hétérogénéité dans l’expérience de confinement chez les adolescents. Il importe à très court terme d’envisager des solutions afin d’intervenir auprès des jeunes qui en ont le plus besoin pour prévenir ou ralentir l’augmentation des symptômes dépressifs.</p>

<p>Parallèlement, une étude plus approfondie s’impose, tant pour mieux comprendre ce qui caractérise les jeunes qui se portent bien que pour identifier les facteurs contribuant à leur bien-être, afin de mieux soutenir et outiller tous les adolescents en contexte de confinement.</p>

<hr>

<p><em>* Tous les prénoms sont fictifs</em></p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/138890/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Kristel Tardif-Grenier a reçu des financements de Fonds de recherche Société et Culture Québec (FRQSC) et du Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH). </span></em></p><p class= »fine-print »><em><span>None</span></em></p><p class= »fine-print »><em><span>Isabelle Archambault tidak bekerja, menjadi konsultan, memiliki saham, atau menerima dana dari perusahaan atau organisasi mana pun yang akan mengambil untung dari artikel ini, dan telah mengungkapkan bahwa ia tidak memiliki afiliasi selain yang telah disebut di atas.</span></em></p>

Les ados québécois ne vivent pas tous le confinement de la même façon. Alors que certains vivent davantage de détresse, d’autres se sentent soulagés. Il faut agir pour améliorer le bien-être de tous.

Kristel Tardif-Grenier, Professeure agrégée au Département de Psychoéducation et de Psychologie, Université du Québec en Outaouais (UQO)Isabelle Archambault, Professeure titulaire, Université de MontréalVéronique Dupéré, Université de MontréalLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1376292020-05-18T19:27:42Z2020-05-18T19:27:42ZReconnaître la contribution essentielle mais invisible des proches aidants<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/335652/original/file-20200518-83380-ea1e52.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=36%2C81%2C5970%2C3926&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>Un proche accompagnant un parent ou enfant en situation de vulnérabilité ne doit-il pas être mieux pris en charge par la société? </span> <span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://unsplash.com/photos/J3Xjyg5m8kY »>Nathan Anderson/Unsplash</a>, <a class= »license » href= »http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/ »>CC BY-NC-ND</a></span></figcaption></figure><p>Conjoint·e·s, parents, enfants, ami·e·s, voisin·e·s… de nombreuses personnes aident une ou un proche entravé·e dans le déroulement de sa vie quotidienne en raison d’un handicap ou de l’avancée en âge. Si les statistiques publiques estiment que ces aidant·e·s sont <a href= »https://handicap.gouv.fr/archives/les-propositions-du-cih-2-decembre-2016/article/soutenir-les-familles-et-les-proches-aidants »>8,3 millions en France</a>, il est nécessaire de préciser que ce chiffre ne distingue pas les aidant·e·s régulièrement investis dans un accompagnement et des soins quotidiens de celles et ceux apportant un simple soutien ponctuel.</p>

<p>Alors que la crise du Covid-19 <a href= »https://www.lemonde.fr/sante/article/2020/04/20/ils-pallient-en-silence-les-defaillances-du-systeme-de-soin-confines-avec-leur-proche-les-aidants-au-bord-de-l-epuisement_6037193_1651302.html »>met en lumière leur rôle et les confronte à une épreuve supplémentaire</a>, il parait plus que jamais nécessaire de consolider leur reconnaissance et leur soutien, ceci tant pour améliorer leur situation économique que pour favoriser la bientraitance entre les aidé·e·s et leurs aidant·e·s.</p>

<p>Depuis le début des années 2000 et dans l’optique du maintien à domicile, des prestations sociales permettent, dans des conditions précisées par la loi, de rémunérer des proches : <a href= »https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F10009″>l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA)</a> et la <a href= »https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F14202″>Prestation de compensation du handicap (PCH)</a>.</p>

<p>Notre équipe du Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Économique (CNAM/CNRS) a travaillé <a href= »https://www.cnsa.fr/actualites-agenda/actualites/quelle-remuneration-et-quel-statut-pour-les-proches-aidants-de-personnes-en-perte-dautonomie-ou-en-situation-de-handicap »>pendant trois années</a> sur ces questions en procédant à la fois à une analyse de l’action publique dans le domaine de l’accompagnement du handicap et de la perte d’autonomie liée à l’âge et en enquêtant auprès de proches aidant·e·s fortement investi·e·s dans des tâches d’aide, et le plus souvent rémunéré·e·s.</p>

<h2>Des acteurs contre la rémunération des proches</h2>

<p>La rémunération des proches aidant·e·s suscite des <a href= »https://www.cairn.info/revue-francaise-des-affaires-sociales-2019-1-page-199.htm%20%22%22″>positions tranchées chez les acteurs publics que nous avons sollicités dans le cadre de notre enquête</a>. Il s’agit de représentants d’associations familiales, d’associations représentatives des personnes en situation de handicap, d’associations spécifiques d’aidant·e·s, mais aussi de responsables de caisses de sécurité sociale ou de mutuelles en charge de financer des dispositifs de soutien aux aidant·e·s.</p>

<p>D’un côté, certains acteurs jugent que les solidarités familiales sont « dévoyées » dans et par la rémunération des aidant·e·s. Selon eux, le paiement introduit un rapport monétaire, volontiers associé à l’avidité, dans des liens familiaux qui devraient rester le domaine de la gratuité et du désintéressement. Selon cette position, les proches aidant·e·s ne doivent pas être encouragé·e·s à se substituer aux professionnels dans les soins qui doivent être apportés aux personnes vulnérables, afin de pouvoir conserver leur énergie et disponibilité pour les aspects affectifs de la relation.</p>

<p>Un autre élément avancé par les opposants à la rémunération est le risque d’un désengagement de l’État qui, par des transferts monétaires finalement peu coûteux, pourrait se défausser de ses obligations en matière de prise en charge globale de la dépendance.</p>

<h2>La position inverse soutien une aide monétaire comme pragmatique</h2>

<p>Un tout autre argumentaire soutient à l’opposé l’idée que les services à domicile ne sont pas disponibles ni en qualité, ni en nombre suffisant pour affronter les besoins réels.</p>

<p>Des responsables associatifs ou encore des travailleurs sociaux directement au contact des aidant·e·s portent ainsi une position pragmatique : si les aidant·e·s n’ont pas d’autre choix que de s’investir auprès de leur proche, ils doivent pouvoir le faire dans des conditions qui sont satisfaisantes pour les aidé·e·s comme pour eux-mêmes.</p>

<p>Les revendications portent alors sur une meilleure rémunération des proches aidant·e·s, qu’ils jugent devoir être d’un niveau équivalent à celle des professionnels, mais aussi sur un meilleur accès aux droits sociaux.</p>

<figure>
<iframe width= »440″ height= »260″ src= »https://www.youtube.com/embed/95skiRepSVE?wmode=transparent&amp;start=0″ frameborder= »0″ allowfullscreen= » »></iframe>
<figcaption><span class= »caption »>Reportage réalisé en Suisse sur la situation des proches aidants.</span></figcaption>
</figure>

<p>L’ambivalence du discours institutionnalisé à l’égard de la rémunération des proches rappelle, d’une part, la <a href= »https://www.caf.fr/sites/default/files/cnaf/Documents/Dser/PSF/128/RPSF128_1_ATouahriaGaillard.pdf »>subsidiarité de l’aide publique sur l’aide familiale</a>, c’est-à-dire qu’elle n’intervient que si la solidarité familiale fait défaut.</p>

<p>D’autre part, l’idée selon laquelle les solidarités familiales doivent se soustraire aux règles du marché souligne combien les représentations sont marquées par <a href= »https://www.cairn.info/revue-geneses-2001-1-page-121.htm »>l’idée d’hostilité des mondes sociaux de l’activité économique et de l’intimité</a> : dans les représentations usuelles, monnayer un acte affectif ou qui relève de la sphère familiale revient à le pervertir ou le corrompre.</p>

<h2>La rémunération améliore les situations</h2>

<p>Dans la plupart des parcours, l’activité d’aide préexiste à l’obtention d’un statut et d’une rémunération. Par exemple, de nombreuses femmes, aujourd’hui rémunérées, ont assuré de manière informelle l’accompagnement de plusieurs proches, au détriment d’une activité professionnelle, avant de se voir reconnaître formellement un rôle d’aidante par les institutions publiques.</p>

<p>La rémunération n’est pas un critère déterminant d’entrée dans la carrière d’aidant, mais elle est parfois présentée comme le moyen de parer à une absence de ressources ou d’emploi en raison d’un important engagement dans l’accompagnement. C’est le cas par exemple de parents qui ont cessé de travailler à la naissance de leur enfant porteur de handicap et n’ont pu reprendre ensuite une activité professionnelle.</p>

<figure class= »align-center « >
<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/335657/original/file-20200518-83388-neev4f.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/335657/original/file-20200518-83388-neev4f.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/335657/original/file-20200518-83388-neev4f.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/335657/original/file-20200518-83388-neev4f.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/335657/original/file-20200518-83388-neev4f.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=502&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/335657/original/file-20200518-83388-neev4f.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=502&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/335657/original/file-20200518-83388-neev4f.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=502&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
<figcaption>
<span class= »caption »>Dans le cadre d’un emploi salarié, l’activité rémunérée d’aidant·e permet de maintenir ou d’accéder à des droits sociaux comme la retraite ou l’allocation chômage.</span>
<span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://pixabay.com/fr/photos/fauteuil-roulant-soins-908343/ »>pxby666/pixabay</a>, <a class= »license » href= »http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/ »>CC BY</a></span>
</figcaption>
</figure>

<p>Au final, la rémunération de l’aidant·e est souvent présentée comme un choix par défaut, lorsque le coût, le manque de place, l’inadaptation de la structure à la situation de l’aidé empêchent son accueil ou lorsque l’intervention de professionnels n’est pas possible ou souhaitée.</p>

<p>La rémunération de l’aide consentie à un proche peut améliorer des situations de précarité et consolider les parcours, un tant soit peu, de plusieurs façons. D’une part, les sommes perçues, malgré leur caractère modique, améliorent les situations économiques lorsque l’accompagnement du proche dépendant nécessite de toute façon une cessation d’activité et une aide quotidienne.</p>

<p>Dans le cadre d’un emploi salarié, l’activité rémunérée d’aidant·e permet de maintenir ou d’accéder à des droits sociaux comme la retraite ou l’allocation chômage. Devenir proche aidant·e salarié·e permet alors d’articuler devoir familial, revenu et maintien dans l’emploi. Le statut d’aidant·e rémunéré·e peut également faciliter les démarches administratives pour des demandeurs d’asile ou des personnes étrangères en situation irrégulière.</p>

<p>Dans certains parcours, l’activité d’aide apparaît également comme un instrument d’intégration et de valorisation personnelle. Le statut d’aidant rémunéré protège dans ce cas contre les situations d’isolement et pourvoit à des besoins de reconnaissance. D’autre part, les rémunérations perçues par les aidant·e·s contribuent aux systèmes d’entraide au sein des cercles familiaux ou de voisinage, ce qui participe à la création de formes de réciprocité. C’est le cas lorsque, par exemple, une personne au chômage est salariée pour apporter l’aide nécessaire à un·e membre de sa famille ou à un·e voisin·e.</p>

<h2>Un cadre d’emploi encore insuffisant</h2>

<p>Mais les faibles niveaux de rémunération des aidants et le cadre d’emploi peu protecteur ne protègent pas les aidant·e·s contre la précarité des parcours, et peut creuser les inégalités de revenus au sein des familles.</p>

<p>Dans le cadre de l’Allocation personnalisée d’autonomie (<a href= »https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F10009″>APA</a>), donc de l’aide aux personnes âgées, les aidant·e·s sont recruté·e·s en emploi direct, la protection sociale garantie est intégrale et un contrat de travail doit être établi.</p>

<p>En revanche, dans le cas du handicap, cette situation est une exception. La plupart des aidant·e·s ont accès à un simple dédommagement de 3, 94 ou 5,91 euros de l’heure, et leurs droits sociaux se limitent à ceux, peu élevés, à la retraite. Le statut d’aidant familial – créé par la <a href= »https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000809647&amp;categorieLien=id »>loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées</a> – rejoint alors d’autres <a href= »https://www.cairn.info/revue-savoir-agir-2012-3-page-47.htm »>contextes dérogatoires à la législation sur le travail</a>, tels que les contrats aidés pour les jeunes de type « contrats d’accompagnement vers l’emploi » ou « contrat emploi solidarité ».</p>

<p>Les niveaux effectifs de rémunération dépendent aussi des plans d’aide décidés dans les <a href= »https://www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr/preserver-son-autonomie-s-informer-et-anticiper/a-qui-s-adresser/la-maison-de-lautonomie »>services autonomie</a> des Conseils départementaux, qui ne reconnaissent pas nécessairement le travail réalisé par les aidant·e·s dans toute son amplitude.</p>

<p>En effet, les aidant·e·s qui cohabitent avec leur proche aidé sont fréquemment sollicité·e·s, de façon presque continue, alors que les plans d’aide ne reconnaissent le plus souvent que quelques heures par semaine de rémunération.</p>

<p>Plusieurs cas analysés montrent comment les inégalités dans l’activité d’aide redoublent les inégalités vécues dans le monde professionnel, notamment celles liées au genre. Beaucoup de femmes rémunérées pour s’occuper d’un proche ont une trajectoire marquée par la précarité de l’emploi, voire par l’exclusion du marché du travail. La rémunération s’inscrit dans un parcours d’aidante, qui les a vues apporter successivement et/ou simultanément de l’aide à plusieurs proches – par exemple leur enfant, puis leurs parents, leurs beaux-parents.</p>

<h2>Des statuts incertains quant au travail et à l’emploi</h2>

<p><a href= »https://www.cnsa.fr/recherche-et-innovation/resultats-de-recherche/remunerations-et-statuts-des-aidants-et-des-aidantes »>Notre recherche</a> montre que le travail d’aide accompli à domicile auprès de proches souffre d’un déficit de visibilité. Les aidant·e·s peinent à qualifier leur activité ou à la rapprocher des catégories classiques du travail.</p>

<p>Certain·e·s aidant·e·s refusent que l’aide apportée à leur proche soit reconnue socialement comme un travail, voire une profession : en tant que parent·e ou ami·e, ils et elles jugent leur aide « naturelle » et rejettent l’identification au statut d’auxiliaire de vie, voire même au statut d’aidant. D’autres expriment au contraire le regret de la faible reconnaissance sociale de cette activité, qu’il s’agisse de sa pénibilité ou du niveau de sa valorisation monétaire.</p>

<p>Ainsi le registre du travail n’offre pas, dans le cas des proches aidant·e·s, de références complètement stabilisées. Les situations d’emploi sont parfois artificielles, comme lorsque le parent employeur ne possède pas ses facultés cognitives. Des aidant·e·s soulignent également au cours de notre enquête l’insuffisance du cadrage temporel de leur activité, qui ne fait pas l’objet de régulation. Dans les situations de cohabitation et de dépendance lourde, ces personnes disent disposer de peu de répit, y compris les nuits et les week-ends.</p>

<h2>Les incertitudes morales et normatives</h2>

<p>En s’inscrivant dans le contexte de l’aide entre proches et au sein de la sphère domestique, le travail d’aidant·e engage des obligations et prérogatives liées tant à la famille qu’aux relations hiérarchiques d’emploi : qu’est-il légitime de faire – ou de ne pas faire – et jusqu’où – en tant que proche et intime ? Et en tant qu’employé·e ou personne rémunérée ? Quels sont les actes et les comportements attendus, qu’est-ce qu’un bon soin, quelle est la juste distance au proche ?</p>

<p>Les points de tension les plus courants sont liés aux actes intimes comme la toilette qui impliquent une proximité corporelle et bousculent les normes familiales préétablies. Les cadres temporels de l’aide et la conservation d’un temps pour soi ou sa famille en dehors de l’activité d’aide plongent aussi les aidant·e·s dans des <a href= »https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/09/09/dependance-on-ne-peut-nier-que-les-aidants-sont-pris-dans-des-dilemmes-profonds_5508247_3232.html »>dilemmes profonds</a>. Les arbitrages sont d’autant plus difficiles qu’au sein même de ces deux registres, les <a href= »https://www.cairn.info/revue-francaise-des-affaires-sociales-2019-1-page-133.htm »>normes sont plurielles et non stabilisées</a>.</p>

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<iframe width= »440″ height= »260″ src= »https://www.youtube.com/embed/aKAZqQPrrxU?wmode=transparent&amp;start=0″ frameborder= »0″ allowfullscreen= » »></iframe>
<figcaption><span class= »caption »>La chaine canadienne « L’Appui pour les proches aidants d’aînés » présente de nobreux témoignages d’aidants.</span></figcaption>
</figure>

<p>La relation d’autorité est également un sujet sensible et notre enquête suggère qu’un dialogue entre aidant·e et aidé·e peut permettre de trouver un terrain d’entente sur ce qui est souhaitable et bénéfique pour l’un·e et l’autre, dans la perspective de chacun, favorisant ainsi la bientraitance.</p>

<p>Dans ce contexte d’incertitude normative, lorsque les aidant·e·s et leur proches dépendants ne parviennent pas, ou sont dans l’incapacité du fait de leur handicap, de négocier verbalement les frontières de l’aide, celles-ci se délimitent au travers de conflits plus ou moins ouverts, de stratégies de résistance ou de retrait, consistant à ne pas répondre temporairement à l’expression d’un besoin de l’aidé·e (décrocher le téléphone la nuit), voire s’imposent de manière autoritaire : imposer un soin physique malgré l’expression d’une gêne ou d’un malaise, avoir recours aux somnifères ou aux anxiolytiques pour limiter la demande de l’aidé·e, restreindre les changes, refuser de s’impliquer dans des actes « non nécessaires » comme les repas en commun ou la promenade, etc..</p>

<p>La rémunération peut favoriser l’équilibre des rapports grâce au sentiment de compensation de l’effort et d’un juste échange entre proches. Dans ce cas, elle peut limiter les risques de maltraitance. Dans d’autres, a contrario, elle accentue les rapports de force entre proches, en venant justifier les exigences tyranniques. Les situations aiguës d’isolement et de repli social fragilisent le huis clos aidant·e/aidé·e et tendent à durcir les conflits.</p>

<h2>Des inégalités qui persistent</h2>

<p>La rémunération améliore la situation financière d’aidant·e·s dont le parcours répond à d’autres logiques, mais le cadre d’emploi demeure insuffisamment solide pour les protéger contre la précarité et l’inégalité des assignations de genre. De même, replacée dans le contexte d’une offre de services professionnels déficitaire, elle n’a pas les moyens de se situer comme une véritable alternative.</p>

<p>Dans ce cadre, la rémunération adoucit les assignations sans toutefois permettre de s’en affranchir. Elle n’offre pas non plus de référentiels d’action suffisamment clairs pour éviter les conflits de normes au sein des groupes familiaux : les aidant·e·s ne disposent pas de principes auxquels se référer pour définir les frontières de l’aide apportée.</p>

<p>Si l’on ne peut que saluer la dernière Stratégie de mobilisation et de soutien en faveur des aidants, <a href= »https://www.gouvernement.fr/aidants-une-nouvelle-strategie-de-soutien »>lancée par le Gouvernement le 23 octobre 2019</a>, qui comporte diverses mesures de soutien et d’amélioration des droits sociaux tels que l’indemnisation du congé de proche-aidant et le renforcement des dispositifs permettant à l’aidant·e de prendre un répit, il faut souligner qu’elle est particulièrement timide concernant le statut des proches aidant·e·s rémunérées, en annonçant seulement la « simplification de leur déclaration » permettant de « clarifier leur régime fiscal et social […] afin de l’aligner avec celui en vigueur pour l’allocation éducation enfant handicapé ».</p>

<p>La consolidation du statut de proche aidant·e rémunéré·e constitue ainsi un besoin urgent de familles souvent aux prises avec des situations matérielles et morales inextricables.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/137629/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Abdia Touahria-Gaillard est responsable de la recherche et des partenariats scientifiques à l&#39;Observatoire des emplois de la famille de la Fédération des particuliers employeurs de France (FEPEM) </span></em></p><p class= »fine-print »><em><span>Cette recherche a été réalisée grâce à un financement de la Caisse Nationale de Solidarité pour l&#39;Autonomie (CNSA)</span></em></p><p class= »fine-print »><em><span>Arnaud Trenta, Barbara Rist et Olivier Giraud ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.</span></em></p>

La crise met en lumière l’urgence de reconnaître et soutenir les aidants accompagnant une ou un proche entravé·e dans le déroulement de sa vie quotidienne en raison d’un handicap ou de son âge.

Olivier Giraud, Directeur de Recherche CNRS, analyse de l’action publique, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)Abdia Touahria-Gaillard, Sociologue, responsable de la recherche à l’Observatoire des emplois de la famille, FEPEM. Chercheure associée au LISE, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)Anne Petiau, Directrice du CERA (BUC Ressources / CHIMM) Chercheure associée au LISE, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)Arnaud Trenta, Sociologue, chercheur à l’IRES et membre associé au Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (LISE-Cnam-CNRS), Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)Barbara Rist, Maîtresse de conférence en sociologie au Cnam. Membre du Lise (Umr Cnam/Cnrs), Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1383372020-05-14T18:41:27Z2020-05-14T18:41:27ZDessiner un arbre généalogique avec son enfant : ce qu’en dit la psychologie<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/334039/original/file-20200511-49579-w0dabh.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=43%2C590%2C1960%2C1106&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>La construction d&#39;un arbre généalogique encourage le partage de l’histoire familiale.</span> <span class= »attribution »><span class= »source »>Shutterstock</span></span></figcaption></figure><p>Les technologies numériques n’ont pas renvoyé la généalogie au rayon des loisirs désuets, bien au contraire. Cette pratique connaît aujourd’hui un regain d’intérêt à tel point que des logiciels spécialisés sont disponibles pour réaliser son arbre généalogique et qu’on parle de « généanautes », pour désigner ceux qui naviguent sur la toile à la recherche des traces de leur passé.</p>

<p>On observe aussi qu’une fois devenus grands, les enfants qui ont été <a href= »https://www.cairn.info/revue-psychologie-clinique-et-projective-2003-1-page-353.htm »>adoptés</a>, ceux qui sont nés par assistance médicale et, de manière générale, toutes les personnes confrontées à un secret sur leurs origines cherchent également par la réalisation de l’arbre généalogique, à éclairer les ombres de leur filiation.</p>

<p>Par conséquent, les psychologues se sont eux aussi intéressés à cet outil dans leurs échanges avec les familles. C’est un psychiatre américain, <a href= »https://en.wikipedia.org/wiki/Murray_Bowen »>Bowen</a> (1961), qui a fait entrer l’arbre généalogique dans le cadre de la thérapie familiale systémique en parlant de <a href= »https://www.inpress.fr/livre/genogramme-ou-arbre-genealogique/ »>« génogramme »</a> et en imposant un code graphique conventionnel pour le réaliser.</p>

<h2>Histoire familiale</h2>

<p>Par la suite, en France, plusieurs travaux dans le champ de la psychanalyse ont invité à utiliser l’arbre généalogique mais en laissant le sujet réaliser spontanément son arbre, <a href= »https://www.cairn.info/revue-bulletin-de-psychologie-2019-2-page-97.htm »>sans consigne particulière</a>. Le principe est de recueillir une <a href= »https://www.amazon.com/g%C3%A9nogramme-g%C3%A9n%C3%A9alogique-regards-syst%C3%A9mique-psychanalytique/dp/2848353228″>production libre</a>, projective, qui renseigne alors sur l’arbre imaginaire porté en soi et sur les liens affectifs inconscients noués avec sa famille.</p>

<p>On observe, alors, quelles sont les personnes inscrites, celles qui sont omises, les ratures, les oublis, les hésitations, les liens qui attirent l’attention par un tracé renforcé, les blancs, les répétitions de prénoms, les flous, les originalités, le code personnel inventé par le sujet pour construire son arbre, etc. Et, ce qui importe surtout, c’est qu’ensuite l’arbre est commenté par la personne qui l’a réalisé.</p>

<p>Cette méthode à visée thérapeutique peut s’utiliser en famille, en couple, avec les adolescents et avec les enfants. Elle permet d’accéder à <a href= »http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=4413″>l’histoire familiale</a>, de travailler la question des traumatismes, deuils non faits, non dits et secrets dont le sujet hérite à son insu. D’ailleurs on constate que plus les enfants sont jeunes et plus il est complexe pour eux de produire une version schématique de l’arbre, avec des flèches indiquant symboliquement les liens…</p>

<p>Ils tendent alors, à dessiner une version végétalisée de leur arbre généalogique, avec un tronc, des branches, des feuilles, des racines, ajoutant même par exemple des animaux (oiseaux, écureuils) auxquels se mêlent noms et prénoms.</p>

<p>Les enfants montrent beaucoup plus de fantaisie et s’affranchissent des codes normatifs socioculturels de la réalisation de l’arbre au profit d’une logique essentiellement psychoaffective.</p>

<h2>Miroir graphique</h2>

<p>On peut bien sûr aussi proposer à un enfant de réaliser son arbre généalogique hors d’un cadre thérapeutique. Cela peut se faire dans le cadre scolaire, ou dans le cadre familial, avec parents ou grands-parents. Cette initiative n’est jamais neutre car elle conduit à rouvrir les archives familiales, à plonger dans les souvenirs et cela réveille bien souvent des émotions.</p>

<p>C’est l’occasion de partager l’histoire de la famille, de parler à l’enfant de ses origines, des personnes qu’il n’a pas connues, décédées avant sa naissance, en évoquant souvenirs, anecdotes et en répondant aux questions qu’ils se posent.</p>

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<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/334041/original/file-20200511-49542-ofleni.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/334041/original/file-20200511-49542-ofleni.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=440&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/334041/original/file-20200511-49542-ofleni.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=440&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/334041/original/file-20200511-49542-ofleni.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=440&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/334041/original/file-20200511-49542-ofleni.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=553&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/334041/original/file-20200511-49542-ofleni.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=553&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/334041/original/file-20200511-49542-ofleni.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=553&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
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<span class= »caption »>On retrouve des codes graphiques communs d’un arbre généalogique à l’autre, d’une époque à l’autre.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Shutterstock</span></span>
</figcaption>
</figure>

<p>Dans ce contexte, le plus souvent, on donne des consignes à l’enfant, on lui propose un code graphique à suivre pour l’aider dans sa réalisation. Le plus simple est qu’il écrive son nom et prénom sur une grande feuille, et qu’il parte donc de lui pour se relier ensuite graphiquement aux autres membres de sa famille.</p>

<p>Sur le plan horizontal, on le guide pour qu’il note sa fratrie éventuelle, puis de façon ascendante, on l’encourage ensuite à remonter, étage par étage, à ses parents, grands-parents et ancêtres. On peut aussi lui proposer de différencier les sexes, avec un « rond » pour les filles et « carré » pour les garçons, comme le propose la technique du <a href= »https://www.amazon.com/g%C3%A9nogramme-g%C3%A9n%C3%A9alogique-regards-syst%C3%A9mique-psychanalytique/dp/2848353228″>« génogramme »</a>.</p>

<p>Réaliser un arbre généalogique suppose d’être capable de bien se repérer dans le temps et dans l’espace, d’avoir intégré, sur le plan psychique, le principe de la différence des sexes et des générations, de maîtriser l’écriture et la lecture, autrement dit cela suppose une certaine maturité psycho-affective et intellectuelle.</p>

<p>Au-dessous de 6 ou 7 ans – soit l’entrée au CP –, on est donc contraint de construire un arbre qui introduit plutôt des images – avec des photos à coller, par exemple, avec une architecture graphique déjà prête (on trouve d’ailleurs en ligne des supports de ce type).</p>

<p>L’arbre généalogique a l’avantage de proposer un miroir graphique où l’ensemble de la famille peut se refléter, ce qui renvoie un effet d’unité et renforce le sentiment d’appartenance. L’enfant peut ainsi se repérer dans la filiation et mieux comprendre l’organisation des liens familiaux, dont la complexité peut être renforcée, parfois, par la recomposition familiale.</p>

<p>C’est une médiation ludico-éducative qui répond au besoin de connaître ses racines pour grandir, pour construire son identité et qui encourage le récit partagé de l’histoire familiale.</p>

<p><a href= »https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/angers-49000/pour-ces-chercheurs-la-famille-c-est-dans-la-boite-5311662″>Discuter</a> avec son enfant ou son petit-enfant à partir d’un arbre généalogique, c’est assurer une mission de transmission, leur permettre d’apprendre à mieux connaître les membres de leur famille. En somme, c’est se donner l’occasion de partager avec lui un moment affectif privilégié.</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/138337/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Claudine Veuillet Combier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.</span></em></p>

Parfois utilisé dans un cadre thérapeutique, l’arbre généalogique est aussi un support de discussion intéressant en famille, pour aider l’enfant à se situer dans le temps et réveiller les émotions.

Claudine Veuillet Combier, Maître de conférences en psychologie clinique et psychopathologie, Université d’AngersLicensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.tag:theconversation.com,2011:article/1383712020-05-13T18:56:46Z2020-05-13T18:56:46ZÀ quand les vacances ? Le défi d’une « nation apprenante »<figure><img src= »https://images.theconversation.com/files/334321/original/file-20200512-175262-kwlcy8.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;rect=1%2C4%2C997%2C637&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=496&amp;fit=clip » /><figcaption><span class= »caption »>Les deux mois de confinement interrogent les rythmes et lieux d&#39;apprentissage.</span> <span class= »attribution »><a class= »source » href= »https://www.shutterstock.com/fr/image-photo/little-boy-reading-book-under-big-297107141″>Shutterstock</a></span></figcaption></figure><p>L’épidémie de Covid-19 a des effets quelquefois déconcertants. Après le mot d’ordre d’une « nation apprenante », lancé au début du confinement par le ministre de l’Éducation, lors de la généralisation de l’enseignement à distance, voilà que le président de la République, en présentant ses mesures pour le secteur culturel, nous promet un été « apprenant ».</p>

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<p>Comment comprendre cette météo socio-éducative ? Faut-il s’en alarmer, ou bien s’en réjouir ? En ce qui concerne l’éducation et la formation, la pandémie pourrait bien avoir accéléré une redistribution des cartes déjà en cours, dont la notion de « nation apprenante » serait le nom.</p>

<h2>L’école hors les murs</h2>

<p>Au-delà de l’injonction et du message politique, on peut noter un double déplacement. L’un, qui préexistait à la pandémie, est d’ordre conceptuel. L’autre, directement provoqué par la pandémie, est d’ordre physique.</p>

<p>Après que l’on a longtemps bataillé pour savoir qui était au centre du processus éducatif, les enseignants, ou bien les « apprenants », on ne conteste plus guère aujourd’hui que, si l’on enseigne, c’est pour faire apprendre. L’enjeu de la scolarité est de faciliter l’activité d’apprentissage des élèves. C’est cette primauté de l’« apprendre » qu’exprime l’idée de nation « apprenante ».</p>

<p>Le second déplacement a été directement provoqué par la pandémie. Physiquement, et pendant une durée significative, le lieu privilégié de l’activité d’apprentissage n’a plus été l’école, mais la famille. Il a fallu réorganiser, dans l’urgence, le travail d’apprentissage des élèves, en tenant compte de leur situation d’individus confinés.</p>

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<iframe width= »440″ height= »260″ src= »https://www.youtube.com/embed/RcgyXdnaFYY?wmode=transparent&amp;start=0″ frameborder= »0″ allowfullscreen= » »></iframe>
<figcaption><span class= »caption »>Confinement : les parents débordés par les devoirs à la maison (CNews, avril 2020).</span></figcaption>
</figure>

<p>Cela a permis de se rendre compte qu’il ne fallait pas obligatoirement être dans une école pour pouvoir apprendre. Des lieux autres que la classe pourraient devenir essentiels pour le monde d’après.</p>

<p>L’émergence d’une nation apprenante constitue un véritable défi, supposant donc une redéfinition des lieux dévolus à l’activité d’apprentissage, et un redécoupage des temps devant lui être consacrés.</p>

<h2>Nouvelle dynamique</h2>

<p>Dans une dynamique au service de l’« apprendre », d’autres lieux que l’école peuvent jouer un rôle important, sinon primordial. Le rôle de la famille vient d’être mis en lumière, mais avec l’exigence d’une plus forte association des parents à la dynamique scolaire, et d’une plus grande prise en compte par l’école de la particularité des situations familiales.</p>

<p>L’inventivité et la <a href= »https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/05/genevieve-zoia-il-s-est-passe-quelque-chose-pendant-le-confinement-sachons-inflechir-le-cours-d-un-systeme-educatif-productiviste_6038669_3232.html »>créativité des parents</a> constituent une ressource sur laquelle on pourrait s’appuyer bien davantage. On peut aussi donner ou redonner une place plus importante au périscolaire, aux associations et mouvements d’éducation populaire, aux centres de vacances collectives, etc. Mais ce qui importe alors est, d’une part, l’équilibre général du système, et, d’autre part, le sens que prendra le mouvement de redistribution.</p>

<p>Du premier point de vue, l’école pourrait être amenée à faire une cure d’amaigrissement, afin de se centrer sur ce qui est, pour elle, l’essentiel, et lui appartient en propre, dans un combat qui la dépasse, mais dont elle est un acteur indispensable. Il lui faut « muscler son jeu », pour « outiller » efficacement les apprenants. En acceptant de voir d’autres intervenants – animateurs, artistes, éducateurs, psychologues, etc. – travailler aussi, chacun dans son espace propre, au développement positif des enfants et adolescents.</p>

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Read more:
<a href= »https://theconversation.com/penser-lapres-pour-une-ecole-de-lessentiel-137005″>Penser l’après : Pour une école de l’essentiel</a>
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<p>Du second point de vue, le risque serait qu’un repli de l’école sur son essence se traduise paradoxalement par une scolarisation de la société ! Le « virus » scolaire viendrait en quelque sorte contaminer tout le corps social. La forme scolaire s’imposerait pour toute activité éducative, et l’on verrait ateliers de musique ou séances de sport adopter des modes d’évaluation ou des dispositions propres à l’école.</p>

<p>Chaque citoyen serait condamné à n’être plus, à perpétuité, qu’un élève. Tel est l’enjeu majeur d’une redistribution des lieux d’apprentissage : scolarisation de la société, ou « déscolarisation » d’une école sachant s’intégrer dans une nouvelle dynamique éducative, de nature plurielle ?</p>

<h2>Redistribuer les temps d’apprentissage</h2>

<p>La pandémie a chamboulé l’année scolaire. D’autant plus que la période de « vacance », pendant laquelle l’école n’a pas été en mesure de fonctionner normalement, a, de fait, englobé une période de congé. Il peut paraître alors opportun de rattraper le temps d’apprentissage perdu, en consacrant au moins une partie des prochaines vacances scolaires, qui se trouvent être les « grandes vacances », à des activités de type scolaire. D’où l’idée d’un « été studieux ».</p>

<p>Certes, les grandes vacances peuvent être un temps propice à l’« apprendre ». Ne disait-on pas naguère qu’il ne fallait pas « bronzer idiot » ? Et les colonies de vacances peuvent renouer avec leur vocation éducative. Mais ce qui est en jeu est la bonne alternance entre temps de travail et temps de repos. C’est tout le problème des rythmes scolaires qui se trouve soulevé.</p>

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<img alt= » » src= »https://images.theconversation.com/files/334314/original/file-20200512-175276-1flhqm3.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;fit=clip » srcset= »https://images.theconversation.com/files/334314/original/file-20200512-175276-1flhqm3.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=1 600w, https://images.theconversation.com/files/334314/original/file-20200512-175276-1flhqm3.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1200w, https://images.theconversation.com/files/334314/original/file-20200512-175276-1flhqm3.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=600&amp;h=400&amp;fit=crop&amp;dpr=3 1800w, https://images.theconversation.com/files/334314/original/file-20200512-175276-1flhqm3.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=1 754w, https://images.theconversation.com/files/334314/original/file-20200512-175276-1flhqm3.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=30&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=2 1508w, https://images.theconversation.com/files/334314/original/file-20200512-175276-1flhqm3.jpg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=15&amp;auto=format&amp;w=754&amp;h=503&amp;fit=crop&amp;dpr=3 2262w » sizes= »(min-width: 1466px) 754px, (max-width: 599px) 100vw, (min-width: 600px) 600px, 237px »>
<figcaption>
<span class= »caption »>Les cahiers de vacances, intermèdes studieux de l’époque estivale.</span>
<span class= »attribution »><span class= »source »>Shutterstock</span></span>
</figcaption>
</figure>

<p>C’est une <a href= »https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&amp;obj=livre&amp;no=54256″>question explosive</a>, comme l’a montré l’échec de la réforme de 2013. Mais, sauf à se contenter d’un immobilisme anesthésiant, il faudra bien un jour, et sans doute le moment est-il venu, affronter avec sérénité ces différents enjeux : organisation de l’année scolaire, dates et durée des « grandes vacances », durée des temps de travail et de repos, rythmes hebdomadaires et journaliers.</p>

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Read more:
<a href= »https://theconversation.com/les-jeunes-francais-ont-ils-trop-de-vacances-scolaires-119023″>Les jeunes Français ont-ils trop de vacances scolaires ?</a>
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<p>À une époque où l’on a compris que chacun disposait de toute une vie pour apprendre, l’émergence d’une « nation apprenante » est un beau projet. Pour construire un système permettant qu’« <a href= »https://www.eyrolles.com/Entreprise/Livre/orientation-et-formation-tout-au-long-de-la-vie-9782367176321/ »>orientation et formation</a> tout au long de la vie » soit plus qu’un slogan, il faut changer le jeu, en modifiant les cartes. Passer d’une modification contrainte par les événements, à une modification réfléchie, tel est le défi qui attend désormais la nation, si elle veut vraiment pouvoir mériter le qualificatif d’« apprenante ».</p><img src= »https://counter.theconversation.com/content/138371/count.gif » alt= »The Conversation » width= »1″ height= »1″ />
<p class= »fine-print »><em><span>Charles Hadji does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.</span></em></p>

Avec la généralisation de l’enseignement à distance a surgi l’expression de « nation apprenante ». Et voilà qu’on nous parle d’un été « apprenant et culturel ». Que nous dit ce leitmotiv ?

Charles Hadji, Professeur honoraire (Sciences de l’éducation), Université Grenoble Alpes (UGA)Licensed as Creative Commons – attribution, no derivatives.

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